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.. Citoyen sujet et autres essais d'anthropologie philosophique

Couverture du livre Citoyen sujet et autres essais d'anthropologie philosophique

Auteur : Etienne Balibar

Date de saisie : 31/10/2011

Genre : Philosophie

Editeur : PUF, Paris, France

Collection : Pratiques théoriques

Prix : 32.00 € / 209.91 F

ISBN : 978-2-13-052002-3

GENCOD : 9782130520023

Sorti le : 29/09/2011

  • Les présentations des éditeurs : 31/10/2011

Dans les essais qui forment ce livre, la question de la modernité est retravaillée en prenant pour fils conducteurs l'auto-énonciation du sujet (Descartes, Locke, Rousseau, Derrida), la constitution du «nous» communautaire (Hegel, Marx, Tolstoï), l'aporie du jugement de soi-même et des autres (Foucault, Freud, Kelsen, Blanchot). On parvient ainsi à mieux définir la dialectique de l'universalité et des différences à l'époque bourgeoise. Le rapport du commun à l'universel devient un écart politique au sein de l'universel lui-même.
L'ensemble pose la question d'une nouvelle donne pour l'anthropologie philosophique - après la grande «querelle de l'humanisme» qui aura occupé la philosophie du XXe siècle - en termes de mouvements contraires : devenir-citoyen du sujet et du devenir-sujet du citoyen. Le citoyen-sujet qui se constitue dans la revendication du «droit aux droits», ne peut exister sans un envers, qui le conteste et le défie. Il n'est pas seulement rapport social, mais malêtre de ce rapport. Dès lors, l'humain ne peut être institué qu'à la condition de se retrancher de soi-même, dans la forme des «différences anthropologiques» qui assignent normalité et identité comme conditions de l'appartenance. La violence de l'universalité civique-bourgeoise est plus grande, mais aussi moins légitime, que celle des universalités théologiques ou cosmologiques. Le droit se fonde sur l'insoumission. L'émancipation tire sa puissance de l'altérité.

Etienne Balibar, né en 1942, est professeur émérite de philosophie politique et morale à l'Université de Paris Ouest, et Distinguished Prof essor of Humanities à l'Université de Californie à Irvine. Il a publié récemment Violence et Civilité (Galilée, 2010) et La proposition de l'égaliberté (PUF, 2010).



  • La revue de presse Mathieu Potte-Bonneville - Le Monde du 20 octobre 2011

"Dernières nouvelles de l'homme", écrivait volontiers Alexandre Vialatte au seuil de ses chroniques. Formule malicieuse : en traitant l'homme de la philosophie comme un simple quidam, elle faisait glisser d'un coup le propos de l'éternité vers l'histoire, exposait notre essence même aux aléas de la conjoncture. C'est un déplacement du même ordre qui traverse le nouveau livre du philosophe Etienne Balibar, et court d'article en essai sur la vingtaine d'années retracée par Citoyen sujet. Les lecteurs de Balibar attendaient depuis longtemps ce livre...
En apparence, Citoyen sujet se présente comme un sage parcours en trois parties : de la subjectivité d'abord saisie dans sa dimension propre (depuis l'ego cartésien), on passe ensuite au collectif (prolétariat, nation ou masse), pour réconcilier ces figures adverses du "chacun" et du "tous" dans une interrogation sur le sujet de droit. Aller ainsi de l'intimité du sujet à son inscription dans le monde a quelque chose d'ironique : en réalité, l'analyse que propose Balibar perturbe à chaque instant les frontières de l'intérieur et de l'extérieur.


  • La revue de presse Eric Aeschimann - Le Nouvel Observateur du 5 octobre 2011

Balibar ne retourne pas sa veste. Ne méconnaît pas que nos perceptions, nos façons de classer le monde sont des constructions historiques en constante évolution. Mais ce qui ne change pas, c'est le besoin que nous avons de ces constructions. Il y a là un invariant, qui certes varie toujours, mais ne disparaît jamais. Pour le nommer, il a recours à un terme trouvé chez Foucault et Derrida : le quasi-transcendantal. «Le projet auquel je travaille, c'est une enquête sur le quasi-transcendantal.» Ainsi se livre-t-il dans le final de «Citoyen sujet» à un exercice vertigineux où il montre comment les différences de race, de genre ou de «normalité» psychologique, loin de justifier les habituels discours sur l'altérité, constituent au contraire le fondement même de l'universel. Non pas un universel figé et dominateur, mais, pour reprendre une expression qu'il emploie dans un autre chapitre, une «chose commune», une «cause commune», produite à chaque instant, par tous et par chacun, dans une perpétuelle reconfiguration.


