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.. Conversations avec Claude Chabrol

Couverture du livre Conversations avec Claude Chabrol

Auteur : François Guérif

Date de saisie : 06/11/2011

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Payot, Paris, France

Prix : 21.50 € / 141.03 F

ISBN : 9782228906838

GENCOD : 9782228906838

Sorti le : 05/10/2011

  • Les présentations des éditeurs : 06/11/2011

Entre le Beau Serge, son premier film en 1957, et Bellamy en 2009, Claude Chabrol aura illustré tous les genres, du polar à la comédie, en passant par le documentaire, l'espionnage ou le drame, sans cesser de porter sur son prochain un regard lucide, voire féroce.
Il dialogue ici avec François Guérif - qui fut pendant trente ans son ami et avec lequel il écrivit un splendide Comment faire un film - non seulement sur son oeuvre de cinéaste, mais aussi sur sa vie, ses goûts, ses admirations, ses idées, sa philosophie. Un homme s'y révèle, à la fois généreux et sceptique, sérieux et moqueur, sincère et insolent : Chabrol tel qu'en lui-même, authentique, drôle, sans complaisance - et vivant.

On trouvera dans ce livre le texte de Musique douce, l'une des deux nouvelles policières que Chabrol écrivit et publia en 1953 dans Mystère Magazine, alors qu'il ne pensait pas encore à faire des films ; ainsi qu'un large extrait inédit du scénario du Bat des obscurs, ultime film sur lequel Chabrol travaillait au moment de sa disparition en septembre 2010.


  • Les courts extraits de livres : 06/11/2011

L'enfance. - Le cinéma et les livres. - La vie pendant l'Occupation. - Sorbonne et fac de droit. - Débuts aux Cahiers du Cinéma. - Rencontre avec Hitchcock. - Mon expérience de producteur.

Parle-moi de ton enfance.

C'est l'enfance la plus con qu'on puisse imaginer. Je suis né à Paris, dans le Xe arrondissement, rue du Faubourg-Poissonnière, je ne me souviens plus du numéro. Mes parents habitaient un appartement au-dessus de la pharmacie que tenait mon père. Ma naissance était supposée poser problème. Six mois auparavant, en effet, mes parents prenaient un bain ensemble - les cochons -chez ma grand-mère, boulevard Arago. Le chauffage au gaz fuyait, ou quelque chose comme ça, et ils ont été asphyxiés. On les a retrouvés évanouis, et on les a emmenés d'urgence à l'hôpital Broca. Mon père, qui était sous le chauffe-eau, a eu du mal à s'en sortir ; ils ont vraiment eu peur. Quand ma mère a dit aux médecins qu'elle était enceinte de trois mois, ils lui ont répondu qu'elle allait faire une fausse couche et que, de toute façon, l'enfant ne serait pas viable. Six mois plus tard, toc toc, je cognais à la porte et je suis né normalement.
Manifestement sans séquelles. À part le fait d'être assez allergique à l'odeur du gaz.
Ensuite, mes parents ont déménagé et pris une autre pharmacie avenue d'Orléans - aujourd'hui avenue du Général-Leclerc - en face du métro Mouton-Duvernet. Là aussi, ils habitaient au-dessus, et nous y sommes restés environ six ans. Lorsque j'ai eu trois ans, on m'a offert un phono. Je ne savais pas lire, bien entendu, mais j'avais trouvé un moyen de reconnaître les disques, à la longueur des titres, aux dessins des labels comme le chien de La Voix de son Maître, à la couleur des étiquettes. J'avais peaufiné un numéro : on me demandait : «Mets J'ai du bon tabac», et je le mettais. Mes parents n'avaient pas compris comment je faisais, et ils étaient très fiers de moi. D'un autre côté, ils étaient très inquiets parce que j'étais extrêmement contemplatif. Je passais le plus gros de mes journées assis devant la fenêtre qui donnait sur l'avenue, en me trifouillant les cheveux, sans dire un mot. Ils craignaient les séquelles de l'asphyxie, bien sûr. Et puis, un beau jour, je les ai rassurés parce que je leur ai expliqué ce que faisaient les voisins : untel était revenu avec des tomates et une salade, un autre était sorti à telle heure. Ils admiraient mon sens du détail.
Ils ont été encore plus impressionnés quand j'ai su réparer mon phono. Là, j'avais quatre ans, quatre ans et demi. Le phono ne marchait plus. J'ai vu des vis, alors j'ai pris un couteau, ôté les vis et soulevé le plateau. Dessous, je me suis aperçu qu'il y avait un petit morceau de fer, que le système jouait, et qu'il y avait un trou derrière la manivelle. J'ai pris le morceau de fer, l'ai mis dans le trou, et le phono s'est remis à fonctionner. À partir de là, je suis devenu le dieu vivant de la maison. J'étais vraiment un enfant gâté.

(...)


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