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Auteur : Collectif
Date de saisie : 14/10/2011
Genre : Poésie
Editeur : Cheyne, Le Chambon-sur-Lignon, France
Prix : 20.50 € / 134.47 F
ISBN : 9782841161744
GENCOD : 9782841161744
Sorti le : 06/10/2011
En ce temps fébrile, obsédé du jeune et du nouveau, où le goût dominant prône comme des valeurs absolues la rupture et l'impératif de modernité, en ce temps consécutivement empêtré avec sa mémoire et prompt à considérer le passé comme une entrave au pied du marcheur, que signifient hériter, continuer, transmettre ? Qu'est-ce qui se prolonge, qu'est-ce qui persévère et simultanément se reformule ou s'adapte dans des circonstances qui nécessairement changent ? Questions générales pour notre temps certes, mais qui trouvent leur parfait point d'application dans toute aventure artistique qui les réactive à chaque pas.
A l'heure où le Théâtre National Populaire opère une métamorphose architecturale radicale et entend se réinventer sans justement trahir ses principes, les États Provisoires du Poème ont sollicité le point de vue de gens de théâtre et de poètes. Fictions, réflexions, métaphores poétiques, les textes ici rassemblés ouvrent les portes : au lecteur de mesurer ce qui s'y joue...
Jean-Pierre Siméon
Avec la participation des auteurs : Paul Andreu, Jean-Marie Barnaud, Jacques Bonnaffé, Patricia Castex Menier, Hélène Cixous, Marie Cosnay, Michel Deguy, Jean-Pierre Jourdain, Charles Juliet, Reiner Kunze, Benjamin Lazar, Benoît Reiss, Christian Schiaretti et Jean-Pierre Verheggen.
JEAN-PIERRE SIMÉON : L'intitulé de ce numéro d'États provisoires du poème est "Refaire, renaître, refonder". Lequel ou lesquels de ces termes te paraissent le ou les plus appropriés pour caractériser la mutation du T.N.P. sous ta direction depuis dix ans ?
CHRISTIAN SCHIARETTI : D'une façon générale, je n'aime pas beaucoup le préfixe «re», même s'il est fondateur dans le théâtre où il est clair pour chacun que l'on répète et représente. Je m'en méfie car c'est un point de vue d'orgueil; le point de vue d'un démiurge extérieur qui déciderait d'indiquer le chemin, un passé rédempteur dont il aurait le secret.
La répétition comme la représentation au théâtre ne vaut que par le tremblé de sa vérité. La répétition est juste quand elle ne duplique pas un geste passé mais en montre au contraire la vérité dans le seul instant, pour le seul instant, par le seul instant. Autrement dit, répéter ce n'est pas refaire mais inventer. De même, du point de vue d'une aventure institutionnelle, je ne fais rien d'autre que ce que d'autres ont fait, avec des modulations constantes. On n'observe jamais assez. Il y a dans le Graal Théâtre de Florence Delay et Jacques Roubaud cette phrase que j'aime beaucoup : «Quelle monotonie que le changement sans répétition !» C'est une méditation, pas une pensée. Un encouragement à se suffire du mouvement immobile. Pauvreté du changement continuel quand bien même ce changement se revêt-il des attributs du «re» ; je refais, je renais ou je refonde. J'essaie de ne pas avoir cette position-là.
Je suis persuadé qu'il existe une constante dans l'art du théâtre, une définition du dispositif minimum, la salle et la scène, l'art de la bouche et de l'oreille, leurs responsabilités réciproques : l'achèvement de l'oeuvre par la salle. Pour que la salle achève l'oeuvre, il y a deux possibilités : soit la salle achève l'oeuvre en étant elle-même une identité sélectionnée qui n'apportera pas de contradiction à l'oeuvre, mais plutôt une prolongation, un raffinement (tension d'essence aristocratique ou religieuse : nul n'entre ici s'il n'est aristocrate, cultivé ou de telle confession). On pourrait dire qu'on purifie ici la salle en raison d'une sorte d'idéal d'adhésion ou d'unité de la représentation. D'ailleurs cette définition ne s'applique pas qu'à un théâtre du raffinement mais peut aussi s'appliquer au «gros théâtre». Soit on estime que l'achèvement de l'oeuvre se fait par la salle, grâce à la contradiction effective de la salle : l'oeuvre est alors confrontée à une tension nécessairement démocratique, où la pluralité sans résolution de l'audience se fait entendre. Cette donnée est inscrite dans la vocation du théâtre national populaire. Et ce, dès la préface de Marion Delorme en 1830. Le théâtre national populaire relève de cette acception souvent mal lue.
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