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Auteur : Éric Fassin | Véronique Margron
Date de saisie : 14/12/2011
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Salvator, Paris, France
Collection : Controverses
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-7067-0850-3
GENCOD : 9782706708503
Sorti le : 27/09/2011
La différence sexuelle, que la Bible met en avant, est-elle «construite» ou irréductible ? Est-elle ce qui ouvre l'être humain à l'altérité ou bien une contrainte sociale ? À l'heure de la théorie du «genre», de la procréation «choisie», de la remise en question des certitudes en matière de différenciation sexuelle, la sexualité devient un domaine politique où sont explorés tous les possibles.
Il importe de pouvoir mesurer les enjeux des tentatives de remodelage de l'histoire commune. Ce débat offre des éléments concrets pour un clair discernement.
Éric Fassin, sociologue et américaniste, est professeur agrégé à l'École normale supérieure (Paris). Ses recherches portent sur l'actualité des questions sexuelles et des questions raciales. Il est l'auteur, notamment, de : L'Inversion de la question homosexuelle (2008), Les chrétiens et la sexualité au temps du sida (avec L. Basset et Th. Radcliffe. 2007).
Véronique Margron, dominicaine, est professeur de théologie morale à l'Université catholique de l'Ouest (Angers), dont elle a été le doyen de 2004 à 2010. Collaboratrice à La Vie, Croire, etc., elle est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont : Fragiles Existences (avec Cl. Plettner, 2010), Vivre par tous les temps (avec L. Basset. 2008, Libre Traversée de Évangile (2007).
Dans la grande tradition médiévale était organisée une disputatio dans la cathédrale de Rouen. Le débat, retranscrit dans un livre récent, portait sur le sujet : "Homme, femme, quelle différence ?" Véronique Margron, théologienne, s'inscrivit en faux contre les gender studies, affirma le caractère naturel de la différence des sexes, et s'appuya pour ce faire sur la Genèse, dont elle proposa une lecture extensive...
Face à la théologienne, Eric Fassin était donc dans le rôle de l'avocat du diable. Comme il le montra, "beaucoup sont tentés de présenter le mariage et la famille, sans craindre le paradoxe, voire l'oxymore, comme des institutions naturelles". Or, les positions catholiques en la matière sont bien souvent contradictoires...
Par ailleurs, si la différence des sexes, et l'hétérosexualité qui semble en découler, est naturelle, pourquoi l'Eglise met-elle tant d'énergie à en faire une norme absolue ?
Signe des temps : du genre au sexe
On ne peut qu'être impressionné de prendre la parole dans un tel cadre. Je vous remercie d'autant plus de m'avoir convié à m'exprimer dans cette magnifique cathédrale de Rouen - et je suis d'autant plus reconnaissant à Véronique Margron de jouer ainsi le jeu de la disputatio avec moi - que mes engagements, tant intellectuels que politiques, en matière de genre et de sexualité n'y sont pas forcément, si j'ose dire, en odeur de sainteté...
Dénaturaliser le sexe
«Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs» : cette adresse traditionnelle, qui aurait pu ouvrir mon propos, comment l'entendons-nous aujourd'hui ? Derrière la convention qui organise ces catégories, d'une telle banalité qu'on y prête rarement attention, ressort désormais la norme qui organise le public en catégories sexuées et sexuelles. «Sexuées» d'abord, puisque la formule implique le partage entre hommes et femmes, posé comme une évidence. «Sexuelles» ensuite, parce qu'on distingue parmi les femmes en fonction de leur statut conjugal : Mademoiselle ou Madame, selon qu'une femme est mariée ou non. Il s'agit donc de genre et de sexualité - et même du croisement des deux; le langage le montre aussi, le mariage définit un peu moins l'homme : marié ou pas, c'est toujours Monsieur !
«Homme, femme, quelle différence ?» La distinction, réputée naturelle, n'en requiert pas moins la validation d'une institution sociale. N'est-ce pas justement la preuve que la nature ne suffit pas à définir la différence des sexes ?
Et c'est plus vrai encore pour les femmes, qui, dans notre société, sont pourtant davantage renvoyées du côté de la nature, censée définir leur nature. L'Église catholique participe bien sûr de cette légitimation de la différence des sexes, dont elle fait un sacrement ; elle soutient donc le mariage, à condition qu'il reste en dehors de l'Église : la famille ecclésiastique ne connaît que des Pères, des Frères et des Soeurs, et non des époux. La logique s'inverse donc selon qu'on parle du monde ou de l'Église, dans une logique pastorale ou ecclésiale.
Signe des temps ? Hier encore, la question qui nous réunit n'en était pas une. Il n'y aurait pas eu matière à disputatio, mais simplement un constat : la différence des sexes ne pouvait qu'être affirmée. Or ce qui allait sans dire demande maintenant à être explicité, et se trouve en conséquence mis en question. Ainsi, c'est bien un fait d'époque si le point d'exclamation («Homme, femme, quelle différence !») cède la place au point d'interrogation («Homme, femme, quelle différence ?»). Cette question en soulève aussitôt une autre : faut-il s'en inquiéter ? ou s'en réjouir ?
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