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Auteur : Véronique Beucler
Date de saisie : 26/10/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Editions-dialogues.fr, Brest, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782918135364
GENCOD : 9782918135364
Sorti le : 06/10/2011
Véronique Beucler a deux passions, le théâtre et l'écriture, mais elle prétend que c'est la même chose, qu'en mettant en scène elle écrit et qu'en écrivant, elle fait jouer des personnages.
Elle a vécu dans des îles : Mallorca, Vanuatu, Corse, Madagascar, puis en Colombie, au Mexique, à Sarajevo, à Casablanca. Elle réside actuellement à Madrid où elle enseigne la littérature. Elle a mis en scène une dizaine de pièces et publié trois romans : L'amour en page, La Berlue, Les Particules de mon mari sont authentiques.
Que signifient ces mutations inavouables ?A partir de combien de cas parle-t-on d'épidémie nationale ? Comment réagir devant ce qui vous fleurit sur le nez, le ventre, ou ailleurs ? Le mieux est peut-être de se faire opérer, comme tout le monde, ni vu ni connu.
Mais quand le doigt est pris - ou le pied ou la langue - la bête est installée. Qui la délogerait ? Lascive et toute puissante, elle se pourlèche, frétille et mène la danse, au coeur de cette cité florissante. Délices de la décadence, de la dégringolade festive et insouciante !
«Le charme de Véronique Beucler réside, entre autres, dans sa manière de raconter les histoires. [...] Ce que je sais à coup sûr, c'est qu'elle est pour moi, l'un des auteurs les plus délicieux et les plus originaux de la littérature française contemporaine.»
Alberto Manguel
Ce jeudi-là, Vladimir Fradel se réveilla d'un sommeil agité. Il grognait, se retournait, sans trouver de position confortable ; il finit par se redresser sur un coude et s'asseoir, les pieds hors du lit. Il porta machinalement les mains à son visage ; tout semblait à sa place. Dans le rêve qu'il venait de quitter, son corps, entendez : toute sa personne, celle d'un beau gaillard de 28 ans, avait été remplacée par une trompe. Une belle trompe, notez bien, ni grincheuse ni enrouée, fringante au contraire, alerte, butineuse, décidée à faire son office de trompe : fureter et avertir.
Il s'ébroua, tentant de se débarrasser de ces images, comme on secoue une chevelure pleine d'eau. Les gouttelettes trompeuses éclaboussèrent la chambre.
Le jour se levait dans une lumière rose qui perçait la grisaille de la nuit. Il se prépara un café, accompagné de la radio, en bruit de fond. Il vivait dans un petit immeuble ouvrier du sud de la ville appartenant à ses grands-parents qui l'avaient élevé. Il travaillait aux halles du nord, chargeait et déchargeait les camions ; ses épaules et ses biceps de lutteur lui facilitaient la tâche. Aux heures d'affluence, il donnait un coup de main à un volailler. Il avait maintenant sa clientèle de petites mères qui ne juraient que par lui et qui insistaient, c'était devenu un rite ou une provocation : «Allez, Vladimir, tâtez-y un peu !», elles le regardaient, rigolardes, enfoncer son pouce dans la cuisse souple des poulets et repartaient, ravies, avec leur volaille chatouillée par le beau gosse.
Pieds nus, les cheveux en bataille, il chercha un bout de chocolat dans le placard. Le jingle des infos de 7 h le sortit de sa torpeur, il augmenta le volume. Un fou furieux avait posé une bombe dans un hôpital de Washington, bilan trente morts et une centaine de blessés. Un convoyeur de fonds s'était évaporé avec onze millions d'euros. Sans menacer personne, il avait fait ça en danseuse, sur la pointe des pieds. Pour sa peine - ou son mérite -, il ne risquait que trois ans de prison. Voilà qui était plutôt réjouissant.
Le message publicitaire pour la vaccination nationale clôtura le journal. La dernière grippe porcine monopolisait une fois de plus l'information. Il coupa la radio et laissa les volutes de Cohen nettoyer la pièce. «...this waltz, this waltz, this waltz, this waltz / with its very own breath of brandy and death...»
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