Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Jacques Mazeau
Date de saisie : 29/10/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Archipel, Paris, France
Collection : Trio
Prix : 27.00 € / 177.11 F
ISBN : 9782809805970
GENCOD : 9782809805970
Sorti le : 03/11/2011
Trois des meilleurs suspenses du terroir pour la première fois réunis en un volume
Quinze ans déjà que Louise a épousé Lucien Nogaret, maire et conseiller général. Avec les années, Lucien s'est révélé un homme froid, sans coeur, voire tyrannique. Louise le supporte plus qu'elle ne l'aime. Jusqu'au jour où Lucien choisit de l'humilier au cours des obsèques de sa soeur Germaine. Cette fois, Louise est résolue à se venger en propageant des rumeurs, afin de miner la réputation de Lucien. La Rumeur du soir mettra à jour plus d'une compromission... et bien pris sera qui croyait prendre !
Quel lourd et très ancien secret cache Camille, l'institutrice de La Dame blanche, sous le charme de laquelle est tombé Roland, veuf jusque-là inconsolable ? Et pourquoi faut-il, dans Mensonges, que Simon, le paysan, s'éprenne de la femme de son meilleur ami, alors qu'il vient d'épouser la fille unique de Vidal, le riche exploitant forestier ?
Avec son talent incomparable pour attiser les braises de la passion sous la cendre des faux-semblants, Jacques Mazeau a rassemblé ici trois de ses meilleurs romans, trois drames ruraux, démontrant une nouvelle fois sa connaissance intime des mentalités et des moeurs de nos terroirs.
Né en 1949, Jacques Mazeau, ancien conseiller municipal de La Charité-sur-Loire (Nièvre), est l'auteur de quelque vingt romans. Les éditions de l'Archipel ont publié sa trilogie La Ferme de l'enfer, Le Vent de la colère et Amères récoltes (2008-11) et, dans la collection «Trio», Le Pré aux corbeaux (2009) et La Ferme d'en bas (2010).
À Saint-Germain, ce matin du 1er novembre i960, on enterrait ma soeur Germaine. Elle s'était suicidée aux barbituriques deux jours auparavant. «Une bien drôle façon de partir !», avaient dit les gens du coin. De toute manière, elle n'avait jamais fait comme tout le monde. Même pour se rendre au cimetière. Pensez donc ! Elle y allait dans un corbillard tiré par un tracteur ! Tout ce qu'on avait trouvé pour remplacer les deux chevaux récemment envoyés à l'abattoir.
Je suivais le convoi funèbre au second rang du cortège. Je pleurais. «Ma pauvre soeur, pensais-je, toi qui n'aimais pas le bruit, te voilà servie ! «J'éprouvais quelques difficultés à marcher à cause de mes enfants, Gérard et Colette, qui s'accrochaient lourdement à mes bras.
Lucien, mon mari, habillé en dimanche, menait la procession. Solitaire, la mine contrite et les mains croisées dans le dos, il prenait la pose. Qu'il assistât à un enterrement ou à un banquet, il n'en changeait jamais. Comme d'idées d'ailleurs. La raison pour laquelle, probablement, les habitants de la commune le réélisaient à la tête de la mairie depuis près de quinze ans. Témoignage de sa puissance, on l'appelait toujours par son nom de famille : Nogaret. Sauf moi qui avais voulu marquer ainsi ma différence.
Tandis que nous gravissions les derniers mètres de la côte qui menait au cimetière, j'essuyai mes larmes d'un revers de manche et observai Lucien à la dérobée.
Pourquoi le haïssais-je tellement ? Quinze années de mariage avaient-elles érodé à ce point la joie indicible qui m'avait presque étouffée lorsque j'avais bégayé le oui rituel ? Non ! Ce n'était pas le temps qui était en cause, mais bien Lucien. Toujours fort, sentencieux, ignorant le doute. À n'aimer que lui ou plutôt l'idée qu'il se faisait de lui. Tellement indifférent à autrui que Germaine en était morte ! Oh bien sûr, il n'était pas le seul responsable de son suicide, mais il l'avait bien aidée ! En lui refusant l'argent qui lui aurait permis de reprendre un café à Domecy. À l'époque j'avais tenté de l'infléchir, mais sans succès. «Ta soeur n'a qu'à travailler, et mettre de côté, m'avait-il répondu. Et quand elle aura assez, elle achètera !»
Ce souvenir me fît éclater de nouveau en sanglots. Je vénérais Germaine, mon aînée de deux ans. «La fantôme», comme je l'appelais depuis cette nuit lointaine où elle m'avait effrayée, dissimulée sous un drap. La seule famille aussi qui me restait après que nos parents eurent été arrêtés par les Allemands.
La grille rouillée du cimetière grinça. Quelques hommes aidèrent les fossoyeurs à transporter le cercueil et à le descendre dans le trou. Le curé d'Avallon qui arborait son beau surplis de Toussaint prononça la bénédiction du bout des lèvres. Il n'avait accepté d'officier que sur l'insistance de Lucien. «Sans vous, avait-il dit, je ne l'aurais certainement pas bénie !»
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia