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.. Un idéal masculin ? : barbes et moustaches, XVe-XVIIIe siècles

Couverture du livre Un idéal masculin ? : barbes et moustaches, XVe-XVIIIe siècles

Auteur : Jean-Marie Le Gall

Traducteur : Guillaume Flamerie de Lachapelle

Date de saisie : 06/11/2011

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Payot, Paris, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 9782228906906

GENCOD : 9782228906906

Sorti le : 05/10/2011

  • Les présentations des éditeurs : 06/11/2011

Le sujet peut prêter à sourire. Est-ce bien sérieux pour un historien que de traiter de barbes et de moustaches ? De nos jours, où la barbe est un indice de fondamentalisme ou d'archaïsme, l'avenir est au glabre. Et pourtant, entre les poilus de la Première Guerre mondiale, les barbudos cubains des années 1960 et les barbus islamistes d'aujourd'hui, notre histoire contemporaine a montré que la barbe était un identificateur social chargé de sens, ce dont Jean-Marie Le Gall est intimement convaincu. C'est aussi vrai, bien entendu, pour l'époque moderne.
Si le glabre domine en Europe dans la seconde moitié du XVe siècle, la pilosité faciale devient au début du XVIe un véritable phénomène de mode, né dans les cours princières d'Italie. Les défaites subies par la péninsule ont en effet mis à mal la virilité des Italiens, qui redéfinissent un nouvel idéal masculin et chevaleresque. Un idéal qu'incarnent à la perfection trois jeunes souverains arborant fièrement barbes et moustaches : François Ier, Henri VIII et Charles Quint. Vite adoptée par la noblesse puis par la bourgeoisie, cette prolifération du poil domine sur tous les visages d'Europe pendant plus d'un siècle avant que le lisse ne l'emporte à nouveau à la fin du XVIIe. Symbole des gens de pouvoir et de savoir, elle est à la fois un élément de hiérarchisation sociale, au même titre que les vêtements, et un marqueur religieux qui sépare nettement pasteurs protestants et prêtres catholiques. L'avènement d'un univers plus policé et plus civilisé sonne toutefois le glas de la pilosité faciale. Dès lors, la barbe semble l'expression désuète d'une masculinité arrogante et doit céder la place à la perruque, qui assure aux élites la distinction nécessaire.
À la confluence de l'histoire des mentalités, des représentations et du sensible, l'auteur nous convie à un impertinent voyage au pays de cette virilité que les hommes n'ont jamais cessé d'interroger.

Jean-Marie Le Gall
Professeur d'histoire moderne à l'université de Paris I (Panthéon-Sorbonne), Jean-Marie Le Gall a publié Les humanistes en Europe, XVe-XVIe siècle (2008), Le mythe de Saint-Denis entre Renaissance et Révolution (2007) et a contribué à l'Histoire de la virilité de l'Antiquité au XXIe siècle (à paraître).


  • Les courts extraits de livres : 06/11/2011

Extrait de l'introduction

«Il faut chercher la discipline dans la liberté et non dans les formules.»
Claude DEBUSSY, Monsieur Croche,
Paris, Gallimard, 1987, p. 52.

Ce livre est né avant tout d'une fréquentation de la Renaissance et de la rencontre souvent inopinée d'un dispositif de faits, d'images ou de textes sur la barbe : des proverbes en toutes langues, un édit de François Ier, une législation dans l'Église, des débats sur les femmes à barbe, des thèses médicales et des livres facétieux et polémiques sur la barbe, des Indiens que l'on dit imberbes... Et surtout, dans cette Renaissance qui est pleine de visages, comme le disait joliment André Chastel, le constat que ceux-ci portent des barbes, longues ou rases, et des moustaches plus ou moins proéminentes '. Depuis longtemps évanouies avec les corps, les barbes de jadis peuvent encore être saisies par la peinture et l'écriture. De l'accumulation de ces mentions éparses est né le désir d'en comprendre les significations, d'en faire un sujet de réflexion, et pas seulement le matin en me rasant.
En me persuadant tout d'abord que c'est un sujet qu'un historien peut prendre en considération. L'affaire ne va pas de soi. Parménide ne déclare-t-il pas à Socrate que le poil, comme les autres saletés, est une chose insignifiante et sans valeur ? Les savants qui traitent du sujet à l'âge moderne éprouvent toujours le besoin de se justifier, comme s'il n'était pas sérieux. Ainsi dans une thèse dédiée au cardinal Pietro Aldrovandini, le médecin Marco Antonio Olmo déclare en 1601 que ceux qui jugeront son travail superflu devront aussi admettre que la barbe est une oeuvre superflue de la nature. Or pour lui c'est une création naturelle et divine dont il faut cerner la finalité. Pour ma part, j'ai considéré qu'un voyage dans le passé de la pilosité permettrait tout d'abord de jeter un autre regard que celui que nous livre le flot envahissant d'articles de journaux, rapides et racoleurs, sur cet objet ; ceux de la presse masculine ou féminine qui nous annoncent régulièrement les fluctuations de la masculinité à partir de la météo du poil, de ses éclipses et de sa repousse. Force est d'ailleurs de constater que les folliculaires se focalisent sur le poil pubien, dans une sorte d'idéologie marchande de la transparence qui, au motif de dévoiler l'intime, le prescrit et l'abolit. Quant à la barbe, elle était il y a peu associée aux gauchistes au point qu'au début des années 1970 certaines lettres de recommandation de professeurs américains invitaient leurs collègues à être indulgents vis-à-vis de la barbe de leur protégé. Elle tend aujourd'hui à être assimilée aux islamistes. Elle est un indice de fondamentalisme ou d'archaïsme et évoque donc la révolution ou la religion, deux mots honnis du conformisme ambiant. Face à ce passé pileux, l'avenir est au glabre. Est-ce la raison, inconsciente ou non, pour laquelle le sujet est quasi tabou en France ? Dans le Dictionnaire du corps paru en 2007 sous la direction de Michela Marzano, aucune entrée «barbe» n'apparaît entre «barbarie «et «Barbie». Et pourtant, entre les poilus de 1914, les barbudos cubains des années 1960 et les barbus d'aujourd'hui, notre histoire contemporaine a montré que la barbe était un identificateur social chargé de sens.


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