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.. L'enchanteur : Nabokov et le bonheur

Couverture du livre L'enchanteur : Nabokov et le bonheur

Auteur : Lila Azam Zanganeh

Traducteur : Jakuta Alikavazovic

Date de saisie : 09/02/2012

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 9782879297088

GENCOD : 9782879297088

Sorti le : 09/02/2012

  • Le courrier des auteurs : 09/02/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un écrivain franco-iranien : disons que je suis née à Paris de parents iraniens, mais j'écris en anglais et je vis à New York depuis 11 ans.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est un guide pratique du bonheur ! Mais d'un bonheur aussi réel qu'il est intangible. Et je prends pour point de départ un grand écrivain américano-russe que je considère comme le chantre du bonheur : Vladimir Nabokov. Chaque chapitre est une idée du bonheur selon Nabokov. Et progressivement, le lecteur entre dans un territoire a mi-chemin entre le réel et l'imaginaire, l'essai et la fiction, la vraie vie et le rêve.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Nous lisons pour enchanter le monde." C'est en partie pour cela que le livre s'appelle "L'enchanteur". Il parle de la littérature comme d'un filtre magique qui nous permet d'observer, sous une lentille lumineuse, le mystère de la conscience, la surprise de l'être-au-monde, la beauté de la nuit qui vient.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Je dirais - non pas bien sur en termes techniques, mais plutôt au sens d'une inspiration - la Passion selon St Jean de Bach, en raison de la lumière qui est présente, physiquement, sensuellement, spirituellement, partout. La lumière, voila la clé de l'affaire, dans mon "Enchanteur", comme d'ailleurs dans toute l'oeuvre de Nabokov lui-même bien sur.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'enthousiasme électrique, la passion pour la littérature et la vie. C'est ce qui manque à ma génération de jeunes écrivains je trouve. Comme si l'enthousiasme était devenu ringard. "A vendre !" dirait Rimbaud. Et justement, le voila vendu, évanescent, bientôt dissipe. Or je trouve qu'il faut habiter son travail avec un élan vital. En définitive, c'est élan vital est aussi, je l'espère, ce que mon livre offre en partage au lecteur. Car le bonheur, âpres tout, je crois bien que ce n'est rien d'autre que cela.


  • Les présentations des éditeurs : 03/02/2012

Parmi les innombrables ouvrages consacrés à Vladimir Nabokov, celui de Lila Azam Zanganeh constitue une exception.
Loin des biographies et des monographies de toutes sortes, c'est à une visite guidée très personnelle de l'imaginaire de Nabokov que nous convie ce livre, entre essai et fiction. Une promenade littéraire qui, sur le mode ludique, nous introduit au coeur même de cette oeuvre labyrinthique, et dont le fil d'Ariane n'est autre que le bonheur.
Initiation à la littérature, ce texte est aussi un acte de foi dans le pouvoir des mots.

Née à Paris de parents iraniens en exil, Lila Azam Zanganeh est normalienne. Elle a enseigné la littérature, le cinéma et les langues romanes à Harvard. Elle vit et écrit à New York.

«L'Enchanteur est une joyeuse réponse à la joie qui a inspiré toute l'oeuvre de Nabokov. Ce livre magnifique parvient remarquablement à capturer ce génie littéraire dans ses filets.» Salman Rushdie

«Un hommage documenté à l'art du grand maître, écrit avec toute la grâce que le sujet mérite. Un régal.»
Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature

«L'Enchanteur nous rappelle avec raison pourquoi nous lisons et nous écrivons. Et pourquoi, aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin de voir le monde à travers le "troisième oeil de l'imagination" de Nabokov.»
Azar Nafisi, auteur de Lire Lolita à Téhéran



  • La revue de presse Eric Chevillard - Le Monde du 3 novembre 2011

L'Enchanteur, sous-titré Nabokov et le bonheur, semblable plutôt à un scrapbook ébouriffé, constitué de fragments d'un discours amoureux dédié à l'écrivain. Lila Azam Zanganeh, qui vit aux Etats-Unis et signe quelquefois des articles dans ces pages, se décrit elle-même comme "une jeune auteure périlleusement nabokovienne". Nabokov, soutient-elle, est avant tout "le chantre du bonheur. Et par là, je n'entends pas une sensation complaisante de bien-être et de satisfaction (ce contentement-là n'est-il pas réservé aux bovidés ?)"...
Que l'auteur fantasme une rencontre avec Nabokov, décline son chatoyant lexique ou faufile audacieusement le fil de sa propre vie dans la trame des romans de l'écrivain, elle nous invite tout du long à apprécier le monde "à travers la lentille nabokovienne"...
Considérant comme Nabokov que la vraie littérature est "un fait de langue et non d'idées", elle ose cette variation stylistique sur les thèmes et les motifs du maître qui enchantera même ses lecteurs les plus ombrageux et jaloux.


  • La revue de presse Sabine Audrerie - La Croix du 24 novembre 2011

À travers cet hommage lyrique au grand auteur, c'est l'univers plein de fantaisie d'un nouvel écrivain que l'on voit naître. Avec une liberté créatrice mêlant audace, invention et reconnaissance, la jeune universitaire offre une visite guidée dans son oeuvre et retrace sa vie à travers plusieurs grands thèmes, y mêlant discrètement sa propre histoire...
Humour, tendresse, admiration et émotion se bousculent à la lecture de cet Enchanteur. Apparaît en filigrane une défense et illustration de la lecture et une invitation à la candeur devant tout livre. «Le bonheur, chez VN, est une manière particulière de voir, de s'émerveiller et de saisir - en d'autres termes de piéger - les particules lumineuses vibrant autour de nous», écrit Lila Azam Zanganeh. Son livre est à mettre entre toutes les mains, peut-être plus encore celles des récalcitrants à la lecture.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 7 décembre 2011

D'où vient à l'oeuvre de Nabokov ce chatoiement, cette lumière ? Lila Azam Zanganeh répond à la question à sa manière, intuitive, subjective et ludique, teintée d'authentique grâce, mêlant à une lecture au plus près, au plus subtilement empathique du texte de Nabokov, des éléments de sa propre autobiographie de lectrice fanatique...


