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.. Chet Baker pense à son art

Couverture du livre Chet Baker pense à son art

Auteur : Enrique Vila-Matas

Traducteur : André Gabastou

Date de saisie : 07/12/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Mercure de France, Paris, France

Collection : Traits et portraits

Prix : 18.80 € / 123.32 F

ISBN : 978-2-7152-3235-8

GENCOD : 9782715232358

Sorti le : 13/10/2011

  • Le courrier des auteurs : 24/11/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Traducteur littéraire de l'espagnol au français. Auteurs espagnols : Bernardo Atxaga, Enrique Vila-Matas, Carmen Laforet, etc. Auteurs latino-américains : Adolfo Bioy Casares, Victoria Ocampo, Juan Carlos Onetti, etc.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'opposition plus apparente que réelle entre une littérature existentielle des plus exigeantes (Joyce) et la littérature populaire (Simenon). Le vainqueur n'est pas forcément celui que l'on croit.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
" J'aime la littérature qui n'est pas très sûre d'elle, qui se présente sous nos yeux comme un discours instable".

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Forcément Chet Baker.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Une petite musique littéraire au fond de la nuit.


  • Les présentations des éditeurs : 01/12/2011

«Je peux imaginer un critique immergé dans le vague flottement d'une nuit de sa vie, essayant d'écrire un long texte d'un genre qu'il appelle «fiction critique» et qui, presque sans s'en rendre compte, malgré la contrariété initiale que cela représente pour lui, se transforme en observateur et éventuel narrateur d'une histoire traditionnelle où il y a des personnages.
Tout se passe à Turin, dans une chambre de la rue du Pô, à deux pas de l'endroit où Xavier de Maistre a écrit son livre le plus célèbre, Voyage autour de ma chambre. Il a abandonné pour quelques jours sa femme et ses deux enfants à Madrid et a fait un voyage d'hiver, un voyage profondément solitaire.»

Dans cet autoportrait, Enrique Vila-Matas met en scène un critique littéraire qui n'est qu'un double de lui-même et qui essaye de faire le point sur ses goûts en littérature, sur sa propre vision du roman contemporain. Il hésite entre le radicalisme artistique de James Joyce dans Finnegans Wake et la prose plus classique mais non moins inventive de Simenon dans son roman Les fiançailles de M. Hire. C'est une grande plongée dans son métier d'écrivain, jouant sans cesse entre le vrai et le faux, saluant au passage les grandes figures de sa bibliothèque et mettant ainsi la littérature tout entière en abîme.
Un livre qui permet de comprendre toute l'oeuvre d'Enrique Vila-Matas, un des grands écrivains contemporains.



  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 7 décembre 2011

Paraissant dans une collection consacrée aux autoportraits d'artistes et proposant en guise d'incipit une photo de l'auteur enfant, plongé dans les pages d'un livre, ce bel essai d'Enrique Vila-Matas ne ressortit pas pour autant au genre autobiographique, ni à ce qu'on appelle la littérature de l'aveu...
Il y a beaucoup à savourer, à ­apprendre, à méditer au fil de cette démonstration, dans laquelle une certaine gravité transparaît, derrière l'érudition hautement fantaisiste et ironique.


  • La revue de presse Pierre Assouline - Le Monde du 24 novembre 2011

Pas l'ombre d'une funny Valentine dans ces pages. A peine si l'on voit passer la silhouette décharnée, la carcasse toute cabossée, le sourire édenté du grand Chet aux pages 124-125. Quoi alors ? Le travail de l'écrivain, une fois encore, puisque Vila-Matas ne cesse de se harceler avec ça. C'est un bartleby barcelonais qui aimerait juste mieux pas démêler le vrai du faux car il n'en sait plus rien. Presque pas d'action et pourtant on ne s'ennuie pas. Du jus de cerveau mais quel ! Tout est convoqué (et en premier lieu ses souvenirs autobiographiques) pour interroger l'art du roman dans un esprit affranchi de toute contrainte, digressif à souhait, indifférent à l'effet produit, uniquement soucieux de contenir sa mélancolie par un jeu avec la syntaxe...
Le résultat est aussi foutraque que plaisant. Comment en serait-il autrement lorsqu'on a conçu le projet dément d'exfiltrer Finn et Hire de leurs romans respectifs à seule fin d'organiser leur rencontre historique ?