  • Les courts extraits de livres : 31/10/2011

Extrait de l'avant-propos

Après la querelle

Le présent ouvrage voit le jour après avoir été annoncé plusieurs fois par l'éditeur qui l'avait accepté il y a près de vingt ans, et que mes promesses non tenues ont dû souvent exaspérer, bien qu'il n'en montrât rien, et ne se soit jamais lassé de m'en demander la livraison. Je lui en suis profondément reconnaissant, car il n'est pas certain que sans cette constance d'intérêt et d'amitié j'aurais persévéré dans mes intentions, en dépit des stimulations que je retirais de diverses rencontres et collaborations. Ma reconnaissance n'est pas moindre envers Bruno Karsenti et Guillaume Le Blanc qui, en prenant la direction de la collection «Pratiques Théoriques», ont aussitôt souhaité me voir revenir comme auteur là où j'avais été essentiellement lecteur.
Évidemment, pendant tout ce temps, la conception et le contenu du livre ont évolué, même si le point de départ et la méthode de sélection des essais qui le composent sont restés, pour l'essentiel, identiques. J'avais toujours voulu assembler des études autonomes, au besoin réécrites, et à l'occasion produites en vue de cet usage, selon un ordre d'intelligibilité et de complémentarité, de façon à éprouver, compliquer, rectifier les hypothèses proposées dans l'essai dont j'étends le titre à tout l'ensemble : Citoyen-Sujet, et à en dégager les conséquences pour notre compréhension des bouleversements que la modernité a produits dans le champ de l'anthropologie philosophique. Aujourd'hui, bien sûr, j'ai le sentiment d'avoir multiplié les questions plutôt que produit des réponses incontestables. Mais j'espère aussi avoir clarifié certains présupposés, produit quelques savoirs, et - par la progression que j'ai construite - mieux dégagé les enjeux de ce qui, au départ, relevait essentiellement d'une intuition. Il me faut donc, pour commencer, dire ici quelques mots de ce point de départ, de l'ordre que j'ai adopté, et de la façon dont je reformulerais aujourd'hui la question posée.
J'attache une grande importance, et un grand prix, au fait que, comme l'indique son titre complet, mon essai «Citoyen Sujet. Réponse à la question de Jean-Luc Nancy : qui vient après le sujet ?» ait été conçu comme une réaction aux formulations d'un autre, plutôt que comme une élaboration entièrement autonome. Cela ne tient pas seulement aux souvenirs d'amitié et de travail qu'il évoque aujourd'hui pour moi. Mais, plus objectivement, au fait que la question lancée par Nancy à un ensemble de philosophes français de plusieurs générations et d'orientations diverses, dans l'esprit des concours et des consultations du XVIIIe siècle, permettait à la fois de ponctuer un moment théorique, et de décaler les formulations reçues d'une querelle obsédante. On peut bien dire en effet que la «critique des philosophies du sujet» (ou plus précisément du sujet originaire, référé à une lignée idéale reliant les énoncés de Descartes, de Kant et de Husserl) avait constitué le point de rencontre (mais aussi de friction) entre des discours relevant d'une déconstruction phénoménologique (ou post-phénoménologique) de la «métaphysique» du fondement, d'un «décentrement» structuraliste des données immédiates de la conscience, et d'une critique marxiste, freudienne, ou nietzschéenne des «illusions» que recouvre sa prétention de vérité. Mais par son énoncé paradoxal («qui vient après le sujet ?»), dont on verra que je relevais d'emblée (comme d'autres participants) le caractère intentionnellement sophistique, Nancy coupait court aux tentations de remplacer un «paradigme» par un autre (ou une «positivité» par une autre), en croyant venu le moment de célébrer des enterrements et des naissances, et de passer linéairement d'une philosophie «du sujet» à une philosophie «sans sujet». (...)


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