  • La revue de presse Michel Schneider - Le Point du 5 janvier 2012

Lila Zanganeh nous fait entrer par effraction dans la tête de son grand auteur au long (on devrait dire au court, tant le lecteur vole, léger, dans la lumière de ses phrases) de quinze chapitres où se mêlent photos, diagrammes, paragraphes introduits par une lettrine, citations, anecdotes et commentaires, fausse interview dans la chambre 65 du Montreux Palace et vrais bonheurs d'écriture. Les meilleurs biographes d'écrivains sont des écrivains...
Zanganeh nous parle. Du noir et dans le noir, mais on referme le livre en se demandant si, captive des irisations de la prose de son maître, elle pourra rompre avec l'enchantement de sa lecture fervente et faire un second livre. Peu probable qu'elle se contente, comme Lolita, de vivre le malheur banal de l'ici et maintenant.


  • Les courts extraits de livres : 03/02/2012

Extrait de l'avant-propos

QUELQUES RAISONS DE LIRE CE LIVRE OU TOUT AUTRE

J'ai toujours redouté la lecture et les livres. Pourtant, me voilà sur le point d'évoquer quelques ouvrages qui ont changé ma vie. Ils me lancèrent dans des aventures purement imaginaires - du moins, au début. Nul besoin de me retirer auprès d'une tribu amazonienne ou en lointaine Moscovie. Nul besoin de mettre à l'épreuve mes pieds paresseux ni mon estomac réticent.
Me voici, en fin de journée, dans une grande ville de la côte est, bien installée dans un canapé accueillant, sous une liseuse. Le printemps débutait à peine : le temps était couvert et froid. La nuit ne tarderait pas à envahir le salon. J'étais sur le point de me plonger dans un texte choisi, quand... - déjà, un premier obstacle : une envie de dormir irrésistible, si difficile à combattre que j'ai toujours préféré lui céder de bon coeur - le plus tôt étant le mieux.
Après un bref et léger sommeil, je recouvrai mes esprits. Je m'étirai langoureusement puis, debout, dégustai une mandarine et déambulai dans la pièce, m'affairant à de petites tâches arbitraires en prétendant méditer la beauté d'un incipit, avant de retourner à contrecoeur sur le canapé. Cette fois, mieux valait m'asseoir correctement. C'est alors qu'elle se fit sentir : l'appréhension. Les lettres de l'alphabet compressées, redistribuées dans un ordre terrifiant. J'avais déjà vérifié quelques heures plus tôt et le verdict était sans appel : 589 pages. L'horreur. Me revint en mémoire une phrase de Hobbes, que je n'ai pas pour habitude de citer : «Eussé-je lu autant que d'autres hommes, je serais tout aussi ignorant.» Cela m'apporta un réconfort hélas éphémère.
Tenant Ada à l'oblique, je peinai sur les phrases étranges de la première page. Les lettres finirent par fusionner, former des mots, mais - nouvel obstacle - la topographie odieuse du paragraphe : «Leur fille unique, Dolly, conçue et enfantée à Bras, épousa en 1840, à l'âge tendre et fantasque de quinze ans, le général Ivan Dourmanov, commandant de la forteresse de Yukon, et gentilhomme campagnard d'humeur paisible. Il possédait des terres dans les Severn Tories (Severnyïa Territorii), ce protectorat échiqueté qu'on se plaît à appeler encore l'Estotie "russe" et qui se confond, organiquement et granoblastiquement, avec cette Canadie "russe" (ou Estotie "française") dont la population, composée non seulement de colons français mais encore de Macédoniens et de Bavarois, jouit toute l'année, sous les étoiles de notre bannière, d'un climat uniformément alcyonien.» Grands dieux ! L'affreux dédale ! Je refermai le livre, qu'un accès de culpabilité intellectuelle me fit rouvrir sur-le-champ.
Ici et là, au fil des pages, divers détails attirèrent mon attention. Un papillon Orchis dans une forêt de pins ancestraux : mouchetures de soleil, ailes d'un bleu presque meurtri planant au zénith, par un matin émeraude miroitant d'humidité. Je poursuivis, m'efforçant de faire apparaître ces images, m'attardant sur les nuances plutôt que les détails du récit, qui pour l'instant ne formait encore qu'un étrange vortex. Gardant mon sang-froid, je persistai. D'après une rumeur de lettrés, il faut atteindre le seuil magique de la centième page pour pénétrer l'univers d'un roman. Aussi poursuivis-je scrupuleusement, sans sauter le moindre mot, bien que très inquiète à l'idée de devoir tout assimiler (l'une de mes obsessions les plus tenaces). Car je dois admettre, en passant, ce que vous soupçonnez sans doute déjà : je n'ai jamais été, et ne serai jamais, une insatiable lectrice. La panique qui m'étreint à chaque phrase est telle qu'il me faut relire plusieurs fois la moindre ligne avant de poursuivre ou de tourner une page.


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