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Auteur : Dany-Robert Dufour
Date de saisie : 25/01/2012
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Médiations
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782207110058
GENCOD : 9782207110058
Sorti le : 02/10/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un philosophe qui essaie de sortir du faux débat qui fait rage actuellement et qui oppose d'un côté les post-modernes qui courent derrière, voire devancent, toutes les innovations et, de l'autre, les néo-réactionnaires qui s'affligent de ce que tout fout le camp. Entre les deux, je cherche une autre voie, celle de la néo-résistance. Les résistants d'autrefois luttaient contre le nazisme. Les néo-résistants d'aujourd'hui ont à lutter contre une nouvelle forme de totalitarisme, l'ultra-libéralisme actuel, qui se présente comme hautement révolutionnaire en prétendant reconfigurer tous les aspects de la vie personnelle et sociale en fonction du seul intérêt personnel. Pour le néo-résistant que je suis, il ne s'agit ni de tout révolutionner en fonction des intérêts du Marché, ni d'en revenir au passé.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est la crise de civilisation que nous vivons. Le constat est simple : après avoir surmonté deux séismes dévastateurs en un siècle (le nazisme et le stalinisme), la civilisation occidentale, entraînant avec elle le reste du monde, se trouve aujourd'hui emportée par le néo-libéralisme qui se fonde sur l'égoïsme des acteurs. Il en résulte une crise générale d'une nature inédite : financière, économique, politique, écologique, morale, subjective, esthétique et intellectuelle.
Il n'y a cependant nulle fatalité à cette nouvelle impasse.
J'essaie dans un langage accessible à tous et très vivant, de m'interroger sur les moyens de résister à ce dernier totalitarisme en date, celui du Marché total. Ces moyens existent : dès lors qu'on a clairement identifié les maux, les remèdes s'imposent.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Celle-ci : "Mon programme de travail pose et suppose qu'on puisse faire le tri et répondre quelque chose comme "ni-ni" face aux deux impasses qui se présentent aujourd'hui. Autrement dit : ni retour au Père interdicteur tout puissant, ni licence donnée au tout est permis. (...) Ce programme, que j'appellerai "Nini", implique qu'un double droit puisse être invoqué à l'égard des tendances actuelles. D'une part, un droit de retrait face au tout puissant discours de la marchandise et, d'autre part, un droit d'inventaire à l'encontre des grands récits théologico-politiques".
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Ce serait la chanson de Bashung : "C'est comment qu'on freine..., je voudrais descendre de là...".
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Une certaine joie. Celle de se promener dans la culture passée et actuelle, sans soucis des chasses gardées, pour éclairer le présent et tenter de réduire son opacité. Celle de se sentir lancé dans une grande aventure, comme s'il fallait reconstruire un récit crédible à quoi nous pourrions croire - je mise beaucoup à cet égard sur l'idée d'un individualisme, non pas égoïste, comme aujourd'hui, mais altruiste ou sympathique. Celle de faire partager la joie qui vous saisit lorsque vous trouvez, dans l'écriture, l'expression adéquate, éventuellement percutante qui éclaire tout autrement et qui permet de comprendre.
Après avoir surmonté en un siècle différents séismes dévastateurs - le nazisme et le stalinisme au premier rang -, la civilisation occidentale est aujourd'hui emportée par le néolibéralisme. Entraînant avec elle le reste du monde. Il en résulte une crise générale d'une nature inédite : politique, économique, écologique, morale, subjective, esthétique, intellectuelle...
Une nouvelle impasse ? Il n'y a là nulle fatalité. En philosophe, mais dans un langage accessible à tous, Dany-Robert Dufour s'interroge sur les moyens de résister au dernier totalitarisme en date. Une fois déjà, lors de la Renaissance, la civilisation occidentale a su se dépasser en mobilisant ses deux grands récits fondateurs : le monothéisme venu de Jérusalem et le Logos et la raison philosophique venus d'Athènes. Pour sortir de la crise, il convient aujourd'hui de reprendre cet élan humaniste. Ce qui implique de dépoussiérer, réactualiser et laïciser ces grands récits.
L'auteur propose donc de faire advenir un individu qui, rejetant les comportements grégaires sans pour autant adopter une attitude égoïste, deviendrait enfin «sympathique», c'est à-dire libre et ouvert à l'autre. Une utopie de plus ? Plutôt une façon souhaitable mais aussi réalisable, face à la crise actuelle, de se diriger vers une nouvelle Renaissance, qui tiendrait les promesses oubliées de la première.
Dany Robert Dufour, philosophe, détaché au CNRS puis directeur de programme au Collège international de philosophie, est actuellement professeur en sciences de l'éducation à l'université Paris VIII, en résidence dans un Centre d'excellence, l'Institut d'études avancées de Nantes. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Folie et démocratie (Gallimard, 1996), L'Art de réduire les têtes (Denoël. 2003), Le Divin Marché (Denoël, 2007) et La Cité perverse - Libéralisme et démocratie (Denoël. 2009).
Afin de résister au néolibéralisme ambiant, rien de tel que de devenir des êtres doués de sympathie...
Dany-Robert Dufour aspire à l'émergence d'un nouvel individualisme "sympathique", attentif à autrui dans le respect de quelques valeurs cardinales : solidarité, civilité, maîtrise de soi, etc. Autrement dit, la common decency (décence commune) chère à Orwell. Un individu à venir, sur fond d'horizon kantien, qui ne prendrait plus l'autre comme un moyen mais comme une fin : fonder une communauté humaine.
Introduction
«Nous vivons une époque individualiste !», tel est le jugement spontané qui tourne aujourd'hui en boucle dans les discours de la doxa contemporaine.
Rien n'est plus faux !
Que notre époque soit à l'égoïsme, c'est un fait ; mais à l'individualisme, certainement pas. Pour une bonne et simple raison : l'individu n'a encore jamais existé. Il n'existait pas hier lorsqu'il était dissous dans les foules acclamant le Duce ou le Führer ou lorsqu'il était prié de se taire en attendant les lendemains enchantés promis par le bolchevisme. Il n'existe pas davantage dans le libéralisme d'aujourd'hui où l'individu se trouve réduit à ses pulsions par la culture de marché qui s'évertue à placer en face de chaque appétence mise à nu et violemment excitée un produit manufacturé, un service marchand ou un fantasme plus ou moins adéquat bricolé par les industries culturelles. Or, ce fonctionnement pulsionnel aujourd'hui constamment flatté suscite une attente permanente de satisfactions et constitue le préalable idéal à une mise en troupeaux généralisée des consommateurs - les fameuses études de marché désormais réalisées dans tous les domaines servent à cela, à segmenter la population en types de clientèles, avant de les capter, voire de les capturer pour ne plus les lâcher, grâce aux stratégies marketing qui se chargeront d'imprimer la nécessité de la permanence du divertissement dans les esprits et le logo des marques au plus profond des consciences.
En fait d'individualisme, nous nous retrouvons en pleine époque d'égoïsme grégaire. Ce dont témoignent, outre les différentes formes actuelles de la consommation de masse, d'autres symptômes - ceux, par exemple, qui sont soutenus par les technologies numériques (les «apéros géants» et autres phénomènes où l'idéal semble être d'avoir instantanément des milliers d'«amis»... qu'on ne connaît pas). Au point que l'égoïsme grégaire est devenu la forme dominante du lien social dans les démocraties de marché. Appeler ceci «individualisme» relève tout simplement du contresens majeur. Le véritable individu ne peut en effet désigner que celui qui non seulement est sorti de tous les troupeaux possibles, mais qui de surcroît pense et agit par lui-même indépendamment de ses pulsions. C'est là une forme qui tend alors à s'incarner en une multitude de sujets possibles, éminemment différents les uns des autres, tous singuliers.
Il ressort de ce qui précède que l'individu reste aujourd'hui à inventer. D'abord, comme aboutissement de la culture occidentale qui en a jeté les prémisses. Mais aussi et surtout parce que seul l'individu enfin réalisé comme personnalité apte au gouvernement de soi, soucieux de l'autre et conscient de sa place relative dans l'univers, pourrait encore sauver un monde devenu malade du fait d'être intégralement livré au tout Marché. Ce monde ainsi piégé et enchaîné connaît de multiples crises : économique, politique, intellectuelle, morale, subjective, sociale et écologique. Au point qu'il se répand de plus en plus, au gré des irradiations radioactives de Fukushima succédant aux énormes fuites de brut dans le golfe du Mexique, comme une acre odeur de fin du monde.
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