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Auteur : François Richard
Date de saisie : 22/11/2011
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Penser rêver
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 9782879298634
GENCOD : 9782879298634
Sorti le : 10/10/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis psychologue, psychanalyste membre de la société psychanalytique de Paris ainsi que professeur de psychopathologie à l'université Paris 7 Diderot. J'ai écrit de nombreux ouvrages parmi lesquels Le Processus de subjectivation à l'adolescence (2001), Le travail du psychanalyste en psychothérapie (2005) et La Rencontre psychanalytique(2009). J'ai participé au mouvement de 1968 et des années qui suivirent et en ai gardé un intérêt profond pour les questions sociales.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le thème central de ce livre est celui de la spécificité de L'actuel malaise dans la culture, qui pousse à l'extrême le conflit entre exigence morale et agression contre toute morale analysé par Freud et, corollairement, la nécessité de renouer avec le sens de l'historicité au delà du ton apocalyptique ou spectaculaire. Il constitue une contribution aux multiples discussions en cours en reliant des cas de "malaise" que la clinique psychanalytique peut connaitre aux tableaux saisissants de l'actualité médiatique. Plusieurs chapitres sont consacrés aux pathologies contemporaines du passage à l'acte et de la fuite dans l'extériorité. L'actuel malaise dans la culture débouche sur un état nouveau du lien social, inquiétant, mais porteur de mutations possibles.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"La barbarie infiltre en permanence la civilisation de l'intérieur, la morale sociale habille des crimes et finit par cohabiter avec une destructivité qui ne cherche même plus désormais se dissimuler : l'actuel malaise dans la civilisation pousse la coexistence des contraires à un point tel que chacun ressent l'urgence de repenser une éthique viable."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Jazz : Miles Davis et Michel Portal, pour ce dernier ses albums et morceaux "Turbulences" et "Bailador"
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Je souhaite partager avec les lecteurs le souhait de mieux comprendre notre époque et les douleurs d'exister qui s'y expriment. La crise de la modernité est aussi celle des théories qui cherchent à en rendre compte. Je pense que la psychanalyse peut démonter les rouages pulsionnels de la psychologie collective où la pulsion de mort exerce sa destructivité ainsi que les situations où la barbarie infiltre la civilisation de l'intérieur en la disqualifiant subtilement.
La modernité s'approche d'un état de confusion généralisée, avec des théories critiques que l'on distingue mal des discours que la société tient sur elle-même, sur sa propre agitation stérile, son propre mouvement paralysant. Théories, «discours» aux rouages plus pulsionnels que narratifs, et une historicité nouvelle et incertaine entrent, avec la clinique des souffrances psychiques paradoxales, dans la définition du malaise actuel. Le malaise d'une culture au centre de laquelle pourrait bien se trouver un lieu vide du pouvoir, particulièrement inquiétant.
Le malaise actuel est ainsi en attente d'une pensée, à laquelle s'opposent curieusement des «nouveautés» : réformes, technologies, «cultures populaires», storytellings d'une saison. Leur succession ne vise-t-elle pas à interdire de penser la crise contemporaine de la modernité ?
François Richard est membre de la Société psychanalytique de Paris et professeur à l'université Paris 7-Denis-Diderot. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Le Processus de subjectivation à l'adolescence (2001), Le Travail du psychanalyste en psychothérapie (2002), La Rencontre psychanalytique (2011).
Extrait de l'introduction
Freud écrit Le Malaise dans la culture en 1929, à la veille de l'avènement du nazisme. Au même moment, des discussions extrêmement fécondes ont lieu à Francfort entre le Frankfurter Psychoanalytisches Institut (FPI), fondé par Karl Landauer et Heinrich Meng, et l'Institut fur Sozial-forschung (IFS), où travaillaient Theodor Adorno, Max Horkheimer, Léo Lôwenthal, Erich Fromm et Herbert Marcuse. Ces auteurs sont à l'origine de la «Théorie critique» et de la future École de Francfort, ils cherchent à réfléchir sur les mécanismes sociaux de domination en utilisant à la fois la psychanalyse, la phénoménologie et le marxisme, et font l'hypothèse d'une participation du psychisme le plus subjectif aux processus sociaux. À cette mouvance francfortoise se rattachent trois psychanalystes viennois : Siegfried Bernfeld, Wilhelm Reich et Otto Fenichel, les deux derniers installés à Berlin. Tous fuiront l'Allemagne nazie, sauf Landauer qui sera assassiné à Bergen-Belsen en 1945. Fenichel, réfugié aux États-Unis, envoie pendant plus de dix ans, des lettres secrètes à d'autres analystes immigrés, en particulier à Edith Jacobson et Annie Reich. Tous se consacrent à la sauvegarde de la «culture» de la psychanalyse européenne - ouverte aux questions sociales - dans le contexte d'une spécialisation professionnelle de la psychanalyse en Amérique. La réussite de la diffusion de la psychanalyse comme psychothérapie menaçait en effet son caractère de force culturelle.
Freud montre dans son essai que, si la culture peut contenir les pulsions destructrices propres à l'humanité, le retour à la barbarie est une hypothèse tout aussi possible. Démocrate, il était néanmoins convaincu que seules des élites éclairées, et non les masses, aliénées à leurs névroses, à la religion ou à un besoin de soumission à des leaders, pouvaient contribuer à renforcer la culture. Il n'envisageait donc pas pour sa part (sauf, ici et là, en de prudentes formulations) la perspective novatrice ouverte à Francfort - à partir, pourtant, de sa propre théorie - de la possibilité d'une liaison différente des pulsions dans un lien social réformé. Cette perspective constitue l'objet du présent ouvrage : l'actuel malaise dans la culture - qui n'est plus exactement celui des années 1920 et 1930 - peut être éclairé à partir des idées dégagées par Freud dans son essai.
La force de l'idée freudienne de 1929 sur le «malaise dans la culture» tient sans doute à ce qu'elle associe des assertions simples et des hypothèses complexes. Le grand combat entre Éros et Thanatos divise les psychanalystes eux-mêmes, qui n'admettent pas tous la notion de pulsion de mort, et des pans entiers de la philosophie et des sciences sociales s'y opposent, tout en retenant certaines des conclusions de Freud. L'affect de malaise est tout sauf simple : angoisse générée par une satisfaction pulsionnelle insuffisante, culpabilité afférente à une agressivité non éprouvée comme telle, ambivalence extrême immobilisée entre forces contraires égales, tentative de céder à la désubjectivation et sursaut du sujet.
On reprendra ici la montée en puissance du texte de 1929 vers des apories de plus en plus paradoxales pour poser une question : l'actuel malaise est-il la continuation, sous des formes transformées, de celui dépeint par Freud il y a quatre-vingt-deux ans, ou bien constitue-t-il quelque chose de nouveau et de différent ? Question corollaire : la psychanalyse est-elle aujourd'hui susceptible de contribuer à la compréhension du moment présent, historique et social, dans un dialogue avec les anthropologues et les sociologues, les philosophes et les historiens ?
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