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Auteur : Assaf Gavron
Traducteur : Sylvie Cohen | Marta Teitelbaum
Date de saisie : 03/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Rivages, Paris, France
Collection : Rivages-Roman
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-7436-2265-7
GENCOD : 9782743622657
Sorti le : 05/10/2011
Surnommé Croc par ses amis, Eithan, vit à Tel-Aviv où il travaille dans une start-up. Survivant à trois attentats perpétrés par des terroristes palestiniens, il est considéré par ses compatriotes comme un symbole, celui de la Résistance. Pourtant ce héros a des préoccupations bien humaines : soucis au bureau, vie de couple qui bat de l'aile ? Son destin est lié à celui de Fahmi, jeune palestinien qui n'aspire qu'à la paix, entrer un peu sans l'avoir voulu dans le terrorisme plongé dans un profond coma, dont nous suivons le récit depuis son inconscient alors qu'il repose sur un lit d'hôpital.
Sans manichéisme, Assaff Gavron dénonce l'absurdité du conflit israélo-palestinien, montrant combien il est difficile de vivre dans un État où la violence peut surgir à n'importe quel moment, mais aussi (et peut-être surtout) que l'humour a un pouvoir salvateur permettant de prendre de la distance même avec les situations les plus dramatiques.
Tel-Aviv, aujourd'hui. Eitan Enoch, Croc pour ses amis, prend le bus comme chaque matin. Une bombe explose et tous les passagers sont tués, sauf lui. Des attentats suicides auxquels il sera mêlé, il sortira chaque fois vivant. Il devient alors «symbole de la résistance» pour les uns et une cible à abattre pour les autres.
Jérusalem, une chambre d'hôpital. Fahmi, jeune Palestinien devenu terroriste par la force des choses, lutte entre la vie et la mort et se demande comment il en est arrivé là.
Une tragi-comédie qui peint à vif, à travers deux destins que tout oppose, l'absurdité de la vie quotidienne et la réalité bizarre et sanglante de la guerre.
Transcendé par l'humour, le roman fait voler en éclats les clichés pour saisir l'ambiguïté du conflit israélo-palestinien.
Assaf Gavron, né en en 1968, a grandi à Jérusalem. Il est un des auteurs majeurs de la jeune génération aux côtés de Samir El-Youssef, Palestinien, ou Etgar Keret, Israélien. Croc attack est son premier roman traduit en français.
Les romanciers israéliens évoquent souvent la guerre qui déchire leur pays mais ils se contentent pour la plupart de la tenir à distance, comme un spectre lointain. Ceux qui l'affrontent de plein fouet sont rares. Etgar Keret, dans certaines de ses nouvelles. Ron Leshem, dans l'effrayant Beaufort. Et, aujourd'hui, Assaf Gavron. Né en 1968, il a grandi à Jérusalem et a signé en 2006 Croc Attack, un roman qui ne nous épargne rien des horreurs du conflit israélo-palestinien mais qui, aux drames et aux noirceurs du quotidien, ajoute le baume de l'humour, pour les conjurer, pour les rendre supportables.
Comme chaque matin, j'avais sauté dans le 9 bis pour aller au travail. Il s'agit d'un taxi collectif de la taille d'un minibus effectuant le trajet de la ligne numéro 9. En fait, c'est un hybride, un croisement entre un autobus et un taxi. Il a les avantages de l'un et de l'autre : il suit un itinéraire immuable, il n'est pas plus cher que le bus, et puis on peut monter et descendre quand on veut.
Depuis le début de la vague d'attentats, j'empruntais systématiquement le 9 bis pour effectuer l'aller-retour entre mon bureau et mon domicile. Et même si le 9 arrivait avant le minibus, je préférais m'abstenir. L'autobus est une cible facile pour un terroriste. Surtout le 9, toujours bondé et qui, en plus, a déjà explosé dans un attentat. Je n'étais pas totalement convaincu, mais j'avais juré à Douchi de ne pas déroger à mes habitudes. Je croyais que le 9 bis serait épargné. Primo, il ne transporte que dix passagers au maximum, onze avec le chauffeur. Deuzio, vu qu'il n'y a qu'une porte à l'avant, le conducteur peut surveiller qui embarque.
Ce jour-là, je l'avais pris à l'endroit habituel. Il était environ neuf heures, en ce matin d'hiver. Un pâle soleil brillait dans le ciel limpide, et des feuilles mouillées jonchaient le boulevard.
À la hauteur de la rue Dizengoff, une vieille dame m'a apostrophé :
«Il ne vous paraît pas louche, celui-là ?» a-t-elle lancé en lorgnant un type brun coiffé d'un bonnet de laine grise, une housse à vêtements à la main, quelques rangées devant nous.
Je l'ai observé en douce. La ceinture d'explosifs était à la mode. C'était assez mince pour être attaché autour du corps, alors qui sait s'il n'en transportait pas dans sa housse ?
«N'exagérons pas, il n'a pas l'air dangereux, je trouve. Vous vous inquiétez pour rien.»
Elle m'a jeté un regard aigre et s'est tournée vers un jeune homme assis au fond à côté de nous. Elle lui a murmuré quelque chose à l'oreille. Il a regardé en direction du suspect et a fait non de la tête avec un geste vague de la main. Encore une parano, ai-je pensé. Ils l'étaient tous, dans ce pays. On ne pouvait plus monter dans un bus si on avait la peau mate ou quoi ?
Quelqu'un via le central radio constatait que c'était le calme plat ce matin-là, on se serait cru dans un cimetière. Au bulletin d'informations, on a parlé d'un attentat à Wadi Ara. Les passagers écoutaient en silence. A suivi une chanson, je ne me rappelle plus laquelle.
La vieille est descendue rue Jabotinsky. Elle se méfiait. En sortant, elle a dévisagé le brun à la housse et au bonnet de laine. Il lui a rendu son regard. Sur le moment, je n'ai pas pensé que cet échange avait une quelconque signification. L'idée qu'elle avait raison, que je devrais l'imiter m'a traversé l'esprit, mais je l'ai vite chassée. Ma sécurité n'était pas vraiment au centre de mes préoccupations. Je serais descendu si j'avais eu du temps à perdre, mais ce n'était pas le cas. Comme tout le monde, non ?
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