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_ Les solidarités mystérieuses

Couverture du livre Les solidarités mystérieuses

Auteur : Pascal Quignard

Date de saisie : 25/04/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 978-2-07-078479-0

GENCOD : 9782070784790

Sorti le : 06/10/2011

Après avoir longtemps vécu à Paris, Claire décide de renouer avec la terre qui l'a vue grandir et retourne s'installer en Bretagne. Âgée d'une quarantaine d'années, cette femme mystérieuse et solitaire semble avoir passé sa vie à attendre. C'est à peu près tout ce que l'on sait. Mais, peu à peu, ses contours se précise et elle commence à se dévoiler : un demi-frère avec qui elle est toujours restée en contact, une relation amoureuse compliquée (quel beau pléonasme), une maison à investir en haut d'une falaise et un rapport quasi osmotique à la nature (notamment les paysages marins). Pour un peu, on la prendrait pour la soeur cadette de l'héroïne de Villa Amalia. Avec Les solidarités mystérieuses, Pascal Quignard signe un magnifique portrait de femme, elliptique, impressionniste et plein de grâce.


Claire Methuen, la cinquantaine, traductrice à Versailles, rejoint la Bretagne - Dinard, plus précisément - pour assister à un mariage. Elle y retrouve le pays de son enfance et tout ce monde intérieur, secret, vivace qui a fait d'elle ce qu'elle est : Madame Ladon sa professeur de piano, Fabienne sa meilleure amie et surtout Simon, son seul véritable amour, aujourd'hui marié à Gwenaëlle et père d'un petit garçon.

Mais qui donc est Claire, cette amie des Houles qui ressemble à un chemin perdu au-dessus de la mer - nous suggère Pascal Quignard - et pourquoi va-t-elle tout laisser derrière elle et s'installer à la ferme de la Tremblaie ? Une autre fuite ou, au contraire, un aboutissement ? Au fil de la mémoire de Paul son frère bien-aimé, de Simon bien sûr, de sa fille Juliette abandonnée vingt ans plus tôt, de Madame Ladon qui la considère comme sa propre enfant, de Jean le prêtre ami et amant de Paul, ce roman polyphonique explore et révèle peu à peu la personnalité fascinante, solitaire et craintive de cette femme sans laquelle ces solidarités mystérieuses seraient dépourvues de sens, réduites au seul pouvoir visible des choses qui ne suffit à personne.

On pourrait parler d'osmose dans ce magnifique roman dont les paysages, la nature même, de Saint-Enogat au village de La Clarté, de Saint-Lunaire aux Pierres couchées et la Ville-Géhan semblent absorber dans les tourments, mais aussi dans une infinie douceur, ces destins croisés qui dans l'air parfois aussi rare que les mots, s'ouvrent à une réalité silencieuse qu'eux-mêmes, peut-être, n'auraient envisagée. "Un jour", nous dit son frère, "elle m'expliqua que le paysage, au bout d'un certain temps, soudain s'ouvrait, venait vers elle et c'est le lieu lui-même qui l'insérait en lui, la contenait d'un coup, venait la protéger, faisait tomber la solitude, venait la soigner."

"Tout, avec elle, était adressé à la silhouette lointaine de Simon... C'était un mouvement très sourd mais très intense autour de son corps, qui affleurait sans cesse, frémissait sans cesse autour d'elle, comme une vague circulaire, comme une oppression. Je ressentais ce cercle magique, raconte encore Paul, quand je marchais auprès d'elle des heures durant, je la sentais mais je n'y accédais pas." Et Simon, qui semble n'avoir pas mieux compris "le film où il avait obtenu pourtant le premier rôle", par sa mort lève un coin du voile - sans éclaircir pour autant le mystère - qui recouvre le visage de cette femme encore jeune et belle : "Elle ne se protégeait plus de rien. Elle descendait vers la mer, qu'on peut presque dire éternelle quand on la contemple beaucoup et pour peu qu'on compare son origine à l'âge des hommes ou à l'invention des cités ou des maisons. Claire était devenue Simon, et était devenue le lieu. Tout était désormais dépourvu de toute crainte. Tout était sublime. Elle était partout chez elle; elle était comme le commencement dans l'origine."

Il règne, dans "Les solidarités mystérieuses", une atmosphère ou un climat qui n'est pas sans rappeler "Le monde désert" d'un Pierre-Jean Jouve, où la vie réelle, attendrissante et forte à ses heures, se mêle à l'absence, à l'indéchiffrable, à l'infini. "C'est son corps qui manque à nos heures. Son corps manque déjà au lieu, aux roches. Elle manque à l'escalier de La Clarté qu'elle était bien la seule à emprunter et qu'elle a gravi jusqu'à la fin sans effort. Elle manque aux recoins et aux petites caches d'où elle surveillait les nids, les terriers, les canots, les chaloupes sur la mer..." "Mon dernier souvenir d'elle ?" dit encore le Père Calève, un autre personnage du roman : "Un troupeau de goélands s'amassent sur la digue pour crier de plus en plus fort autour d'une écharpe, abandonnée, un peu souillée, qui traîne, sur le sol, près du buisson..."

