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.. Comment les traditions naissent et meurent : la transmission culturelle

Couverture du livre Comment les traditions naissent et meurent : la transmission culturelle

Auteur : Olivier Morin

Date de saisie : 01/12/2011

Genre : Sociologie, Société

Editeur : Odile Jacob, Paris, France

Collection : Sciences humaines

Prix : 26.90 € / 176.45 F

ISBN : 978-2-7381-2704-4

GENCOD : 9782738127044

Sorti le : 06/10/2011

  • Le courrier des auteurs : 16/11/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Un philosophe : quelqu'un qui prend des questions apparemment trop larges pour avoir une réponse, et qui essaye de les préciser pour les rendre solubles.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La vie et la mort des traditions : comment elles se transmettent de génération en génération, si tout va bien - et comment elles se perdent sinon. Leur naissance aussi : comment les traditions sont devenues de plus en plus nombreuses sur Terre, en même temps que les humains.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Si l'humanité était une espèce d'immortels - sans naissances, sans vieillissement et sans générations -, il suffirait que nos traditions soient fidèlement mémorisées pour qu'elles durent ; mais les populations humaines sont régulièrement renouvelées, et aucune tradition ne peut durer sans être retransmise.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une comptine d'enfant, comme il s'en transmet dans les cours de récréation. Ces comptines se préservent longtemps, même si elles passent rarement par des adultes. Je pense qu'en étudiant de près cette transmission d'enfant à enfant, on peut trouver l'une des clefs de l'énigme de la transmission culturelle. C'est ce que raconte un des chapitres de ce livre.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'histoire d'une espèce d'abord sans histoire, qui est devenue peu à peu la nôtre ; celle d'un animal de plus en plus culturel. Ce livre étudie les traditions d'aujourd'hui pour comprendre comment cette histoire a pu commencer.


  • Les présentations des éditeurs : 02/12/2011

Pas de culture sans tradition et sans transmission. Comment s'opère cette dernière ? Est-il sûr qu'elle s'effectue seulement des anciens aux plus jeunes, fidèlement, automatiquement, en bloc, comme on l'a longtemps estimé ?

Philosophe s'appuyant sur de riches travaux anthropologiques et psychologiques, Olivier Morin montre qu'il n'en est rien : la transmission à l'intérieur d'une génération importe autant qu'entre les générations ; nous ne recopions pas spontanément tout ce qui se fait autour de nous ; une culture est faite de traditions assez indépendantes. Ainsi pourra-t-on mieux comprendre pourquoi certaines traditions se perpétuent et d'autres pas, pourquoi certaines ont plus de succès et aussi pourquoi elles sont plus nombreuses au sein de l'espèce humaine que partout ailleurs.

Passant brillamment du monde des jeux enfantins au règne animal, des bonnes manières occidentales au culte des esprits, cet ouvrage est une relecture fine de ce qu'est la vie même de la culture, dans sa "sélectivité capricieuse".

Olivier Morin est docteur de l'EHESS en sciences cognitives (Institut Jean-Nicod). Il est notamment spécialiste des interactions entre la psychologie et les sciences sociales, en particulier l'anthropologie.



  • La revue de presse Louis-Georges Tin - Le Monde du 1er décembre 2011

Peut-on parler de transmission culturelle chez les Shadoks ? Pourquoi y a-t-il des traditions plutôt que rien ? Les animaux sont-ils susceptibles de transmettre des traditions ? Voici quelques-unes des questions posées par Olivier Morin, spécialiste des sciences cognitives, dans son ouvrage Comment les traditions naissent et meurent. Sur les Shadoks, malheureusement, il apporte peu de lumière, mais sur les animaux, il est un peu plus disert. Car la tradition n'est pas un phénomène exclusivement humain...
Selon de nombreux théoriciens, qu'examine Olivier Morin, l'imitation est la base de la culture. Mais pour d'autres, moins évoqués dans ces pages, n'est-elle pas plutôt ce qui tue la culture ? Qu'est-ce qui fait le succès de telle ou telle tradition ? C'est d'abord une question de nombre. Pas de richesse culturelle sans un certain succès démographique, note l'auteur. Ainsi, les langues menacées sont d'abord le fait de peuples eux-mêmes en péril. Comme l'indique l'adage juridique, "un témoin, pas de témoin". La transmission nécessite donc des relais nombreux et denses.


