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Auteur : Hubert Barde
Date de saisie : 06/11/2011
Genre : Art - Peinture
Editeur : Slatkine, Genève, Suisse
Prix : 68.00 € / 446.05 F
ISBN : 9782832104514
GENCOD : 9782832104514
Sorti le : 09/11/2011
Qui est Alfred Rehfous ?
Louis Gielly, alors ancien conservateur du Musée d'art et d'histoire de Genève, s'exclamait, parlant de l'artiste : «La production de Rehfous est considérable et mériterait une monographie, qu'il serait d'ailleurs difficile d'écrire en raison de la dispersion des oeuvres !» Ce défi est relevé au travers des pages de cet ouvrage, le premier dévolu au peintre, et qui fait revivre son importante activité artistique, largement remarquée et louée par les critiques de son temps.
Né en 1860 à Genève, il suit les cours de Barthélémy Menn, intransigeant initiateur d'une véritable école du paysage, avant de compléter sa formation à Paris auprès d'Alexandre Cabanel puis de Jean-Joseph Benjamin-Constant.
Alfred Rehfous connaît au cours de son existence deux «patries» principales. Il fait en effet partie de ces importants groupements d'artistes connus respectivement sous les noms d'école genevoise de peinture et d'école de Savièse. Il est membre éminent de l'une et de l'autre. Habitant Genève, il fait de fréquents séjours en Valais avant de s'installer à Saillon en 1900 durant la belle saison.
Alfred Rehfous peint les paysages de Genève, du Valais, du Pays de Vaud, du Vully et du lac de Morat ainsi que ceux de la Saône, sans parler de son séjour à Paris où il effectue ses premières toiles.
Les recherches entreprises ont permis de recenser près de cinq-cents oeuvres, tableaux et dessins, nombre d'esquisses et de croquis datant de ses études, des illustrations de livres et de revues, quelques aquarelles enfin.
Tableaux et dessins sont exposés dans plus de septante expositions, tenues pour beaucoup à Genève, mais aussi en Valais, à Lausanne, Vevey, Zurich, Bâle, Berne, Neuchâtel, à Paris, en Allemagne et en Italie. Ces expositions sont accompagnées de catalogues et des critiques de l'époque, ainsi que des listes des nombreux peintres, pour certains devenus célèbres aujourd'hui, qui prennent part à ces manifestations, le plus souvent collectives. Leur évocation fait revivre une partie de l'histoire des expositions de la fin du XIXe siècle et du début du XXe en Suisse.
Très engagé dans sa profession, Alfred Rehfous est membre du Comité de la Société de l'Exposition permanente (Amis des Beaux-Arts) de Genève et de celui du Cercle des Arts et des Lettres, président de la section Genève des peintres et sculpteurs suisses, vice-président de la Fédération des sociétés artistiques de Genève, membre du Comité de la Commission fédérale des beaux-arts et vice-président de la Société des peintres et sculpteurs suisses.
Alfred Rehfous s'éteint en 1912 à l'âge de 52 ans.
Extrait de l'introduction
Alfred Rehfous : une mémoire oubliée ? Paradoxe ? Peut-on oublier une mémoire, celle d'un peintre ? La réponse est non. Non, parce que la mémoire est là : l'oeuvre de l'artiste, celle d'Alfred Rehfous, tangible, vibrante, faite de paysages, mais aussi d'études, de croquis et parfois d'illustrations de livres. Des paysages du Valais, de la campagne genevoise et vaudoise, du lac Léman, du Vully et de son lac de Morat, de la France voisine. Des paysages de chez nous, mais du temps passé. Passé de notre présent, ces paysages existent toujours, et leur peintre est oublié. Mais ses oeuvres demeurent pourtant, accrochées aux murs de salons privés ou dans les réserves des musées. Mémoire donc atrophiée, mémoire cachée, mémoire captive, mémoire endormie, mais mémoire tout de même ; sommeil que des ventes aux enchères troublent heureusement parfois. Il sied de ranimer ce souvenir. De redonner visage, chair et existence à cet amoureux du paysage, largement apprécié de son vivant. L'oeuvre le mérite, l'artiste aussi. C'est l'ambition de cette monographie. Louis Gielly, ancien conservateur du Musée d'art et d'histoire de Genève, remarquait en 1935 : «La production de Rehfous est considérable et mériterait une monographie qu'il serait d'ailleurs difficile d'écrire en raison de la dispersion des oeuvres.» En effet, point de «livre de raison», peu ou pas de suivi des ventes de ses tableaux, peu d'archives personnelles ou familiales à disposition. C'est donc par tâtonnements successifs qu'est née la trame de cet ouvrage, fondée sur les témoignages de contemporains du peintre, des critiques, les commentaires d'historiens de l'art, des catalogues d'expositions, ainsi que sur l'actualité de l'époque, retracée grâce à diverses archives. Maurice Jean-Petit-Matile appelait de ses voeux, en 1985, la mise sur pied d'une exposition. Parlant du tableau d'Alfred Rehfous, Le plateau de Lentine, plateau situé sur la commune de Savièse que l'artiste a peint à plusieurs reprises, il s'exclamait : «Devant une si parfaite réussite, on se demande s'il ne serait pas temps de remettre en valeur, grâce à une nouvelle rétrospective, un peintre vraiment trop oublié.»
Alfred Rehfous est né en 1860. Sa carrière comprend, outre les années de formation à Genève, quatre périodes distinctes qui ressortent de ses paysages : une époque parisiano-genevoise, à la fois d'étude et de création (1880-1889); une époque genevoise et lémanique, dite période genevoise (1889-1900 env.), qui comporte des détours sporadiques par la France voisine et les alentours du lac de Morat, ainsi que des incursions fréquentes en Valais ; puis, à partir de 1900, une époque principalement valaisanne, celle de Saillon. Les séjours valaisans traduisent l'attrait qu'exerçait la lumière de cette région sur les peintres genevois, et donc sur Rehfous. Enfin, dans les dernières années de sa vie, le paysagiste a puisé son inspiration aux environs de Châtel-sur-Rolle et de Préverenges.
Cette monographie n'a pas la prétention de constituer un catalogue raisonné : trop de pièces manquent au puzzle d'une carrière que Rehfous a voulue modeste, et qui s'est déroulée dans un entourage familial relativement indifférent à son art et par conséquent peu enclin à en conserver pieusement les traces des étapes successives. Mais la pâte est là qui permet, à ce stade, de marquer déjà les contours d'une oeuvre très riche, préambule d'une entreprise de plus grande envergure : un futur catalogue raisonné.
L'un des obstacles majeurs auxquels nous avons été confronté est celui de la datation des oeuvres. A de très rares exceptions, Alfred Rehfous n'a jamais indiqué sur ses tableaux leur année d'exécution. Nous avons tenté de déterminer les dates approximatives de réalisation des peintures en nous fondant sur leur première exhibition publique, sur la graphie des signatures et sur les sites représentés. Il va sans dire qu'une datation d'après les expositions n'est possible que pour les tableaux exposés du vivant du peintre, à savoir un peu plus d'une centaine. Mais il s'agit déjà là d'un acquis non négligeable. Pour les autres oeuvres, l'identité géographique du paysage peut suggérer une époque, guère plus.
Alfred Rehfous est mort en 1912. Cent ans après sa disparition, n'est-il pas temps de ranimer sa mémoire ? Unanimement apprécié par la critique de son temps, il a été débordé, vers la fin de sa vie, par des novateurs comme Ferdinand Hodler, Cuno Amiet, Giovanni Giacometti, Alexandre Perrier ou Félix Vallotton. Lui, dont l'ambition n'était pas d'ouvrir des voies nouvelles, est toujours resté fidèle à son style, même si celui-ci a évolué au fil du temps. Nombre de ses confrères de l'école de Savièse et, plus généralement, des peintres que le Valais a séduits, sont célèbres aujourd'hui : les Ernest Biéler, Raphy Dallèves, Edouard Vallet, Albert Chavaz, Marguerite Burnat-Provins ou Edmond Bille. On s'arrache leurs scènes de genre et leurs portraits, témoins d'un mode de vie disparu, tout comme les restitutions qu'ils ont données d'une nature encore inviolée. Pourquoi n'en irait-il pas de même pour les paysages de Rehfous ? Mais encore faut-il promouvoir le peintre, créer l'événement autour de lui à l'occasion d'expositions et de ventes aux enchères.
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