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Auteur : Macha Sery
Date de saisie : 26/10/2011
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Au diable Vauvert, Vauvert, France
Collection : A 20 ans
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 9782846263856
GENCOD : 9782846263856
Sorti le : 09/10/2011
Octobre 1930. Fils d'une femme de ménage, orphelin de père, Albert, 17 ans, vit à Alger, en jeune Méditerranéen, entre plage et cafés, le football, les filles et les copains. Mais la tuberculose le frappe, et tout change. Pris d'une infatigable énergie à vivre, il se passionne pour la littérature et la philosophie, se marie, divorce, s'engage au parti communiste, défend la cause des Arabes et devient journaliste. La lucidité sera son exigence, la révolte son combat, l'écriture son arme.
«Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse», rappellera Camus lors de son discours du prix Nobel en 1957. Et en effet, lorsque Hitler a accédé au pouvoir, il avait 20 ans. Puis ce fut la guerre civile en Espagne, puis la guerre mondiale. Lire Albert Camus à 20 ans, c'est comprendre à quel point cette décennie est celles de ses premiers combats, combien les thèmes de prédilection de son oeuvre se sont forgés à cette époque et pourquoi l'Algérie demeura, toute sa vie, sa vraie patrie.
Après des études de lettres et d'histoire, Macha Séry collabore au Monde en 1992 où elle est embauchée comme journaliste trois ans plus tard. Aujourd'hui critique de films et de spectacles, elle est l'auteur d'un essai littéraire {Des amis en toute saison : d'Apollinaire à Camus) paru chez Flammarion, d'un recueil de reportages {Parents d'élèves si vous saviez éd. Stock) et de deux romans (Les Cendres du soupçon, éd. Philippe Rey et Blanche Maupas, éd. de l'Archipel).
Albert Camus dégage le ballon dans le camp adverse. Devant lui, Marcel, Alex, Kiki, Dominique, Georges, Roger, Moïse sont déjà en sueur. Raymond dit le Grand reste derrière. Passe mal ajustée. Le défenseur de l'Olympique d'Hussein-Dey récupère le ballon. Il efface un joueur puis deux. Reconnaissables à leurs maillots rayés bleu et blanc, les juniors du Racing universitaire d'Alger (rua) se replacent en position défensive. Au bord du terrain, Maurice l'entraîneur hurle : «Bon sang !» et balance ses bras à la manière d'un chef de gare. Encadré par la cage de bois, Albert se tient aux aguets. Raymond s'avance de quelques mètres pour écarter le danger. Il rate le ballon, pas le mollet d'un attaquant. Boufarik arme sa frappe. Le tir passe à côté mais Boufarik heurte le gardien. «Pardon, fils.» C'est le refrain de cet avant-centre surnommé la Pastèque. Il s'excuse sitôt qu'il le percute et l'écrase de tout son poids, c'est-à-dire chaque fois. Pas mauvais bougre, juste corpulent, sans adresse et un rien matois lorsque ses crampons massent les tibias de ses adversaires. «Ça va, Albert ?» s'inquiète Raymond. Camus se relève sans broncher. Sourire contrit, genoux endoloris. Il aurait beau jeu de se plaindre. Ici personne n'est épargné. Surtout les gars de son équipe, une poignée de lycéens et d'universitaires considérés par ceux d'en face comme des bourgeois, des fils à papa. Par chance, ce dimanche-là, les juniors du RUA reçoivent à domicile, au stade municipal attenant au jardin d'Essai qui délimite à l'ouest le quartier Belcourt. Pire est de disputer un match dans le fief de l'Olympique d'Hussein jouxtant le cimetière musulman. Lors d'accrochages musclés, les cris, les menaces proférées par les adversaires rappellent ce morbide voisinage. De la balle au trépas : en somme le but de la vie. Les cadets se livrent à des petits gestes contrevenant au fair-play. Rarement, toutefois. L'entraîneur n'apprécie pas. Viril, mais correct, rappelle-t-il avec fermeté. Le football n'est pas seulement une discipline collective, un sport d'entraide obligeant chacun des coéquipiers, il vaut leçon de morale. Malgré le but encaissé, l'entraîneur n'est pas mécontent de ses petits aujourd'hui. Certes, depuis le début de l'année 1930, les victoires se comptent sur les doigts d'une main mais les perdants ne manquent pas de panache. L'équipe junior «nous a causé la plus grande joie de la journée», rapportera le bulletin du RUA daté du 28 octobre 1930. «L'équipe entière mérite des félicitations sans réserves. Elle était ainsi composée : Camus ; Zataltar, Ben Bouali ; Faglin, Yataghène, Karoubi, Garés, Ben Gana, Amrousse, Doyon, Florès. Le meilleur de tous fut Camus, qui ne fut battu que sur cafouillage et fit une splendide exhibition.»
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