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Auteur : Benoît Goetz
Date de saisie : 10/11/2011
Genre : Philosophie
Editeur : Verdier, Lagrasse, France
Collection : Philosophie
Prix : 13.20 € / 86.59 F
ISBN : 9782864326649
GENCOD : 9782864326649
Sorti le : 13/10/2011
Théorie des maisons vise à mettre au jour - chez les penseurs modernes et contemporains parmi lesquels Benjamin, Deleuze, Derrida, Heidegger et Lévinas - une architecture qui, très souvent, ne se manifeste pas explicitement.
L'auteur se propose de nommer cette architecture cachée : «une maison», la maison des philosophes. Cette maison, qui n'est pas toujours thématisée et dessinée dans ses contours, il s'agit de chercher à la localiser et à la rendre perceptible, comme dans ces jeux de devinette où une figure surgit d'un coup et saute aux yeux.
Cet essai engage ainsi à un déplacement du regard. La «maison» ne se réduit plus aux visions du monde que le lecteur serait invité à habiter. Une maison n'est pas une image (pas plus qu'un visage n'est une image). C'est, au contraire, à partir de la maison que le monde se dispose pour être éventuellement contemplé en une vision.
Théorie des maisons n'est pas une réflexion sur la maison qui est en vue mais elle cherche à montrer que la maison est un instrument de la vision.
Benoît Goetz est professeur de philosophie à l'université Paul-Verlaine de Metz. Rédacteur de la revue Le Portique, il est l'auteur de La Dislocation et de L'Indéfinition de l'architecture (avec Philippe Madec et Chris Younès) aux éditions de La Villette (2009).
Les maisons, ce sont les philosophes qui en parlent le mieux. Surtout quand ils parlent d'autre chose. Par exemple de l'habitude, des ritournelles, des gestes, des allers et venues. Tel est, au plus bref, le thème développé par le bel essai de Benoît Goetz, Théorie des maisons. Ce philosophe discret s'était fait remarquer avec La Dislocation (Verdier, 2001), qui explorait déjà les relations de l'architecture et de la philosophie. Il n'a cessé, depuis, d'approfondir sa méditation, à la fois dense et vagabonde. Inutile, donc, d'attendre démonstrations serrées et déductions contraignantes : la pensée avance ici par évocations, associations et paradoxes. A défaut de convaincre, elle éclaire, stimule, dérange, à mi-chemin du poétique et du rationnel. Mais avec une singulière énergie, qui vaut qu'on s'y arrête.
Extrait du préambule
L'ARCHITECTURE ET SON DOUBLE
L'architecture s'infiltre dans les ruelles de la vie quotidienne.
Henri Gaudin
Il ne sera pas ici question de l'architecture, sinon indirectement (ce qui n'est sans doute pas la plus mauvaise manière de l'aborder). Cet ouvrage concerne son envers : l'envers de l'architecture et de la ville, c'est-à-dire les domaines infiniment variés de l'habiter. «Formes de vie» donc, manières, habitus, gestes plutôt que lignes fixes et objets solides. Nous essaierons de capter les gestes d'habitation qui peuplent les villes, mais aussi des retraites et des monastères, des manières de vivre qui se nichent dans leurs plis, des mouvements qui les traversent. Nous essaierons de voir comment l'habiter envisagé comme «manière» s'articule aux espaces construits, comme si un geste s'accrochait avec plus ou moins de bonheur et de plaisir, d'harmonie à un autre geste. L'envers de l'architecture ne désigne donc pas tant ce que dissimulent les façades, mais l'ensemble des «actes d'architecture», des événements et des affects, des gestes et des chorégraphies qui se déroulent sur les deux faces des espaces construits, externe et interne, publique et privée. Cette approche indirecte de l'architecture est essentielle pour l'architecture elle-même, pour l'architecture d'aujourd'hui, celle qui se construit et s'enseigne dans les écoles. A vouloir traiter de l'architecture et de la ville directement, en les abordant en quelque sorte de face et en vis-à-vis, on n'aboutit le plus souvent, hélas, qu'à les réduire à l'état de squelettes. Tel est peut-être un des malheurs de la théorie et de l'enseignement de l'architecture. L'objet architecture n'est jamais plus beau que lorsqu'il n'y a personne, comme dans la Cité idéale d'Urbino. Mais voilà : il y a quelqu'un et ce quelqu'un est nombreux. Poussons le paradoxe et la provocation à bout : il n'est nul besoin d'architecture ni d'urbanisme pour habiter. Quand il y en a, cela peut être mieux, ou cela peut être pire. Mais le désert (l'an-architecture) n'empêche pas le nomade d'habiter. Et le nomade (c'est ce que signifie son nom) est sans doute celui qui habite le plus. Ou, disons : le nomade est celui qui habite le plus avec un minimum d'architecture. Il n'existe pas de nomadisme intégral, puisque toujours le nomade touche une limite et revient - quelque part - au même. La maison du nomade c'est donc ce nomos, cette étendue parcourue avec son équipage, animaux, tentes, famille. On peut habiter davantage, au sens où Benjamin écrit que «le flâneur habite davantage» avec très peu d'architecture. Il s'agira donc ici d'une réflexion sur l'habiter qui prendra d'abord en considération les habitants, leurs gestes et leurs manières, leur être-ensemble et leur vie politique. Et je voulais indiquer pour commencer que les maisons dont il sera ici tracé l'esquisse n'excluent en aucune façon le mouvement et le passage. L'«esprit nomade», comme dit Kenneth White, n'est pas sans maison. Nous allons donc esquisser ici des «maisons» qui ne sont pas des choses, des objets, ni non plus des idées ou des concepts, mais bien plutôt des schèmes, des dynamismes spatio-temporels.
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