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.. Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe

Couverture du livre Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe

Auteur : Andrew O'Hagan

Traducteur : Cécile Deniard

Date de saisie : 15/12/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Points, Paris, France

Collection : Points

Prix : 7.00 € / 45.92 F

ISBN : 978-2-7578-2400-9

GENCOD : 9782757824009

Sorti le : 27/10/2011

Les chiens ont de la chance : ils peuvent s'introduire en toute impunité là où la plupart des humains sont éconduits ! Tel est le cas de Maf, au pedigree irréprochable, qui a passé des mains de Vanessa Bell - la soeur aînée de Virginia Woolf - à celles de Natalie Wood, puis de Frank Sinatra, enfin à celles de Marilyn Monroe, aux dernières années de sa vie. Un brin intellectuel et snob - il a hérité du collier de Pinker, la chienne de Vita Sackville-West, compagne de Virginia Woolf à une certaine époque - ce dernier nous entraîne dans un voyage sentimental, amusant et inventif pour tous les amoureux de la vie culturelle américaine. Car il a voix humaine, Maf ! Avec un penchant pour la philosophie et la littérature - au fil de quelques passages savoureux consacrés à Aristote, Descartes ou Montaigne - il est un incorrigible optimiste qui, servi par des dialogues souvent désopilants jette sur ce petit monde en pleine mutation un regard tendre et plein de malice.

Bien sûr, les rencontres les plus illustres de Maf - diminutif de Mafia Honey - gravitent autour de Hollywood, avec une Nathalie Wood qui se fait constamment un film ou Frank Sinatra dépeint comme un crooner frustre, vulgaire, dépourvu de culture et paranoïaque. A son contact, Maf nous réserve les chapitres les plus hilarants de cette histoire. On y croise ainsi Georges Cukor, Ernst Lubitsch, Liliane Gish, Peter Lawford ou John Wayne dont Frankie dresse un portrait peu flatteur : «Ca fait trente ans que ce mec est à côté de la plaque. C'est un taré. (...) Je vais te dire, princesse. Ce type enverrait un millier de gars qui valent mieux que lui en prison rien que pour montrer que c'est lui le gros dur qui fait la police en ville. Il brûlerait un millier de livres plutôt que d'avoir à en lire un.»

Mais le coeur de ce roman délicieux et sympathique est voué à Marilyn Monroe. Pas de révélations fracassantes sur les circonstances de sa mort ou ses liens avec le clan des Kennedy, car Andrew O'Hagan s'attache surtout à la personnalité intérieure de son idole : Sa solitude, sa tristesse, sa quête du respect des autres, son manque de confiance sur la scène et dans la vie, sa soif de connaissance, son chemin de douleur qui aboutit à un excès de pilules un certain samedi soir. Un tableau attachant et follement drôle à la fois, car de l'humour, elle en n'en manque pas, cette prétendue ravissante idiote... Un très beau moment du roman se déroule devant la tombe de sa meilleure amie, Alice Tuttle, emportée par une crise d'asthme à l'âge de douze ans : «Elle passe un moment à caresser l'inscription de la plaque, suivant chaque mot du doigt comme si elle voulait graver quelque chose de personnel dans sa loi d'airain. (...) Marilyn expliqua qu'elle voulait apporter des fleurs, mais qu'elle n'en avait pas, elle toucha la plaque et se toucha la bouche avant de prendre dix dollars dans sa pochette pour les mettre dans un petit vase en verre plein de poussière. L'herbe semblait très verte, comme de l'herbe de cinéma, mais le vent était réel.»

Maf survivra à tous ces héros de légende, nimbé de mélancolie et de reconnaissance. Il mourra néanmoins - comme tout le monde, me direz-vous ! - auprès de la gouvernante de Marilyn, Mme Murray, le jour de la démission de Richard Nixon...


