Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Alexandre Vialatte
Préface : Jean-Pierre Caillard
Date de saisie : 16/11/2011
Genre : Littérature, essais
Editeur : Julliard, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-260-01961-9
GENCOD : 9782260019619
Sorti le : 20/10/2011
Alexandre Vialatte nous revient - et c'est tant mieux ! - car outre ses admirateurs les plus inconditionnels qui suivent ses écrits depuis des lustres et ne sont manifestement plus en âge d'affronter leur service militaire, la fleur au fusil, voici que les plus jeunes, sans doute un peu agacés par le conformisme ambiant, affirment haut et fort leur ferveur pour cet éternel jeune homme.
"J'avais treize ans" - nous confie dans sa préface Jean-Pierre Caillard, P.D.G. du Groupe La Montagne -, "je croyais déjà à la littérature. L'illumination m'était venue à la lecture des chroniques, rituellement programmées par La Montagne, de cet homme, un écrivain, qui savait sublimer la quintessence imaginaire de la vie, aux yeux éblouis de l'adolescent que j'étais. (...) Jamais nous ne laisserons dire que treize ans est le plus bel âge de la vie. Pourtant, Vialatte, Nizan, Nimier, Blondin et quelques autres encore, auront préparé pour nous des confitures et des goûters littéraires somptueux, qui surpassaient sans peine ceux que nous accordaient les jeux trop attendus de nos âges."
Ainsi, dans le présent volume qui vient de paraître - "Vialatte à La Montagne" - 25 de ses chroniques sont présentées et choisies par des auteurs actuels, parmi lesquels Amélie Nothomb, Laurence Cossé, Pierre Jourde, Marie-Hélène Lafon, Philippe Meyer, Pascal Ory, Philippe Vandel et la rédaction de La Montagne.
Quel délice de mordre ces textes comme une pomme qui a ce goût d'enfance, cette curiosité de l'instant présent ou cette poésie de la mémoire qui fait notre enchantement et notre légèreté dans un huis-clos de la pensée où souvent les professeurs se prennent pour des innovateurs, les politiques pour des marabout et les écrivains pour des chantres du réel. Mazette, tout un programme ! Ni célébration insolente de la vie, ni confrontation audacieuse avec la mort, avec cet entre-deux "stations" qui bourgeonne, tremble et séduit le lecteur. Mieux encore : l'homme...
Rien de tel chez Alexandre Vialatte, toujours passionnant, respectueux, instructif à la manière d'un instituteur qui distribue des billes de toutes les couleurs dans une cour de récréation à des gosses au sourire désarmant. Qu'il nous parle de grammaire, de ses admirations - "Mauriac c'est la fièvre, Chardonne c'est la lumière, Pourrat c'est la chaleur" - de nains de jardin, de vacances ou de chiens, il surprend, aiguise le regard et ranime en nous les braises chaque jour prêtes à s'éteindre. Lisez son portrait de l'homme d'aujourd'hui, étrangement contemporain : "L'homme d'aujourd'hui entend se comporter comme un adulte responsable. Il se méfie des idées préconçues. Ou imposées. Il recherche les faits. Il dispute, il juge, il décide par lui-même. Il veut connaître le dossier des affaires sur lesquelles il doit s'engager. (...) Le prospectus général l'assure qu'il ne cesse de devenir plus libre, plus intelligent et plus fort. Que les siècles se superposent et qu'il y voit, par conséquent, de plus en plus loin. Mais il en va de ce socle hautain comme de celui de ce procureur auquel un avocat disait : Monsieur l'avocat général, votre position supérieure est une erreur de menuisier."
Parmi d'autres sujets, citons encore son approche piquante du roman : "On a tout essayé pour trouver du nouveau : le roman sans histoire, le roman sans personnages, le roman ennuyeux, le roman sans talent, peut-être même le roman sans texte. La bonne volonté a fait rage. Peine perdue, on n'est parvenu qu'à créer le roman sans lecteur. (...) A lire tant de romans de penseurs qui demandent à bénéficier de l'irresponsabilité de l'enfance, on se demande s'il y a encore des pères de famille dans les lettres, j'entends des hommes qui, arrivés à un certain âge, admettent qu'on ne peut rien faire sans une règle du jeu. La spécialité de notre époque est de la refuser en tout domaine. Notre civilisation en crève. Par peur de vivre. On ne peut avoir de raisons de vivre que si on a des raisons de mourir. Or on ne meurt pas pour le bloc-évier ou l'appareillage électrique. Et pour quoi donc ? Demandez au caporal, demandez au romancier de service, c'est le moment ou jamais, notre civilisation vide ses dernières cartouches. Le caporal cherche dans ses poches. Il a égaré la consigne."
