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Auteur : Marina Ivanovna Tsvetaeva
Traducteur : Nadine Dubourvieux | Luba Jurgenson | Véronique Lossky
Date de saisie : 20/11/2011
Genre : Littérature, essais
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Le don des langues
Prix : 38.00 € / 249.26 F
ISBN : 9782020869782
GENCOD : 9782020869782
Sorti le : 30/10/2011
L'édition des Oeuvres est assurée par Véronique Lossky et Tzvetan Todorov, les traductions sont de Nadine Dubourvieux, Luba Jurgenson et Véronique Lossky.
Marina Tsvetaeva (1892-1941) est l'un des plus grands écrivains de langue russe du XXe siècle. En France, pays où elle a vécu quatorze ans (1925-1939) et dont elle a pratiqué la langue au point de s'en servir pour écrire certaines de ses oeuvres, elle reste encore mal connue. Pour la première fois, une édition annotée et commentée présente l'ensemble de ses textes en prose -de nombreux inédits et de nouvelles versions de textes antérieurement traduits.
Ce tome II des Oeuvres est constitué de deux ensembles. Les récits, qui proposent une saisissante description de la vie en Russie au lendemain de la Révolution, de courtes nouvelles évoquant l'expérience des émigrés russes à Paris, et des souvenirs mêlant réalité et fiction. Et les essais, qui offrent une méditation sur l'amour entre femmes et sur la maternité, des études sur les artistes favoris de Tsvetaeva (Pouchkine, Gontcharova, Rilke, Pasternak), ainsi que les fragments d'un livre inachevé écrit pendant son séjour en France, exposant sa conception de la poésie.
Collection dirigée par Anne Frever-Mauthner
Extrait de la préface
Les récits et essais de Marina Tsvetaeva
Marina Tsvetaeva, l'un des plus grands écrivains du XXe siècle, a passé toute sa vie adulte dans des conditions difficiles - famine, froid, maladies dans la Russie au lendemain de la Révolution (1917-1922), grande misère pendant son émigration en Tchécoslovaquie et en France (1922-1939) -, et pourtant elle a laissé une oeuvre imposante. En dehors même des volumes contenant sa correspondance et ses carnets, qui n'avaient pas été destinés à la publication, ses Oeuvres en russe comportent trois volumes réunissant ses poèmes et ses pièces de théâtre, et deux consacrés à la prose. Poète fulgurant, immensément populaire dans son pays natal, elle parcourt aussi des chemins inexplorés dans ses oeuvres prosaïques, dont nous achevons aujourd'hui la publication en français.
Ce tome II inclut, comme le premier, des écrits en prose qui datent tous de ses années d'émigration. Nous avions réuni dans le précédent volume les textes dont l'orientation autobiographique était dominante, que ce soit des souvenirs d'enfance et de jeunesse ou des portraits de contemporains, et qui permettaient de reconstituer une sorte d'autobiographie lyrique de Tsvetaeva, couvrant les trente premières années de son existence (1892-1922). Ceux qui forment le présent ensemble n'excluent pas les références à la vie de l'auteur (Tsvetaeva n'a jamais écrit de texte de pure fiction), mais celle-ci n'y joue plus un rôle aussi central. Pour caractériser ces écrits, qui ne correspondent à aucun genre répertorié, elle emploie parfois l'expression «prose lyrique». Or le terme «lyrique» évoque pour elle à la fois : une forme de composition qui ne suit pas strictement l'ordre de succession temporelle ni l'enchaînement de cause à effet, mais épouse le procédé de «thème et variations», par rapprochements et contrastes ; et une présence constante de l'auteur, une coloration subjective du monde représenté. Entre son journal intime et ses réflexions abstraites sur l'art et la vie, en passant par l'évocation de la vie des autres, on ne trouve jamais de solution de continuité.
Comme ses autres textes en prose, mais aussi comme ses poésies, les textes réunis ici se caractérisent également par ce que Tsvetaeva appelle dans l'un d'entre eux sa «tendance à l'ascétisme» (Indices terrestres, p. 161), c'est-à-dire le souci de les rendre aussi laconiques et denses que possible, en éliminant tout ce qui lui paraît dispensable. Sa manière d'écrire de la prose, commente-t-elle dans une lettre, est marquée par «l'aspiration de chaque mot à l'absolu"». Son attention scrupuleuse se porte même en deçà des mots. Lorsqu'elle publie en revue l'un de ses textes (Le Poète et la Critique), elle met en garde le rédacteur : «Dans cette pièce il ne doit y avoir aucune coquille. Je réponds de chaque mot», et ajoute des précisions concernant les italiques, les guillemets et la disposition des alinéas... Les exigences auxquelles elle soumet son travail sur le verbe sont strictes !
L'unité stylistique de ces textes n'empêche pas qu'ils se répartissent entre deux grands pôles, celui de la narration et celui de la réflexion. Le premier correspond à des évocations d'expériences personnelles, mais qui ne sont pas formulées selon le mode du mémorialiste, comme pour les chapitres du tome I des Oeuvres. Le second désigne l'ensemble de ses articles, études et essais dans lesquels Tsvetaeva expose ses opinions sur des oeuvres particulières ou la création littéraire en général, l'art ou l'amour, la politique ou l'histoire. Pourtant, même cette répartition en apparence claire est souvent mise en question par Tsvetaeva, et nous-mêmes avons parfois hésité jusqu'au dernier moment sur la place qu'il fallait attribuer à tel ou tel texte.
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