  • Les présentations des éditeurs : 15/12/2011

Élevé par une soeur de Virginia Woolf, recueilli par la mère de l'actrice Natalie Wood puis récupéré par Sinatra, Maf échoit finalement à Marilyn Monroe. L'égérie de Hollywood s'entiche très vite de cet espiègle bichon savant, qui cite Keats aussi bien que Freud ! Et dans cette actrice qui affecte le sérieux en dépit d'un grand talent comique Maf trouve une femme qui a du chien.

«Les êtres humains s'inquiètent souvent à idée que le règne animal, comme on dit, les observe, parle d'eux et...»

Andrew O'Hagan est né à Glasgow en 1968. Journaliste et écrivain depuis une quinzaine d'années, il a été distingué par la revue Granta, en 2003, comme l'un des 20 meilleurs romanciers britanniques.

«Un régal d'érudition littéraire, de plaisanteries, de pastiches.»
La Quinzaine littéraire


  • Les courts extraits de livres : 15/12/2011

Mon histoire commence vraiment à Charleston, idéal séjour de lumière et de création en pleine campagne anglaise. Il faisait chaud cet été-là et les matinées se prolongeaient jusque tard dans l'après-midi, où le meilleur du jardin entrait dans la maison, ces fleurs arrangées dans des pots et auxquelles Vanessa offrait une seconde vie à ses heures fertiles. Elle était toujours là avec ses peintures, son regard, et la lumière tombait de la verrière pour embraser la possibilité de quelque chose de neuf. Elle avait ses bons et ses mauvais jours. Les bons jours, elle disposait ses pinceaux et savait que le moment était propice pour travailler lorsque tous ses souvenirs se changeaient en une apparence de sommeil.
Nous étions en juin 1960. Le jardinier venait d'apporter un plateau de digitales dans la cuisine, les fleurs mutines mais étourdies après une ou deux semaines d'abeilles. Je me trouvais dans un panier près du four lorsqu'une coccinelle traversa la table. «Il est mal tourné ou bien ? demanda l'insecte en grimpant sur une miette de pain.
- Il est juste fatigué, répondis-je. Il aurait besoin d'un thé.»
D'une gifle, M. Higgens balaya la terre de la table et la malheureuse bestiole avec. «Foutue dégueulasserie ici, dit-il. Grâce ! Tu les veux où ?»
Les hommes n'ont pas le sens du miracle. C'est la force de la réalité qui les façonne - une calamité, si vous voulez mon avis. Mais peu importe : j'ai eu la chance de connaître mon couple de peintres, Vanessa Bell et Duncan Grant, deux êtres qui, malgré toutes leurs différences, avaient en commun la volonté de rêver le monde dans lequel ils vivaient et de lui donner une forme permanente. Et quel bonheur ce fut de courir pataudement sur ces dalles du Sussex et de pourchasser les guêpes jaunes, pendant que je devenais peu à peu cet être délicieux que je suis : un de ces chiens que des aventures attendent à l'étranger et qui sont destinés à en faire le récit.
Il y a plusieurs choses que toute personne de goût se doit de savoir sur le chien moyen. D'abord, que nous adorons le foie et trouvons que c'est un schlurp, un miarm, un romph, un régal, surtout avec des saucisses. Ensuite, que nous détestons en général les chats, non pas pour les raisons habituelles, mais à cause de la préférence exclusive qu'ils montrent pour la poésie par rapport à la prose. Aucun chat n'a jamais fait de longs discours emporté par une belle prose. Alors que le plus grand talent du chien consiste à s'imprégner de tout ce qui présente de l'intérêt : nous nous pénétrons du meilleur de ce que savent nos maîtres et nous nous souvenons des pensées de ceux que nous croisons. Nous avons plutôt bonne mémoire et nous ne souffrons nullement de ce funeste travers des hommes qui les pousse à établir de grandes distinctions entre le réel et l'imaginaire.
Tout cela revient au même, plus ou moins. La nature nous en fournit un bel exemple, mais ce n'est plus là que les hommes vivent. Ils vivent dans un monde de leur invention.


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