  • La revue de presse Florence Noiville - Le Monde du 17 novembre 2011

Dans Chet Baker..., un écrivain s'interroge sur son rôle, justement. Avec cette même "conscience comique". A quoi sert-il ? Comment doit-il écrire ? Comme Joyce ou plutôt comme Simenon ? Qu'attend-on de lui aujourd'hui ? Réalisme littéraire ou expérimentalisme radical ? Attend-on même encore quelque chose... ? Il est minuit, dans une chambre d'hôtel, à Turin. L'homme - un des doubles innombrables de Vila-Matas - écoute en boucle l'"hymne gothique" de Bauhaus Bela Lugosi's Dead, et se demande s'il peut exister un lien entre "des genres littéraires d'autrefois" qui seraient, dit-il, "lisibles", et "la plus neuve, la toute dernière perception du monde" - ce qui le conduira à se demander si un artiste trahit nécessairement ses exigences en se rendant accessible au plus grand nombre. D'une certaine façon, le livre pourrait se résumer à cela : Vila-Matas nous fait entrer dans sa chambre d'hôtel, il referme la porte, accroche l'écriteau "Prière de ne pas déranger", et nous invite au voyage...
Pour Enrique Vila-Matas, il y a deux sortes de livres. Ceux qu'il associe à "une sorte de bruit désagréable et persistant dans la pièce d'à côté". Et ceux qui, sans qu'on sache toujours pourquoi, "transmettent du bonheur". C'est le cas des siens.


  • La revue de presse Patrick Kéchichian - La Croix du 9 novembre 2011

On le dirait indifférent, d'humeur égale, fuyant le pathétique et l'emphase, préférant toujours l'expérience à la théorie. À l'image du voyageur découvrant une ville étrangère - c'est un écrivain essentiellement urbain - il va d'un pas lent, curieux et attentif. Et nous avançons à sa suite, parfois décontenancés, mais toujours hardiment curieux. Même la mélancolie devient, grâce à lui, un air respirable, subtil, plein de nuances...
Mais il y a aussi, dans ce beau et étrange livre, mille autres pistes, vraies ou fausses, mille citations, dont quelques douteuses, autant de digressions, un centre introuvable enfin qui attire, retient et fait secrètement jubiler le lecteur.


  • Les courts extraits de livres : 01/12/2011

Il est minuit, en musique de fond passe Bela Lugosi's Dead par le groupe Nouvelle Vague, une musique qui ne m'empêche même pas de penser à la réalité «barbare, brutale, muette et sans signification des choses» dont parle Ortega. Je regarde par la fenêtre, je vois la vie inerte, et il me semble que cette réalité barbare et muette est particulièrement sensible aujourd'hui à tous ceux qui - comme le pensait déjà Musil - croient que n'existe plus en ce bas monde la simplicité inhérente à l'ordre narratif, cet ordre simple qui consiste à pouvoir dire parfois : «Voici ce qui s'est passé, puis il y a eu ceci, puis cela, et cetera.»
La séquence simple, l'illusoire succession des faits nous rassure. Cependant, il y a de grandes différences entre un récit confortable et la réalité brutale du monde : «Tout est désormais non narratif», disait Musil, habitué à un univers multidimensionnel, fragmentaire, un monde sans possibilités réelles d'accéder à un ordre comme celui qui a peut-être un jour existé et que Rilke crut entrevoir dans Les Cahiers de Malte Laurids Brigge : «Que l'on racontât, que l'on racontât vraiment, cela n'a dû arriver que bien avant mon temps. Je n'ai jamais entendu raconter personne.»
Je suis conscient - en enfant de mon temps - de n'avoir tout au plus entendu que de simples balbutiements prétendument aboutis et c'est peut-être pourquoi j'ai toujours trouvé parfaitement cynique ou ironique d'entendre parler, par exemple, de «nouvelle narration» ou de stupidités de ce genre. Malgré tout, je crois autant au divorce entre le récit confortable de quelque chose et la réalité non narrative du monde actuel qu'à la renaissance progressive de la narration sur la scène centrale de la culture. Autrement dit, de même que la non-narrativité (du moins du point de vue conventionnel) de Finnegans Wake de Joyce est de l'art pur, je considère comme parfaitement artistique un livre d'une aussi grande habileté narrative que Les Fiançailles de Mr. Hire de Simenon.
Je me contredis ? Joyce et Simenon sont-ils compatibles à ce point ? Que Finnegans Wake soit de l'art pur me semble une évidence. Lors de mes relectures obstinées et partielles de ce livre, j'ai eu plusieurs fois l'impression inénarrable (on ne saurait mieux dire) d'être en face du type d'écriture qui correspond le mieux à la vérité de la vie incompréhensible. Et je rappellerai seulement que Beckett disait que les écrivains réalistes produisent des oeuvres discursives parce qu'ils s'efforcent de parler des choses, d'un problème, alors que l'art authentique ne le fait pas : il est le sujet même, et non pas un travail sur les choses : «Finnegans Wake n'est pas de l'art sur quelque chose, c'est l'art en soi.»
Et ce livre angéliquement intitulé Les Fiançailles de Mr. Hire ? Peut-être s'éloigne-t-il légèrement de l'«art en soi» et s'agit-il d'une oeuvre discursive, il n'empêche que tout en lui est raconté avec une facile et énigmatique simplicité (pardonnez-moi la redondance), précisément avec la simplicité inhérente à l'ordre dont nous regrettons tant l'absence dans la réalité d'aujourd'hui, si peu solidaire de ces anciennes structures narratives que Rilke soupçonnait d'avoir un jour existé.


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