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Auteur : Jacques Mazeau
Date de saisie : 29/10/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Archipel, Paris, France
Prix : 20.99 € / 137.69 F
ISBN : 9782809805420
GENCOD : 9782809805420
Sorti le : 19/10/2011
Juin 1940. Les Allemands entrent à La Charité-sur-Loire. Le domaine de La Vernière est désormais en zone occupée. Tandis qu'Emma, révoltée par les réquisitions, est gagnée par l'indignation, son mari, le docteur Colliard, approuve la politique de collaboration du Maréchal, comme de nombreux Français.
Marie, Blanchard et Armand, qui lorgnent le domaine des Quatre-Vents, voient dans ce bouleversement l'occasion d'une revanche diabolique : ils feront tout pour piétiner le bonheur d'Emma et des siens. Quitte à se compromettre avec l'occupant...
Marthe, de son côté, entre dans la Résistance avec l'enthousiasme d'une femme qui croit en la liberté... et aussi en l'amour.
Mais la Libération approche, l'heure des comptes va sonner. Les rôles changent, les mentalités évoluent. Et lâches et héros obtiendront bientôt leur récompense...
Né en 1949, Jacques Mazeau, ancien conseiller municipal de La Charité-sur-Loire (Nièvre), est l'auteur de quelque vingt romans. Les éditions de l'Archipel ont publié, dans la collection «Trio», Le Pré aux corbeaux (2009), La Ferme d'en bas (2010) et La Rumeur du soir (2011). Amères récoltes est le troisième volet d'une trilogie, après La Ferme de l'enfer et Le Vent de la colère.
Comme tous les jours depuis le début du mois, Colliard écoutait la radio. Dès qu'il en avait fini avec un patient, et avant de prendre le suivant, il se précipitait à l'étage et écoutait les dernières nouvelles.
Aujourd'hui, alors que la journée tirait à sa fin, son cabinet était vide. Les Allemands venaient d'investir la ville.
De la pièce de consultation où il se tenait, il pouvait entendre une canonnade lointaine, des tirs d'armes automatiques, des cris. Au début, par curiosité, il avait ouvert la porte qui donnait sur la place de la mairie, mais il était vite rentré, de peur de prendre une balle perdue.
Bien que cela l'ulcérât, il se disait que les affrontements ne dureraient pas longtemps. L'armée française était en déroute. La veille, le Maréchal avait annoncé de sa voix chevrotante qu'il fallait cesser le combat et qu'il avait demandé à l'adversaire les moyens de mettre un terme aux hostilités... Autant dire que tout était fini !
Il pensa à Emma, Margot et aux enfants. À La Vernière, ils ne devaient guère être en danger. Les Allemands étaient trop occupés à réduire ici les poches de résistance pour aller investir les fermes alentour. Il se demanda comment les rejoindre. Les routes devaient être encombrées de transports militaires. Il décida d'attendre.
Soudain, il entendit une cavalcade dans la rue, des cris, puis des coups de feu. Il quitta son siège pour s'approcher de la fenêtre, en demeurant à couvert.
Des soldats français traversaient la place en courant et se dirigeaient vers la Loire. Des civils se mettaient à l'abri sous des portes cochères. Parmi eux, il reconnut Mme Vernet, l'une de ses patientes, qui serrait contre elle son jeune fils.
Il s'apprêtait à sortir pour lui faire signe de le rejoindre, quand on tambourina à la porte du cabinet. La poignée bougeait. On tentait d'ouvrir. Il se précipita et déverrouilla. Un adolescent, fusil de chasse à la main, s'écroula sur le sol carrelé, la chemise ensanglantée.
Colliard referma, puis porta l'adolescent gémissant jusqu'à la table d'opération. Rapide et précis, Colliard lui ôta sa chemise et son pantalon, puis commença à l'ausculter.
L'état du gamin était rassurant. Il n'avait reçu qu'une seule balle, sur le haut de l'épaule droite. La plaie saignait abondamment, mais ce n'était pas grave. La clavicule n'était même pas brisée. Il était choqué, rien de plus.
Il lui fit une piqûre pour empêcher une possible infection, puis nettoya la blessure, assez nette puisque la balle était ressortie. Il stoppa l'hémorragie puis confectionna un pansement. Épuisée, la victime avait sombré dans un sommeil comateux.
Les nerfs en pelote, Colliard monta à l'étage, où il avala un alcool de poire, puis redescendit. Il ramassa le fusil avec répugnance - il détestait les armes - et le dissimula dans l'armoire du cabinet, derrière les dossiers de ses patients.
Il jeta un oeil sur le garçon, toujours inconscient. Il se demanda quoi faire. Rentrer seul serait déjà compliqué, alors, avec un blessé...
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