  • Les courts extraits de livres : 16/11/2011

Extrait de l'introduction

[...] ou encore, si telle de ses amies lui faisait un reproche qu'elle ne trouvait pas justifié, [Albertine disait] : «Ah ! vraiment, je te trouve magnifique», phrase dictée dans ces cas-là par une sorte de tradition bourgeoise aussi ancienne que le Magnificat lui-même et qu'une jeune fille un peu en colère et sûre de son droit emploie ce qu'on appelle «tout naturellement», c'est-à-dire parce qu'elle les a apprises de sa mère comme à faire sa prière ou à saluer. Toutes celles-là, Mme Bontemps les lui avait apprises en même temps que la haine des Juifs et que l'estime pour le noir où on est toujours convenable et comme il faut, même sans les lui enseigner formellement, mais comme se modèle au gazouillement des parents chardonnerets celui des chardonnerets récemment nés, de sorte qu'ils deviennent de vrais chardonnerets eux-mêmes.
(Marcel Proust, Le Côté de Guermantes II, 1921, p. 223.)

On retrouve dans cette belle description de la transmission culturelle une façon de voir qui guide la plupart des recherches dans ce domaine. La culture se transmet verticalement : on l'apprend de ses aînés plutôt que de ses pairs. La transmission semble naturelle parce qu'elle est inconsciente et automatique : Albertine a fidèlement absorbé les usages de son milieu, qu'elle reproduit sans même s'en rendre compte. Enfin la culture s'acquiert en bloc : la prière, une certaine élégance bourgeoise, l'antisémitisme, la façon de saluer - c'est un même apprentissage qui a fait passer tout cela des manières de Mme Bontemps à celles de sa nièce.
Les traditions se transmettent-elles toujours ainsi - verticalement, fidèlement, automatiquement et en bloc ? Ce livre a pour but de vous convaincre que ce n'est pas le cas : la transmission à l'intérieur d'une génération importe autant qu'entre les générations ; nous ne recopions pas spontanément tout ce qui se fait autour de nous ; la culture est faite de traditions assez indépendantes les unes des autres. Si elles sont justes, ces idées peuvent nous aider à mieux comprendre la vie des traditions - comment elles se perpétuent dans le temps, pourquoi certaines d'entre elles ont plus de succès que les autres, et pourquoi elles sont plus nombreuses dans l'espèce humaine que partout ailleurs.

DE NOUVELLES APPROCHES DE LA CULTURE

Johann Herder est peut-être le philosophe qui a affirmé le plus tôt et le plus clairement, dans ses Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité (1791/1827 : livre LX, chapitre 1), que les êtres humains ne sont pas seulement influencés par leur milieu et par leur hérédité. Une troisième force s'ajoute aux deux premières : les traditions qui se transmettent à l'intérieur des différents groupes humains. L'espèce humaine étant partout la même, les variations géographiques ne suffisent pas à expliquer les différences qui existent entre les peuples : ce sont des différences culturelles.
Cette idée soulève bien des questions : pourquoi la culture joue-t-elle un tel rôle dans la vie des humains ? Qu'avons-nous de spécial pour être des animaux culturels ?
Dieu, répondait Herder, nous a dotés de «pouvoirs de réceptivité» spéciaux. C'est à cause d'eux que, dès la naissance, nous nous imprégnons inévitablement de notre culture, comme «l'éponge humide qui a longtemps séjourné sur un sol humide» (Herder, 1791/1827, p. 179). Ainsi, une jeune fille ayant baigné dans une enfance bourgeoise ne peut éviter d'attraper les bonnes manières et l'antisémitisme, comme on attrape des microbes à la piscine.
D'où nous viendraient ces facultés ? Herder cite l'imitation, la faculté du langage, une sympathie spontanée pour les sentiments d'autrui, la plasticité du cerveau humain ; mais la psychologie de son temps ne lui permet pas de détailler ces hypothèses.


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