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Auteur : Matthieu Letourneux | Jean-Yves Mollier
Date de saisie : 16/11/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Nouveau Monde éditions, Paris, France
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 9782847366280
GENCOD : 9782847366280
Sorti le : 20/10/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Maître de conférences à l'Université de Paris Ouest-Nanterre, Matthieu Letourneux est spécialiste des littératures populaires et de jeunesse, et de la culture médiatique. Il a publié Le Roman d'aventures (1870-1930) et édité les oeuvres de Gabriel Ferry, Eugène Sue, Emilio Salgari, Gustave Aimard, Stanley Weyman.
Jean-Yves Mollier est Professeur à l'Université de Versailles-Saint-Quentin. Il a publié de nombreux ouvrages de référence sur l'édition française, dont Louis Hachette (Fayard, 1999) et, dernièrement, Edition, presse et pouvoir en France au XXe siècle (Fayard, 2008).
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Les auteurs font l'Histoire d'une maison d'édition populaire, La Librairie Jules Tallandier. Cette maison a été pendant plus d'un siècle l'un des éditeurs de littérature populaire les plus importants, publiant par milliers des romans d'aventures, des romans sentimentaux, des romans criminels et des ciné-romans dans des petites collections à quelques sous. C'est cette histoire d'une édition et d'une littérature oubliées, de leur logique et de leurs mécanismes qui est proposée ici.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«On connaît le paradoxe dont souffre la littérature populaire : diffusée avec de forts tirages et largement consommée, elle ne résiste guère à l'épreuve du temps, et des auteurs lus par des dizaines de milliers de lecteurs pendant des décennies, souffrent progressivement de la désuétude de leur style et de leur imaginaire, lassent les lecteurs et finissent par s'effacer des mémoires.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une musique populaire, quelque peu surannée, ou une chanson de comique troupier (rappelant l'imagination militaire des romans d'aventures de l'entre-deux guerres)
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Un pan de la culture populaire oublié. Des livres qui ont été lus en masse par les lecteurs, adultes et enfants, et qui ont totalement disparu des mémoires. Une histoire d'un domaine de l'édition qui a été important, mais reste largement méconnu.
Fondée en 1871 par François Polo et Georges Decaux, la Librairie Tallandier est une des Figures de proue de l'édition populaire. D'abord connue sous le nom des «Bureaux de l'Eclipsé», puis de «la Librairie Illustrée», elle ne prend le nom de Tallandier qu'en 1901 et se caractérise par son extrême longévité, malgré les crises et les rachats. Successivement militante et républicaine, spécialisée dans la littérature populaire, puis dans la littérature sentimentale, et finalement dédiée à l'Histoire, elle se transforme au fil du temps et en fonction de la personnalité de ses dirigeants tout en demeurant orientée vers le grand public.
Les auteurs dressent ici le portrait fouillé et nuancé dune maison représentative des mutations de l'édition au XIXe et au XXe siècle. Ils analysent la construction et l'évolution de l'identité de la Librairie Tillandier, s'adaptant à chaque époque au contexte mouvant de l'édition populaire. A l'origine du «Livre de poche» (en 1915) et pionnière dans la publication de bandes dessinées (avec Benjamin Rabier), Tallandier est aussi reconnue pour des collections comme «Le Livre National» (bleu et rouge) et ses romans d'aventures ou sentimentaux. Louis Boussenard, Michel Zévaco, Delly et Magali ont été quelques-uns de ses auteurs vedettes avant que les historiens ne prennent le relais.
Matthieu Letourneux est maître de conférences en littérature française à l'université de Paris-Ouest-Nanterre. Spécialiste des cultures médiatiques et des littératures populaires, il a notamment publié Le Roman d'aventures, 1870-1930 (PULIM, 2010).
Professeur à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, Jean-Yves Mollier a publié de nombreux ouvrages de référence sur l'édition française, dont Louis Hachette (Fayard, 1999) et, dernièrement, Edition, presse et pouvoir en France au XXe siècle (Fayard, 2008).
Extrait de l'introduction
On le sait, les XIXe et XXe siècles ont accompagné une formidable montée en puissance de la culture médiatique. Par la presse, les ouvrages en livraisons, les journaux-romans, les collections à bas prix et, bientôt, le cinéma, la T.S.F. et les nouveaux supports de communication, la connaissance du monde s'est trouvée de plus en plus facilitée et, dans un même mouvement, de plus en plus médiatisée. L'édition populaire a largement participé à ce processus rapide. En cherchant à toucher le plus grand nombre, elle a joué un rôle dans la baisse des coûts de fabrication ; en tentant de proposer des formes plus accessibles et plus séduisantes, elle a contribué à l'émergence de nouveaux styles d'écriture ; en inventant une «littérature à la vapeur», elle a engendré la réaction lettrée qui tentera de définir en partie contre elle la littérarité moderne ; en diffusant massivement les mêmes images, les mêmes thèmes, les mêmes stéréotypes, elle a participé activement à la diffusion des idéologies et des idées reçues, en même temps qu'en les médiatisant, elle leur donnait une apparence d'objectivité. En retour, les éditeurs populaires ont reflété l'évolution des représentations, par opportunisme commercial ou par adhésion idéologique, et ils ont souvent cherché à ajuster leurs pratiques à la vision qui était la leur selon les époques. Suivre au fil des décennies le trajet d'un éditeur, c'est faire l'expérience d'un certain nombre de choix personnels dans un contexte de production dominé par des mécanismes de sérialité et d'imitation qui laissent une marge de liberté réduite. L'éditeur populaire, parce qu'il subit fortement les contraintes économiques et que ses publications s'inscrivent dans une logique de recyclage et de variation, se situe au croisement des problématiques historiques et littéraires : il illustre les mutations de l'édition, il reflète les représentations collectives en même temps qu'il participe à leur formulation ; il met enfin en évidence le fait qu'en littérature populaire, la question de la production du sens se déplace pour partie de la figure de l'auteur à celle de l'éditeur.
On connaît pourtant le paradoxe dont souffre la littérature populaire : diffusée avec de forts tirages et largement consommée, elle ne résiste guère à l'épreuve du temps, et des auteurs lus par des dizaines de milliers de lecteurs pendant des décennies pâtissent progressivement de l'obsolescence de leur style et de leur imaginaire qui lassent les lecteurs et finissent par s'effacer des mémoires. L'édition populaire n'est pas mieux lotie. Là où un Pierre-Jules Hetzel ou un Gaston Gallimard voient leur nom encore auréolé de la gloire associée à leurs publications passées, le nom des éditeurs populaires s'efface des mémoires au fur et à mesure que les genres et les formats qui ont fait leur succès tombent en désuétude. Qui se souvient de Jules Rouff, qui vendait par centaines de milliers ses livraisons à la fin du siècle ? Qui connaît encore les Éditions Modernes, qui proposaient plusieurs dizaines de collections de fascicules dans l'entre-deux-guerres ? Qui peut dire qu'il est familier du catalogue de Joseph Ferenczi, dont les collections de romans d'aventures et de romans policiers inondaient les devantures des merceries à la même époque ? Les éditeurs eux-mêmes ont participé à cette logique d'effacement, ne conservant ni leurs archives, ni la correspondance avec les auteurs, et les laissant s'égarer, par indifférence ou au fil de changements successifs de direction.
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