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Auteur : Gilbert Bordes
Date de saisie : 06/11/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Romans français
Prix : 19.50 € / 127.91 F
ISBN : 9782714446299
GENCOD : 9782714446299
Sorti le : 03/11/2011
Montmartre, 1940. Par les fenêtres de l'appartement de sa voisine, chez qui il s'est réfugié, Arnaud, onze ans, voit deux hommes de la Gestapo emmener sa mère.
Quelques années plus tard, le garçon est recueilli par ses grands-parents maternels, de rudes paysans périgourdins. La vie est dure, à Lussac, et Arnaud subit en silence les moqueries de ses camarades au sujet de son pied bot, mais aussi les remarques malveillantes contre sa mère, que personne n'a revue depuis son arrestation. Au village, il demeure un étranger, malgré la tendre amitié de la petite Lilly, une fillette de son âge. Il faut dire que, le jour de son arrivée, une inconnue assassinée d'une balle en plein coeur a été trouvée dans le parc du château...
Pourquoi le meurtre a-t-il eu lieu précisément ce jour-là ? Et pourquoi les gens se sentent-ils si coupables de ce qui s'est passé ? Il plane sur Lussac un lourd secret que les enquêteurs pourraient avoir le plus grand mal à percer.
Gilbert Bordes a été instituteur et journaliste avant de se consacrer à l'écriture. Membre de l'école de Brive, il a obtenu le prix RTL Grand Public avec La Nuit des hulottes et le prix des Maisons de la Presse avec Le Porteur de destin. Le Chant du papillon est son troisième roman à paraître chez Belfond.
Le train arrivait en gare de Périgueux.
Arnaud n'avait pas bougé de son siège depuis le départ de Paris, très tôt ce matin-là. Sa vie recommençait une fois de plus, mais cette fois il avait conscience qu'elle allait prendre un tournant décisif. Arnaud avait onze ans ; la tête ronde, les cheveux noirs en broussaille sous sa casquette grise. Né rue de Clignancourt, dans le 18e arrondissement, il avait été élevé par sa mère, seule, mais ça ne lui avait pas pesé : tous les habitants de l'immeuble étaient sa famille. L'Occupation n'avait pas changé grand-chose pour lui, jusqu'à ce que sa mère soit arrêtée parce qu'elle volait des documents secrets pour les transmettre aux résistants du général de Gaulle. C'était en 1944, cinq ans auparavant.
Le train s'arrêta. Les voyageurs prirent leurs bagages et formèrent une file dans l'allée centrale. Arnaud resta à sa place. Son coeur battait très fort, ses doigts tremblaient, il avait la bouche sèche. Le convoi stoppa et les portes s'ouvrirent. Comme personne ne faisait attention à lui, Arnaud se leva à son tour pour prendre sa valise posée sur le porte-bagages au-dessus de sa tête. Son déhanchement attira le regard d'un contrôleur.
- Tu veux que je t'aide ? Donne ta valise.
- Ce n'est pas la peine. Merci, monsieur.
Il descendit du mieux qu'il pouvait les marches vraiment trop hautes. La lumière intense l'éblouissait. Après six heures de train, lui qui n'avait jamais quitté Paris débarquait en pays inconnu. Ne lui avait-on pas dit que les gens du Périgord parlaient une langue qu'il ne comprendrait pas ? Regardant sur la carte de France où se trouvait cette province, il en avait eu le vertige. Pourtant, c'était là qu'était née sa mère, là que vivaient ses grands-parents dont il ne savait rien sinon qu'ils n'avaient jamais répondu aux lettres qu'il leur avait écrites.
Le haut-parleur annonça que le jeune Arnaud Bussières était attendu par sa grand-mère près du guichet de vente des billets. Sa valise à la main, Arnaud regarda autour de lui et remarqua, sur sa droite, une femme qui semblait attendre quelqu'un. Grande, bâtie comme un homme, son large visage sanguin rappelait celui de Danton dans son livre d'histoire. Elle était vêtue d'un long tablier bleu à fleurs blanches et d'une sorte de veste noire, trop courte.
- Arnaud Bussières, c'est toi ? demanda-t-elle d'une voix pleine d'autorité.
Arnaud tenta de sourire. Sa valise était vraiment très lourde.
- On m'avait pas dit que tu étais boiteux !
Du regard, Marguerite Bussières examinait le gamin de la tête aux pieds comme un marchand de bestiaux l'aurait fait avec une vache.
- On se connaît pas. C'est comme ça ! Suis-moi. Arnaud emboîta le pas à Marguerite.
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