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.. L'opium : une passion chinoise, 1750-1950

Couverture du livre L'opium : une passion chinoise, 1750-1950

Auteur : Xavier Paulès

Préface : Timothy Brook

Date de saisie : 29/10/2011

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Payot, Paris, France

Collection : Histoire

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 9782228905893

GENCOD : 9782228905893

Sorti le : 21/09/2011

  • Les présentations des éditeurs : 29/10/2011

Dans l'imaginaire des Occidentaux, bercés par les aventures de Tintin dans Le Lotus bleu ou par la lecture des Paradis artificiels de Baudelaire, l'opium reste indissolublement lié à la culture chinoise, alors que les Chinois le voient eux comme une drogue par essence "étrangère", symbole des agressions impérialistes dont leur pays a été victime au XIXe siècle à travers les deux guerres qui portent son nom. Entre 1750, date de l'arrivée massive et illicite de l'opium indien dans les cales des bateaux anglais, et 1950, date de son éradication définitive par Mao, l'opium a posé sur la Chine une empreinte considérable et lui a ouvert les portes de la modernité. Si son succès y fut remarquable à tous les étages de la société, il n'en fut pas moins bref et coïncide avec ce moment où l'empire des Qing en déclin passe sous tutelle des puissances étrangères. Dans cet essai brillant et décapant, qui tord le cou à bon nombre d'idées reçues, l'auteur nous donne des clés pour expliquer ce succès inédit. Il sera suivi d'une tout aussi étonnante désaffection, qui s'explique non pas tant par les ravages de ce "fléau" sur la population que par la montée du nationalisme chinois. En définitive, il nous dresse de son rôle un bilan nuancé : si l'opium apparaît de prime abord comme un symptôme de l'affaiblissement de l'État - et non comme une de ses causes profondes -, il contribue vite à son renforcement en devenant une source vitale de revenus. Sur le plan humain, il a un coût indéniable et a pu aggraver certaines famines. Mais il a accéléré l'intégration des ethnies minoritaires de régions pauvres et isolées en leur permettant de disposer d'une production commercialisable. Enfin, il a facilité les échanges commerciaux inter-régionaux et créé les conditions du développement exponentiel de villes comme Hong Kong ou Shangaï.

Xavier Paulès est maître de conférences à l'EHESS et membre du Centre d'études sur la Chine moderne et contemporaine. Ses recherches portent sur l'histoire urbaine de la Chine aux XIXe et XXe siècles.


  • Les courts extraits de livres : 29/10/2011

Extrait de l'introduction

Le plus blasé des voyageurs n'oublie jamais la première fois qu'une approche aérienne par temps clair lui révèle la splendeur de la baie de Hong Kong, ces épousailles improbables, sur le drap satiné de la mer de Chine, de menhirs métalliques avec une île toute de collines émeraude. Quelques heures après, parcourant la ville le long de rues dont les noms glorifient toujours la royauté britannique, les odeurs de curry qui se mêlent à celles des dim sum, les accents chantants du cantonais, la verticalité mercantile de l'architecture ramenant inlassablement ses regards vers le ciel achèveront de lui donner l'impression d'explorer la Babylone moderne.
Deux siècles auparavant pourtant, il n'y avait là qu'une île peuplée de quelques pêcheurs, que commençaient à fréquenter des vaisseaux contrebandiers britanniques attirés par un mouillage profond, d'accès aisé depuis la haute mer et proche de l'estuaire de la rivière des Perles menant à Canton. Leurs cales recelaient le terreau qui permettrait à l'impérialisme britannique de faire sortir presque magiquement Hong Kong du néant en quelques décennies : de simples caisses contenant des boules d'une pâte noire, anodine, l'opium.

Lorsque, en Occident, on évoque l'opium, on songe moins à une substance sur laquelle se sont bâtis des empires qu'à un passe-temps un peu canaille, propice au vagabondage des imaginations poétiques de l'époque romantique. Son charme ambigu tient aussi à une aura d'aventure et d'exotisme. Roland Barthes, dans ses Mythologies, ne fait que reprendre une opinion commune lorsqu'il voit dans la pipe à opium «[le] symbole obligé de la sinité». Effectivement, si l'opium est parfois associé à l'Orient, on l'identifie de façon plus privilégiée à la Chine et aux Chinois. C'est là une profonde erreur, mais pourtant, dans une certaine mesure, un raccourci assez exact.
Une erreur parce que l'histoire de l'opium s'est jouée sur bien d'autres théâtres. Cette drogue a marqué de nombreuses civilisations, à commencer par la nôtre, où elle est connue depuis l'Antiquité (le mot opium nous vient d'ailleurs du grec opion). Et toutes les civilisations qui nous séparent de la Chine, en particulier la Perse et l'Inde, lui ont fait une place importante.
Dans la préface de ses romans policiers à succès, Robert Van Gulik rappelle toujours prudemment, parmi d'autres informations destinées à présenter au profane l'époque Tang (618-907) où évolue son personnage, le juge Ti, que les Chinois d'alors ne fumaient pas l'opium. L'histoire de l'opium en Chine débute en effet très tardivement et s'étend à peine sur trois siècles. Mieux encore, si l'on ne considère que la période durant laquelle la drogue est réellement présente dans l'ensemble de la société (une cinquantaine d'années de 1860 à 1910), ce n'est qu'un phénomène presque anecdotique à l'aune d'une civilisation plurimillénaire.
Soulignons aussi que présenter l'opium comme une drogue «chinoise» est, aux yeux des Chinois eux-mêmes, un non-sens. Dépourvu d'aucune connotation littéraire ni parfum d'aventure, l'opium est vu avant tout comme un élément exogène, un instrument de la poussée impérialiste dont leur pays a été victime. Aujourd'hui, en Chine, le pouvoir politique, les manuels d'enseignement, les musées, les médias, sans oublier quelques grandes fresques cinématographiques charrient tous le même discours qui s'appuie sur deux points : outre les ravages terribles et un affaiblissement considérable du pays qu'il est réputé avoir causés, on insiste toujours sur le fait que l'opium a été imposé de force par des étrangers. Au début du XIXe siècle en effet, ce sont bien des marchands anglais qui introduisent l'opium d'Inde en quantités croissantes. La première action systématique et énergique du gouvernement contre ces importations illicites aboutit à la saisie et à la destruction des stocks de ces marchands à Canton en 1839. C'est le casus belli qui déclenche la première guerre de l'opium (1839-1842), interprétée comme une agression impérialiste caractérisée de la Grande-Bretagne, visant à forcer la Chine à accepter la drogue funeste. Aux yeux des Chinois, l'opium fait figure de drogue par essence «étrangère».


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