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.. Notre oncle

Couverture du livre Notre oncle

Auteur : Arnon Grunberg

Traducteur : Olivier Van Wersch-Cot

Date de saisie : 01/11/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. Héloïse d'Ormesson, Paris, France

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-35087-164-6

GENCOD : 9782350871646

Sorti le : 13/10/2011

  • Les présentations des éditeurs : 10/12/2011

Un pays sous le joug d'une dictature militaire. Le major Anthony pense régler ses problèmes en adoptant une orpheline. N'a-t-il pas trouvé avec Lina le plus beau gage d'amour pour son épouse Paloma ? Cette enfant de rebelles qu'il vient d'assassiner saura combler le désir de maternité de sa femme et sauver leur couple à la dérive. Une aubaine ! Pourquoi ne voient-elles pas la situation du même oeil ?

Saga absurde et grinçante, Notre oncle est un récit déroutant, où Arnon Grunberg n'épargne personne. En poussant à l'extrême la parodie, il porte un regard d'une effrayante lucidité sur la nature humaine.

ARNON GRUNBERG

Né à Amsterdam en 1971, Arnon Grunberg vit aujourd'hui à New York. Iconoclaste surdoué, son premier roman, Lundis bleus, est un succès immédiat. En 2000, il reçoit le prix Ako (équivalent du Goncourt) pour Douleur fantôme. Le Messie juif, chef-d'oeuvre blasphématoire, est publié en 2007. La même année, Tirza reçoit le prix Libris.



  • La revue de presse Raphaëlle Leyris - Le Monde du 13 octobre 2011

Mais, pour ce Néerlandais né en 1971, écrivain-star dans son pays et virtuose de l'ironie, il semble de plus en plus que le stade suprême de la déraison soit l'optimisme : il l'a étudié sur le diplomate béat du Bonheur attrapé par un singe (Actes Sud, 2008), sur le personnage de son grand oeuvre, Le Messie juif, (Héloïse d'Ormesson, 2007), et, aujourd'hui, dans l'impressionnant Notre oncle.


  • Les courts extraits de livres : 10/12/2011

L'assassin des parents de Lina Siñani Huanca ne pouvait pas avoir d'enfant lui-même, aussi décida-t-il d'adopter Lina Siñani Huanca. Il n'eut pas besoin de réfléchir longtemps ; l'enfant était là, debout dans la pénombre, et elle le regardait comme si elle n'avait eu aucun mal à deviner que c'était lui qui dirigeait les opérations, lui qui décidait de ce qui allait se passer. L'enfant avait dû comprendre, avant même qu'il dise quoi que ce soit, que son destin était devenu celui de cet homme. Désormais, ils étaient liés l'un à l'autre pour toujours : un lien plus fort que tous les liens du sang.
Elle était là, juste à côté d'une table en bois où traînaient encore les reliefs d'un repas. Assiettes sales, couverts, bougies, un journal, une casserole contenant encore de la nourriture. Le fond accroché d'un plat mijoté ? Du riz et des restes de viande ?
Il était sorti de la chambre à coucher pour voir ce qui se passait, comprendre d'où venait ce bruit, ce qu'il signifiait, malgré le caractère superflu de la question - quelle signification pouvait bien avoir ce genre de bruit ? - et alors, il l'avait sentie pour la première fois. Bien qu'elle fut éloignée de lui de plusieurs mètres, il avait l'impression qu'elle le touchait. Avant même de l'avoir vue, avant même que la lumière de sa lampe de poche soit tombée sur son visage, il aurait juré qu'elle le tâtait comme l'aurait fait un aveugle.
Il avait commencé sa carrière comme éclaireur. Il sentait l'autre avant de le voir. Et quoique cette prescience ait disparu - elle l'avait quitté comme vous quitte un amour -, elle était de retour cette nuit-là. Plus aiguë encore qu'autrefois. Il eut un instant la certitude que la vie se résumait à l'attention avec laquelle on observe ce qui vous entoure.
Il avait dirigé vers elle le faisceau de sa lampe de poche ; il avait vu ses nattes, pas longtemps, mais assez pour décider qu'il avait besoin de plus de lumière.
Elle n'avait pas bougé de la place où il l'apercevait. Une porte donnant sur sa propre chambre s'ouvrait derrière elle. Il continua de l'observer pendant que ses subordonnés fouillaient en silence le reste de la maison et qu'il dirigeait sa lampe de poche vers le sol pour ne pas l'éblouir. Il s'était demandé un instant si elle savait ce qui était arrivé à ses parents dans la chambre à coucher, mais il avait ensuite de nouveau fixé ses nattes, les plus longues qu'il ait jamais vues.
Ses hommes inspectaient la maison à la recherche de pièces à conviction, de tout objet pouvant être qualifié de «compromettant», bien que cela ne fût pratiquement plus la peine. C'était une formalité, mais il y tenait justement à cause de ça. Entre l'homme et le chaos se dressait la formalité. Il insistait toujours auprès de ses hommes sur le fait que le vandalisme n'était excusable dans aucune perquisition. L'objectif n'était pas de dévaster le plus de choses possible ou d'écrabouiller des objets précieux, mais de trouver des pièces à conviction. Parfois, ses hommes étaient en transe. Pas la transe de l'alcool ou des drogues, mais celle de la vie même, la vie telle qu'elle avait été conçue autrefois, une transe destructrice.


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