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Auteur : Marcel Theroux
Traducteur : Stéphane Roques
Date de saisie : 10/01/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Plon, Paris, France
Collection : Feux croisés
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 9782259212953
GENCOD : 9782259212953
Sorti le : 03/11/2011
Damien March vit une vie assez monotone à Londres.
La mort de son oncle Patrick va le sortir de sa routine. En effet, il a fait de son neveu son principal héritier et lui a légué sa maison située sur l'île d'Iona, pas très loin de Cape Cod, aux États Unis. Mais son héritage implique une condition assez particulière : Damien peut jouir de la maison autant qu'il le souhaite mais il lui est interdit de toucher, de changer de place ou de vendre les objets que Patrick a accumulés toute sa vie.
Damien n'est pas trop étonné car son oncle était un écrivain assez excentrique, qui n'avait connu le succès qu'avec son premier roman. Arrivé à un point charnière de sa vie (fucking 35 ans !), il plaque tout et part s'installer à Iona.
Il découvre alors un manuscrit laissé par son oncle, Les confessions de Mycroft (le fameux frère de Sherlock Holmes). Et c'est en lisant cette ébauche de roman, qui va se révéler être un véritable jeu de pistes, que Damien va découvrir un lourd secret...
Une vieille bicoque remplie de souvenirs, une île battue par les vents, un héros solitaire et un peu perdu avec lui-même, des non-dits familiaux, un manuscrit énigmatique : le roman de Marcel Théroux est rempli d'éléments qui font de sa lecture un moment très plaisant. L'auteur nous mène par le bout du nez, et on est assez surpris par l'épilogue, que, personnellement, je n'avais pas vu venir !
Damien March a trente cinq ans. Il est arrivé à un stade de sa vie où il s'ennuie : sa carrière de journaliste à la BBC stagne, il n'a pas rencontré de femme depuis un bon moment. Il a finalement le sentiment qu'il ne lui arrive plus grand-chose. Et ce, jusqu'au jour où il reçoit un télégramme laconique dans lequel son père lui annonce la mort de son oncle Patrick, un écrivain américain retranché dans sa maison de Cape Cod qui a fait de lui son unique héritier. Puisque rien ne semble le retenir, Damien quitte Londres pour Cape Cod. Il se retrouve alors dans la maison de Patrick, souvenir des vacances d'été de son enfance, au beau milieu d'un gigantesque cabinet de curiosités, entre piles de romans inachevés et boîtes de médicaments entamées.
En essayant de faire le tri dans ce capharnaüm, Damien tombe sur le début d'un manuscrit, Les Confessions de Mycroft Holmes, autobiographie imaginaire du frère méconnu de Sherlock Holmes. Le manuscrit est truffé d'enquêtes-pastiches des aventures du célèbre détective, mais il contient également de troublants recoupements avec des événements réels. Damien se met également à lire le courrier personnel de son oncle. Entre manuscrits et lettres, les indices s'imbriquent et Damien va découvrir des secrets de famille...
Marcel Theroux a échafaudé un jeu de pistes littéraire extrêmement subtil grâce auquel il entraîne son héros - et son lecteur - dans une enquête à plusieurs dimensions entre fiction romanesque et histoire familiale.
Marcel Theroux est né en Afrique du Sud en 1968. Auteur de plusieurs romans, il a été traduit pour la première fois en France l'année dernière avec Au Nord du Monde (Plon, 2010), disponible chez 10/18. Ce roman a remporté le Prix de l'Inaperçu 2011. Jeu de pistes, distingué par le Prix Somerset Maugham en Angleterre, est son deuxième roman traduit en France.
Pour son second roman Le jeu de pistes, Marcel Theroux s'interroge avec subtilité sur les rapports familiaux et ses secrets. Pas facile de se tailler un prénom quand on vient d'une famille littéraire et prestigieuse. Surtout si l'on a pour père l'Américain Paul Theroux, célèbre pour ses récits de voyage iconoclastes, tel Railway Bazaar (Les Cahiers rouges, Grasset). Et que l'on a pour oncle Alexander Theroux, autre prosateur renommé dont hélas un seul livre a été jusqu'ici traduit en français, Trois métèques (Phébus, 2002)...
Peintre subtil, Marcel Theroux insiste sur les ambiances, les décors et les secrets. Ce qui lui permet de s'interroger sur la solitude et la filiation avec une rare finesse. Dans la famille Theroux, le fils fait désormais jeu égal avec ses illustres aînés.
Le passé est toujours jonché de secrets, comme ces morceaux de verre poli qu'on trouve sur la plage. Pourquoi a-t-on tenté de cambrioler la villa à moitié en ruines ? Y a-t-il eu un meurtre camouflé en disparition ? Et qui était donc Patrick ?...
On devra attendre la dernière ligne pour avoir le fin mot. Tout cela est amené avec une grâce, une subtilité et juste ce qu'il faut de lyrisme. Marcel Theroux, le fils de Paul (la famille, hé, hé), écrit à la manière d'un chef d'orchestre qui interromprait le morceau avant que les violons ne démarrent. La méthode est imparable.
La nouvelle de la mort de mon oncle Patrick m'a sidéré, pas parce qu'elle était inattendue, mais parce que je le croyais mort depuis une éternité.
Patrick mort. Papa, c'est tout ce que disait le télégramme. Ma première réaction a été : Patrick qui ? Et puis je me suis rappelé.
Si j'avais pensé à lui ne fût-ce qu'une fois au long de toutes ces années, je suis sûr que je me serais rendu compte qu'il était encore en vie, même dans un monde qui n'avait plus rien à voir avec le mien. Simplement, j'avais fait de mon mieux pour oublier totalement ma famille, et j'avais beau recevoir un cadeau de Noël chaque année de la part de tante Judith à Boston, j'y arrivais plutôt bien.
Bien sûr que je me rappelais Patrick - je l'avais simplement remisé dans un compartiment de mon esprit comme une chaussette dépareillée : présent mais incomplet. Après tout, on ne disparaît pas du monde comme un signal sur l'écran d'un radar. Une vie se termine par une mort. Le télégramme était concluant : il le complétait. Patrick mort.
Et puis une chose étrange s'est produite : la nouvelle de sa mort l'a ressuscité dans mon imagination : le Patrick qui était en moi, son empreinte imperceptible mais indélébile qui était moi. Des pans entiers de ma mémoire étaient stimulés pour la première fois depuis des années. C'était comme si j'avais découvert un double fond dans une valise; ou que mon minuscule appartement de Clapham s'était agrandi d'un étage en une nuit. J'ai pensé à Patrick et à son incroyable vieille maison à lonia, et le plus étrange, c'est qu'il a commencé à me manquer - un homme que je n'avais pas vu depuis près de vingt ans.
J'avais les nerfs à fleur de peau, de toute façon. Je travaillais de nuit depuis des mois, arrivais à huit heures du soir et rentrais chez moi douze heures plus tard. Aux heures calmes du petit matin, personne ne voulait discuter et il n'y avait rien d'autre à faire que rôder dans la salle de rédaction pour lire les journaux ou, dans mon cas, me tourmenter au sujet des choix qui m'avaient amené là. Je vivais dans la pénombre, rentrais chez moi tous les matins avec des lunettes de soleil pour protéger mes yeux fatigués. Et l'obscurité semblait avoir envahi tous les recoins de ma vie.
Le nouveau Président américain avait inauguré son mandat par des frappes aériennes au Moyen-Orient et on nous en promettait d'autres. Des journalistes et des rédacteurs avaient été appelés en renfort pour faire face à la charge accrue de travail de nuit, puisque la direction avait calculé que les États-Unis prévoyaient de faire coïncider la reprise des hostilités avec le journal du soir.
«Alors, on est en guerre ?», a demandé Wendy, la rédactrice, en arrivant au boulot le soir où j'ai reçu le télégramme.
Je lui ai dit que non.
«Tant mieux, parce que j'ai oublié de mettre mon casque dans mon sac.» Elle s'est assise devant son ordinateur et s'est mise à peler une orange, la décortiquant de son pouce épais tout en lisant le discours de passation des pouvoirs. Elle croyait fermement aux propriétés de la vitamine C pour atténuer les effets d'un excès de travail de nuit.
Je n'étais apparemment pas le seul à avoir oublié Patrick. J'ai épluché les dépêches, croyant que la mort du scénariste du Cueilleur de noisettes, qui avait reçu une nomination à l'oscar, méritait au moins d'être signalée, mais il n'y avait rien. Il s'était tu trop longtemps. Comme moi, les nécrologues devaient le croire mort depuis dix ans. Le télégramme était dans ma poche. Je l'ai touché machinalement comme pour confirmer qu'il avait bien existé.
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