Pour le plaisir enfin, voici un dernier extrait de "Vialatte à La Montagne", avec une des plus belles chroniques, consacrée ici à "Huit et demi", le film de Federico Fellini, l'un de mes dix films préférés : "L'art se satisfait du spectacle. Au lieu de résoudre ses contraires, de les harmoniser, d'en biffer, de mutiler un peu les branches basses pour faire pousser l'arbre plus haut, il s'accepte en bloc, décousu, et il fait danser tout ensemble, le blanc et le noir, le bien et le mal, l'atroce et le comique, le tragique, le fantastique, le fascinant. C'est le portrait de la sarabande que danse le monde dans le grenier de l'homme, dans le cerveau du créateur. Il n'a pas peur d'en montrer les ficelles, car elles font partie du tableau. C'est le portrait de ses marionnettes. Et de quelles tailles ! De ses problèmes, de sa vie, de l'angoisse, du gâchis, de ses plaisirs, de son foie malade, il a fait un ballet. Il est porté par l'enthousiasme de la chose. C'est l'artiste."
Et c'est ainsi - pour paraphraser l'auteur - que Vialatte est grand !
Année après année, le cercle des admirateurs d'Alexandre Vialatte, auteur «notoirement méconnu» comme il se définissait lui-même, ne cesse de grandir - et ce n'est que justice.
À l'occasion du quarantième anniversaire de sa mort, le journal La Montagne a sélectionné treize chroniques, publiées tout au long de l'année 2011 et reprises dans cet ouvrage qui en comprend également treize autres, choisies par quelques-uns des plus fervents admirateurs de l'écrivain : Laurence Cossé, Marie-Hélène Lafon, Amélie Nothomb, Gavin's Clemente-Ruiz, Bernard Jannin, Pierre Jourde, Baptiste Liger, Philippe Meyer, Pascal Ory, Antoine Perraud, Denis Tillinac, Bertrand de Saint Vincent et Philippe Vandel.
«Heureux lecteur qui va découvrir Vialatte. Il apprendra de lui, en petites phrases limpides et frappantes, que les hommes, les bêtes et les choses n'arrêtent pas d'entretenir à leur insu des quantités de relations insoupçonnées, fraternelles ou hostiles, sentimentales ou intéressées, extravagantes, édifiantes ou simplement bizarres, mais toujours instructives.
Heureux lecteur qui découvre Vialatte et son gai savoir. Aussi bien pourra-t-il découvrir, à travers un jeu d'images ou dans le sillage d'un proverbe inventé, le coeur qui bat et parfois même l'âme qui se fend. Et c'est ainsi qu'Alexandre est grand.»
Alexandre Vialatte (1901-1971) est l'auteur d'une douzaine de romans dont Battling le ténébreux, Les Fruits du Congo, Le Fidèle Berger. Chroniqueur (notamment au journal La Montagne), poète, traducteur de Nietzsche et de Thomas Mann, il fut aussi celui qui traduisit et fit connaître Kafka en France.
Extrait de la préface de Jean-Pierre Caillard, Président-directeur général du Groupe La Montagne - Centre-France
Longtemps j'ai voulu rendre hommage à Alexandre Vialatte. C'est chose faite avec cette année 2011 que nous lui avons consacrée. Ce fut l'occasion de rééditer treize de ses chroniques pour le plaisir de la relecture ou de la découverte, selon les âges et la curiosité. Le prétexte, aussi, à créer un prix littéraire à son nom, ainsi qu'un site Internet, les deux pérennes, pour que l'hommage dure encore.
Je voulais cet hommage. Je ne pensais pas rencontrer un tel enthousiasme, rallier autant de noms prestigieux autour de sa personne, écrivains, cinéastes, éditeurs ou penseurs, tous ces Vialattiens qui se trouvent réunis en une sorte de club informel. Des hommes, des femmes, de tous les âges, de tous les horizons liés par une commune admiration et l'amitié, valeur suprême pour Alexandre Vialatte. Tous, prêts à répondre au moindre appel et même à choisir leur chronique préférée - exercice difficile - comme l'ont fait certains, pour ce volume.
Cet enthousiasme me touche et légitime ma démarche. Je suis profondément attaché à Vialatte pour au moins deux raisons : parce qu'il fut l'un des collaborateurs essentiels de La Montagne, titre amiral du groupe de presse que je dirige aujourd'hui, et par goût. Une vieille histoire.
J'avais treize ans, je croyais déjà à la littérature. L'illumination m'était venue à la lecture des chroniques, rituellement programmées par La Montagne, de cet homme, un écrivain, qui savait sublimer la quintessence imaginaire de la vie, aux yeux éblouis de l'adolescent que j'étais.
Je découpais, d'un coup de ciseaux soigneux, je classais, avec méthode, dans une boîte à chaussures bleue, je pliais en deux, très précautionneux, puis je relisais, avec gourmandise, ces tranches de rêve hebdomadaire, exaltant après lui la grandeur consécutive d'Allah.
Je conserve depuis une émotion intense de m'être ainsi frotté à cette découverte progressive du monde, de ses fulgurances, de ses espoirs et de sa désespérance souterraine, à travers ce qu'un quotidien et un écrivain, trop discret, m'auront, ensemble, offert, à l'heure où s'échafaude et se structure, au plus profond de chacun, la forme encore mal dégrossie de l'adulte que nous serons demain.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia