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Auteur : Daniel Garcia
Date de saisie : 15/11/2011
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Cartouche, Paris, France | INA, Bry-sur-Marne, France
Collection : Les modernes
Prix : 28.00 € / 183.67 F
ISBN : 9782915842814
GENCOD : 9782915842814
Sorti le : 10/10/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis journaliste à Livres Hebdo.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Jean-Louis Bory. Sa faconde, sa fougue, ses enthousiasmes, mais aussi, ce qu'on savait moins, sa nature solitaire et dépressive. Je reconstitue son parcours biographique en quelques chapitres thématiques (le professeur, l'écrivain, le critique...).
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
J'ai plutôt envie de citer une phrase de Bory qui n'est pas dans le livre, mais qui à mes yeux résume parfaitement ce sens inégalé qu'il avait de la formule qui fait mouche. Sortant d'un concert de Stockhausen, au début des années 1960, où lui qui, grand amateur de musique classique, vient de découvrir la musique de ce compositeur contemporain, il s'écrie à la cantonade : "C'est Wagner à Cap Canaveral !"
Et s'il faut retenir une formule du livre, je la prendrai dans l'un des deux CD qui accompagnent mon texte (eh oui ! merveille de la technologie : en deux fois 77 minutes, il est possible de réentendre quelques-unes des plus belles empoignades Bory-Charensol, et quelques-unes des plus belles analyses de Bory sur le cinéma). Après la mort de Pasolini, en 1975, il s'en prend violemment à une "certaine presse" qui a cru bon d'ironiser sur les circonstances du décès de Pasolini. Et il lance au micro du Masque : "Ce crachat contre un cadavre se retourne contre ceux qui le lancent et, au besoin, entre le cadavre de Pasolini et le visage de ces gens-là, j'assure le relais". C'est grandiose ! Il fallait oser !
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La Fileuse de Mendelssohn, bien sûr (extrait des Romances sans paroles) : François-Régis Bastide, qui avait créé le Masque et la Plume dans les années 1950 en changea le générique en 1979, à la mort de Bory : Bastide, qui était un grand mélomane et un musicien lui-même, avait jugé que ce morceau lui évoquait parfaitement Bory : un mélange d'allégresse et de nostalgie. Le générique n'a jamais plus été modifié : depuis 32 ans, chaque dimanche soir après les informations de 20h, ces quelques notes de Mendelssohn continuent de rendre hommage à Bory. Et je sais que Jérôme Garcin, qui a repris les rênes du Masque depuis déjà plusieurs années, perpétuera l'hommage jusqu'à son dernier souffle....
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le souvenir de Bory tout simplement (et aussi un peu de Charensol, bien sûr !). Le souvenir d'un homme intègre, généreux, qui faisait partager ses passions avec un enthousiasme juvénile et communicatif.
L'éditeur Emmanuel Pierrat, au micro de Jean Morzadec
Écrivain, journaliste littéraire au Nouvel Observateur et professeur de lettres à Henri-IV, critique de cinéma, scénariste, comédien, Jean-Louis Bory fut avant tout un homme de conviction, un esprit libre dont les textes sélectionnés par Daniel Garcia pour composer cette anthologie offrent un éclatant aperçu. Homme de conviction : défenseur opiniâtres du cinéma arabe et africain, ou celui de Godard, Fassbinder, Pasolini plutôt que Lelouch, Audiard ou Verneuil, un cinéma militant et moderne plutôt que bourgeois et franchouillard ; esprit libre fou de Céline, entretenant un commerce assidu avec des écrivains infréquentables comme Morand ou Chardonne. Mais Jean-Louis Bory, qui se qualifiait volontiers de «gugusse de l'homosexualité militante», c'était aussi une voix, une tonalité singulière caractéristique d'une époque et à laquelle les deux CD accompagnant ce volume veulent rendre une manière d'hommage en faisant revivre certaines de ses fameuses interventions, parfois tonitruantes, au non moins fameux Masque et la Plume.
Jean-Louis Bory est né à Méréville, dans l'Essonne, en 1919, il est mort au même endroit à la veille de son soixantième anniversaire après s'être tiré une balle de 6.35 en plein coeur. Quelques mois plus tôt, dans une lettre adressée à François-Régis Bastide, son vieux camarade du Masque et la Plume, il avait écrit : «J'ai mal à l'âme.» Qu'on ne se méprenne cependant pas, Jean-Louis Bory était un esprit lumineux, un homme et un écrivain à l'humour ravageur dont son roman Le Pied, best-seller enregistré au magnétophone, donne une idée profondément réjouissante.
Daniel Garcia est critique littéraire, traducteur et écrivain. Il est l'auteur d'une biographie consacrée à Jean-Louis Bory (Flammarion, 2009) et d'un ouvrage consacré à la mythique émission Le Masque et la Plume, écrit en collaboration avec son actuel grand-prêtre, Jérôme Garcin.
Daniel Garcia consacre un ouvrage à la vie et à la personne de Jean-Louis Bory, le plus jeune lauréat du prix Goncourt en 1945...
C'est cet être attachant, pétillant, mais aussi angoissé et déprimé, que fait admirablement revivre ici Daniel Garcia, avec, en bonus, deux CD estampillés Le Masque et la plume, renfermant quelques grandes envolées solo de Bory et les plus belles passes d'armes avec l'ami Georges Charensol. Bref, de quoi ravir les yeux et les oreilles.
L'homme tout feu tout flamme que ces archives sonores et le théâtre, qui les prolonge, nous restituent aujourd'hui, semble être né pour le bonheur et les applaudissements. Sa joie de vivre, d'aimer, de s'indigner, de se battre (il fut résistant à 20 ans) est explosive. Sa passion juvénile, mais pas cinéphilique, pour le septième art est contagieuse. Sa générosité pour les films sans le sou, les réalisateurs du tiers-monde, les oeuvres marginales, les mal-aimés, les maudits tient du sacerdoce...
Le héraut du «droit à l'indifférence», qui, le premier, avait osé dire son homosexualité à la télévision - c'était le 21 janvier 1975, aux «Dossiers de l'écran» -, ne supportait plus d'être devenu, avec les années, «le gugusse de l'homosexualité militante». Le charmeur radiophonique maudissait son physique replet, son «profil rase-bitume» et son «pif mastoc». Et l'amant craignait le pire : «J'ai peur que ma vieillesse ne soit laide. J'ai peur de ce que je suis capable de faire pour que quelqu'un entre encore.» Si la chute finale fut terrible, le mal était ancien. C'est ce que raconte très bien son biographe, Daniel Garcia, dans le nouveau livre qu'il lui consacre, émaillé de documents inédits, porté par une émotion à fleur de peau.
Extrait de l'avant-propos
On peut donc se donner la mort en juin. Franchement, nous nous serions passés de la démonstration que nous asséna Jean-Louis Bory le 11 juin 1979. Se tuer en juin ! Quand tout renaît ! «La campagne est jolie, avec ce beau temps. Pourvu que cela dure», dira-t-il d'ailleurs au chauffeur de taxi qui le conduisait de la gare d'Étampes à sa maison de Méréville, dans l'Essonne, ce fameux soir du 11 juin. Et ce furent ses dernières paroles. Il était un peu plus de vingt heures. À ce moment-là, Jean-Louis Bory a déjà pris sa décision. Moins de deux heures plus tard, il se sera tiré une balle dans le coeur. Il faudrait parler de «sidération» - un mot souvent employé à propos d'un récent fait divers new-yorkais - pour rendre compte de la réaction des milliers d'auditeurs fans du «Masque et la Plume» ou lecteurs fidèles de ses chroniques du Nouvel Observateur, qui, en ouvrant leur radio au matin du 12 juin, apprirent le suicide de Bory. Cette fin tragique, avec ce qu'elle impliquait de solitude et de désespoir, ne cadrait pas avec l'image que tous avaient du personnage : un feu follet piaffant et exubérant, à l'écriture scintillante, qui s'était donné pour devise «Tout feu tout flamme». Pourtant, «si les gens qu'il faisait rire avaient pu supposer l'angoisse, le doute qui étaient son lot dès que le spectacle baissait le rideau...», écrivait déjà le 4 juillet 1978 son ami Claude Michel Cluny, dans son Journal - publié en 2007 aux éditions de La Différence. Car si le public n'avait rien vu venir, ses proches se doutaient «que cela finirait mal», comme l'avait prophétisé sa vieille complice, Alice Sapritch. La vedette du «Masque» était l'homme des masques. L'image est facile, mais terriblement exacte. Derrière le «Parisien effervescent - comme du vinaigre sur la craie : ça fait "pschiiit !"», ainsi qu'il s'était lui-même décrit au micro de Jacques Chancel, dans sa «Radioscopie» du 6 mai 1976, se cachait un être plus grave et torturé, le Bory de Méréville. Le vinaigre mit soixante ans à ronger toute la craie, mais un soir il ne resta plus rien, et c'est à Méréville que Bory revint, en taxi, écrire le mot «fin» sur le tableau de ses idées noires.
Ce soir-là, il ne s'était pas raté. Mais, plus de trente ans plus tard, force est de constater que Bory s'agite encore. Son nom est toujours régulièrement cité comme l'incarnation d'un certain «esprit critique» à la française - un mélange de beaucoup de culture, de presque autant de mauvaise foi assumée et d'un style virevoltant. «Lycéen, je m'entraînais à écrire comme lui», racontera le critique Éric Neuhoff, en 1998, dans La Séance du mercredi à 14 heures (La Table Ronde). Combien furent-ils dans son cas ? Le 6 novembre 2009, Gérard Lefort, rédacteur en chef culture à Libération, donnait au Forum des Images de Paris une «causerie» sur le Bory critique de cinéma, où il confessa également, en propos liminaire, l'influence qu'avait eue Bory sur son adolescence - et cette fois, il n'était plus seulement question d'écriture et de cinéma. La salle était bondée, et par un public, c'était bon signe, beaucoup trop jeune pour avoir pu écouter Bory au «Masque». Cette année, enfin, François Morel met en scène un spectacle inspiré des fameux échanges entre Bory et Charensol. Décidément, Bory est à la mode.
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