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.. Lénine : la révolution permanente

Couverture du livre Lénine : la révolution permanente

Auteur : Jean-Jacques Marie

Date de saisie : 06/11/2011

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Payot, Paris, France

Collection : Biographie Payot

Prix : 27.50 € / 180.39 F

ISBN : 9782228906890

GENCOD : 9782228906890

Sorti le : 19/10/2011

  • Les présentations des éditeurs : 06/11/2011

Contrairement à ce que la chute de l'URSS pourrait laisser croire, la trace que Vladimir Ilitch Oulianov (1870-1924) a laissée dans l'histoire du monde sous le nom de Lénine est toujours bien perceptible. En témoigne la question récurrente de savoir s'il faut retirer son corps du mausolée de la place Rouge, une décision qu'aucun dirigeant du Kremlin ne s'est pour l'instant risqué à prendre... Cette ferveur pour le père de la révolution bolchevique est-elle l'ultime écho d'un passé révolu ou l'expression d'un authentique sentiment collectif ?

Depuis l'effondrement de l'État tout-puissant qu'il bâtit en 1922 au milieu d'une Russie dévastée, de nombreux documents disponibles éclairent d'un jour nouveau des pans entiers de la vie et de l'action de celui qu'une historiographie récente dépeint volontiers comme un tueur sanguinaire responsable de toutes les exactions. Ils permettent surtout de mettre l'accent sur la longue série de réformes démocratiques dont il est à l'origine et qui pour la plupart, ne seront adoptées que tardivement dans les autres pays d'Europe : la nationalisation des banques, la création d'une inspection du travail, l'avènement des congés payés et de la journée de huit heures, la séparation de l'Église et de l'État, l'instauration du mariage civil, le droit au divorce et la liberté d'avortement.

Ni hagiographie caricaturale ni pamphlet haineux, le livre de Jean-Jacques Marie redonne la place dans l'Histoire qui lui est due à ce génie politique d'une intelligence prodigieuse qui ne vivait que pour la révolution. Une somme indispensable à l'heure où la crise financière rend plus percutantes encore ses analyses sur le capitalisme.

Jean-Jacques Marie

Agrégé de lettres classiques, licencié d'histoire et diplômé de russe, Jean-Jacques Marie est l'un de nos meilleurs spécialistes de l'Union soviétique et du communisme. Déjà auteur de trois biographies remarquées de Trotsky (Payot, 2006), Lénine (2004) et Staline (2001), il a consacré plusieurs ouvrages à la naissance de l'URSS (L'antisémitisme en Russie de Catherine II à Poutine, 2009 ; Le Dimanche rouge, 2008).


  • Les courts extraits de livres : 06/11/2011

Extrait de l'avant-propos

«La meule doit broyer si le moulin veut moudre.»
Victor HUGO, Toute la lyre.

«Un fantôme rôde par la planète, le fantôme de Lénine, écrivait l'historien britannique Robert Payne en 1964, la trace qu'il a laissée dans l'histoire du monde est infiniment plus perceptible que celle laissée par Alexandre de Macédoine, Tamerlan ou Napoléon, car lui seul a changé le cours de l'histoire.» Ce fantôme rôde toujours. En février 2011, le journaliste russe Dimitri Bykov s'élève contre le projet de retirer Lénine du mausolée. Il le considère comme «un politicien inhumain, borné et peu séduisant», mais, écrit-il, «aujourd'hui l'enterrement de Lénine apparaît avant tout comme la mise en bière de tout espoir de changement pour la Russie. Comme l'enterrement de l'idée même d'une révolution émanant de la base, seule possibilité qui reste aux masses étant donné le blocage de tout changement venu d'en haut [...]. Enterrer Lénine en ce moment, c'est dire adieu à tout espoir de réveil collectif».
Pour exorciser ce fantôme, toute une littérature journalistique ou pseudo-historique s'acharne à caricaturer Lénine en tueur sanguinaire. L'exercice a commencé dès les premiers jours de la révolution russe. «Lénine et ses acolytes se croient permis de commettre tous les crimes», écrivait dès le 20 novembre 1917 son ancien ami Maxime Gorki. Trois ans plus tard, une affiche de l'armée du général Denikine montre une jeune fille en robe blanche, symbole virginal de la Russie, étendue ligotée aux pieds de Karl Marx. Dressé au-dessus d'elle, Trotsky, en tablier de boucher, brandit un coutelas qu'il va plonger dans son sein palpitant. A droite, six bolcheviks juifs entourent l'ordonnateur de ce crime rituel, organisé en l'honneur de l'Internationale : Lénine, vêtu d'une soutane ensanglantée. La même année 1920, le prosateur Dimitri Merejkovski écrit : «Les bolcheviks sont les enfants du diable [...]. L'esprit du mal s'est incarné en Lénine [...]. Le nom du "grand" Lénine restera dans la mémoire de l'humanité aux côtés de ceux d'Attila, Néron, Caligula et même de Judas le Traître.»
Et ce n'est qu'un début ! Selon Dmitri Volkogonov, ancien chef adjoint de la direction politique des forces armées soviétiques : «Vladimir Oulianov [Lénine] a déchaîné l'Antéchrist sur les espaces de la Russie.» Alexandre Iakovlev, nomenklaturiste, ancien membre du Bureau politique sous Gorbatchev, accuse les dirigeants bolcheviks de «génocide» ou plutôt de «démocide», commis «avec l'étroite participation de Bronstein (alias Trotsky), de Rosenfeld (alias Kamenev), d'Apfel-baum (alias Zinoviev) et de Dzerjinski [...] sous le contrôle direct d'Oulianov». Le rappel des noms de famille juifs originaux des trois premiers, tous entrés dans l'Histoire sous leur seul pseudonyme, reprend la vieille antienne tsariste du complot juif mondial à la tête duquel Lénine se trouve ainsi placé.
La nomenklatura, après avoir momifié et statufié Lénine, l'a transformé en démon sanglant et jeté par-dessus bord en même temps qu'elle pillait et disloquait la propriété d'État. Ainsi, un certain Anatoli Latychev publie en 1996 à Moscou un Lénine dévoilé où cet ancien professeur de l'École supérieure du parti de Moscou et de l'Institut supérieur politico-social du Comité central, frappé, comme toute la nomenklatura, par la grâce de l'économie de marché, se déchaîne : «Lénine dès le début de la révolution d'Octobre a planifié l'extermination d'une bonne moitié de la population de la Russie [soit plus de 70 millions d'individus !], il a anéanti des couches entières de la société russe : les entrepreneurs et les paysans aisés, l'intelligentsia et les serviteurs du culte.»


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