Dans un mouvement répétitif et pourtant jamais tout à fait le même, ressemblant aux vocalises des oiseaux sur la lande, se tissent des liens invisibles entre la mort, l'amour et la vie que nourrissent les souvenirs de chacun, exposant sa part de lumière ou d'ombre, mais qui ne se matérialise et ne revêt ses couleurs singulières que confrontée, enrichie, prolongée par la mémoire de tous les autres. Et si c'était cela, la vérité ?

"La vie est le souvenir le plus touchant du temps qui a produit ce monde."

Avec Pascal Quignard - et je m'en réjouis - l'année nouvelle ne pouvait pas mieux commencer !


Claire Methuen retourne en Bretagne, dans la région de son enfance, plus précisément dans le port de la Clarté, entre Saint Malo et Saint Lunaire.
Elle y retrouve Madame Ladon, son ancienne professeur de piano, avec qui elle (re)noue rapidement une profonde amitié. Et surtout elle retrouve son amour de jeunesse, Simon, devenu pharmacien et père de famille.
Voilà le point de départ de ce roman, Les solidarités mystérieuses. J'ai d'abord pensé que ce titre s'appliquait à la relation passionnelle que Claire entretient avec Simon. Dès son retour, ils vont entamer une liaison sans vraiment se cacher. Mais il s'agit aussi de l'amitié entre Claire et madame Ladon, une amitié tellement forte que la vieille dame fera de Claire sa fille adoptive. Et puis il y a aussi le lien entre Claire et un troisième personnage qui peu à peu prend de l'importance dans le roman : Paul, le frère de Claire. Ces deux-là n'ont pas eu une enfance facile : leurs parents sont morts jeunes, assez tragiquement, et ils ont été élevés par le frère de leur père. Mais Claire et Paul ont vécu ensemble très peu souvent, hormis pendant les vacances en Bretagne, car Paul vivait en pension le reste de l'année. On pourrait alors croire qu'ils ne sont pas très liés mais le roman va révéler tout le contraire.
C'est le premier roman de Pascal Quignard que je lis et j'avoue que j'ai refermé ce livre avec une impression assez indéfinissable. Non pas qu'il m'ait déplu, bien au contraire puisqu'il a réussi à me faire suivre Claire, cette femme un peu étrange, qui se dévoile peu à peu à travers le portrait de ceux qui la côtoient. Peut-être est-ce l'atmosphère du roman : j'ai eu l'impression que les lieux avaient une place très importante dans ce récit, et que l'histoire n'aurait pas pu se passer ailleurs. Je ne connais pas les liens de Pascal Quignard avec la Bretagne, mais il a réussi à retranscrire parfaitement l'ambiance de cette région (et je ne parle pas du son de la bombarde et du parfum des embruns !). C'est peut-être ça finalement : ce roman réussit à instiller comme une mélancolie, si propre à la Bretagne...
Et l'air de rien, par petites touches légères, l'auteur a ce talent pour décrire des sentiments très forts : la passion amoureuse (entre Claire et Simon), l'amitié profonde (entre Claire et madame Ladon) et quelque chose entre les deux, qui semble être une chose assez rare et précieuse : la relation particulière entre un frère et une soeur.
Un roman lumineux !


  • Les présentations des éditeurs : 06/10/2011

En Bretagne, de nos jours, près de Dinard, une femme d'une quarantaine d'années retrouve par hasard le professeur de piano de son enfance.
Cette femme âgée lui propose de venir habiter chez elle. Petit à petit, elle se réinstalle dans la petite ville où elle a vécu autrefois, retrouve son premier amour, se lie comme jamais elle ne l'avait fait avec son frère plus jeune, redécouvre les lieux, les chemins, les roches, se passionne pour la nature, le mer. Soudain, un jour, sa fille, qu'elle n'avait plus vue depuis des années, revient vers elle.
De façon polyphonique, tous les personnages qui la côtoient (un prêtre, la bonne du professeur de piano, son frère Paul, un cultivateur, la factrice, un cousin qui vit près de là, la conductrice du car de ramassage scolaire, la masseuse de la thalassothérapie, sa fille Juliette) évoquent cette femme dont la destinée paraît de plus en plus étrange. Chacun a son interprétation. Chacun essaie de comprendre les rapports troublants, mystérieux, silencieux, sauvages que Claire se met à entretenir avec sa famille, l'amour, la falaise, le ciel, les oiseaux, l'origine.

Romancier, poète et essayiste, Pascal Quignard est né en 1948.
Après des études de philosophie, il entre aux Éditions Gallimard où il occupe les fonctions successives de lecteur, membre du comité de lecture et secrétaire général pour le développement éditorial. Il enseigne ensuite à l'Université de Vincennes et à l'École Pratique des Hautes Études en Sciences Sociales. Il a fondé le festival d'opéra et de théâtre baroque de Versailles, qu'il dirige de 1990 à 1994.
Par la suite, il démissionne de toutes ses fonctions pour se consacrer à son travail d'écrivain. L'essentiel de son oeuvre est disponible aux Éditions Gallimard, en collection blanche et en Folio.



  • La revue de presse Baptiste Liger - L'Express, octobre 2011

Pascal Quignard, loin de Tous les matins du monde, signe une grande intrigue familiale en Bretagne sur le mystère du lien...
Et d'autres apparitions et disparitions viendront rythmer Les Solidarités mystérieuses - quel beau titre ! Dans une écriture tenue et très élégante, l'auteur de Tous les matins du monde tente de percer l'énigme des liens entre les individus (et les animaux, à l'occasion), par essence insaisissable. Et il nous livre une leçon de contraction romanesque.


  • La revue de presse Marie-Laure Delorme - Le Journal du Dimanche du 2 octobre 2011

Portrait d'une femme brûlante ; réflexion sur les liens indestructibles ; hommage à la nature. Les Solidarités mystérieuses sont une longue épure. Pascal Quignard y retrouve le thème du dépouillement. Ses personnages désirent s'alléger du poids de la civilisation. Claire Methuen a été quittée (ses parents sont morts dans un accident de voiture alors qu'elle avait 9 ans) puis a quitté (elle ne voit plus son mari et ses deux filles). Elle se cherche et se trouve dans l'immensité des lieux...
Les Solidarités mystérieuses sont un roman sensuel, sec, sauvage.


  • La revue de presse Laurent Nunez - le Magazine Littéraire, octobre 2011

Les Solidarités mystérieuses, dernier roman de Pascal Quignard, engage une polyphonie qui trouble les identités et les certitudes...
Quignard possède un talent unique : se répétant, il ne se répète jamais. Depuis plusieurs années déjà, il tient différentes rênes, et son char ne se renverse pas. D'un côté, il y a «Dernier royaume», dont il a publié en 2009 le sixième tome, La Barque silencieuse. (S'y ajoutent de courts textes, comme des blocs de marbre séparés de ces grandes falaises : Medea, ou Boutès.) De l'autre côté, il y a des romans contemporains, comme L'Occupation américaine ou Les Escaliers de Chambord, ancrés dans une époque, faussement classiques, véritablement ambigus. Villa Amalia donnait déjà la parole à une femme qui cherchait à fausser compagnie à tout le monde ; Les Solidarités mystérieuses reprennent cette même veine, en la rendant plus apparente encore. Qui est vraiment Claire ? «Marie-Claire, ou Claire, ou Clara, ou Chara.» Le roman se construit comme une déconstruction de toutes les identités ; et cette déconstruction n'est visible que par la multiplication des voix. Chacun a son mot à dire, et chacun le dit : le récit se divise dès lors en autant de focalisations,


  • La revue de presse Patrick Kéchichian - La Croix du 5 octobre 2011

L'hypothèse implicite du roman, ce qui lui donne son élan et son mouvement, c'est que les liens de la famille, ou ceux de la nature, ne comptent pour rien dans le destin des personnes - ou pour pas grand-chose. Que seule importe cette «solidarité mystérieuse», «lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé ainsi». On peut avoir lu des dizaines de livres de Pascal Quignard, l'effet d'étonnement, qui frise parfois l'angoisse, on le ressent à chaque fois. Ce qui le produit (singulièrement dans les romans) passe par les irrégularités formelles concertées du récit : brusques accélérations de la narration ou au contraire grands blancs et silences, ellipses, changements impromptus du temps des verbes... Mais ce qui agit avec le plus de force, c'est une intense mélancolie : celle qui préside à la vision du monde et des êtres de l'écrivain. Une mélancolie qui n'a certes plus la force négative qu'elle avait dans Le Lecteur (1976), premier et bouleversant récit de l'écrivain, matrice secrète de l'oeuvre, mais qui se déploie encore ici avec toutes ses sombres, et lourdes, et superbes draperies.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 5 octobre 2011

Il y a de l'inquiétude, un sentiment d'intense et alarmante étrangeté, mais aussi de la douceur et une forme d'apaisement à suivre au fil des pages du roman le processus de dénuement dans lequel Claire s'est engagée - sa dissolution, identité, corps, âme et mémoire, dans ce décor fait de pierre, de landes, de bois et d'eau mêlés. Une capitulation qui est aussi un dénouement : une résolution des conflits, un relâchement des tensions, un abandon de soi. Que le romancier orchestre en une succession d'épiphanies - instants limpides, sensuels et immobiles, extraits du cours du temps, contemplatifs comme des moments de prière...
Sous des dehors extrêmement concrets (descriptions minutieuses de la nature, lents travellings sur un visage, un corps, un geste quotidien) et terriblement romanesques (secrets de famille, jalousies amoureuses...), c'est un roman profondément méditatif et recueilli, irrigué de mystère, que nous offre à lire Pascal Quignard. Une fiction d'une sobre beauté, d'une profondeur entêtante, qui s'inscrit avec une évidence saisissante dans l'oeuvre d'un écrivain dont l'hétérogénéité n'est qu'apparente.


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