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Auteur : Artur Domoslawski
Traducteur : Laurence Dyèvre
Date de saisie : 25/11/2011
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Les Arènes, Paris, France
Collection : Biographie
Prix : 27.00 € / 177.11 F
ISBN : 978-2-35204-162-7
GENCOD : 9782352041627
Sorti le : 29/09/2011
Il a été le plus célèbre reporter de l'après-guerre et l'auteur inoubliable d'Ébène, du Shah ou du Négus.
Comment ce correspondant d'une petite agence de presse d'un pays socialiste s'est-il débrouillé seul, sans moyens ou presque, pour comprendre ce que tant d'autres journalistes, et non des moindres, n'avaient pas vu ?
Par quel miracle réussissait-il à pénétrer au coeur des choses au lieu de décrire la surface des événements ?
L'auteur est parti enquêter sur Kapu(...)ci(...)ski à la manière de Kapu(...)ci(...)ski. Pas d'accumulation de dates, de faits minuscules ou d'extraits de presse. Mais la quête troublante du secret d'un écrivain. Il trace le portrait saisissant d'un homme qui jongle avec le mensonge et la vérité.
Célébré par Garcia Márquez ou John Updike, «Kapu» a été statufié vivant, son nom circulait même pour le prix Nobel de littérature.
Ce livre nous rend la vérité de Kapu(...)ci(...)ski, avec ses faiblesses, ses attitudes déconcertantes, sa recréation permanente de la réalité et une capacité unique à transformer ses enquêtes en chefs-d'oeuvre..
Artur Domoslawski est grand reporter. Il travaille pour l'hebdomadaire polonais le plus influent, après avoir collaboré vingt ans au premier quotidien du pays. Il a été distingué comme «journaliste de l'année» en 2010. Son livre a été un best-seller considérable en Pologne.
Adapté par Jan Krauze
Traduit du polonais par Laurence Dyèvre
Le "je" de Kapuscinski en dit long sur le reporter (son narcissisme, ses coups de génie), mais peu sur le citoyen polonais et moins encore sur l'être intime. Son biographe, Artur Domostawski, le reconnaît volontiers : l'auteur d'Ebène est un homme masqué. Les révélations de Kapuscinski. Le vrai et le plus que vrai ont fait scandale en Pologne. On y découvre un journaliste possiblement bidonneur, que la collaboration avec les services de renseignement polonais ne choque pas et que la sacro-sainte vérité des faits n'empêche pas de dormir...
«La première chose qui frappe, c'est son sourire. Toujours et partout il sourit. Comme s'il n'éprouvait jamais de tristesse ni d'inquiétude, jamais de colère. S'il ne sourit pas, il est songeur, concentré. Embarrassé : «Je ne vous dérange pas ?» demandait-il en glissant une tête dans un bureau quand il passait au journal, à l'improviste ou lorsqu'il y avait un rendez-vous. Il avait un sourire d'excuse un peu confus. Un sourire de défense, qui lui ménageait la possibilité d'un repli.
J'ai entendu cent fois parler de ce sourire. Il avait le même pour accueillir un ami de très longue date, une amie qu'il voyait de temps en temps, un journaliste avec lequel il devait négocier, ou encore une étudiante venue lui soumettre un mémoire de maîtrise sur son oeuvre. «Ah ! Il est tellement modeste !», «Il vous prête une oreille si attentive !», «Nous sommes amis.» Cette impression était générale.
J'ai donc été surpris, au début de mon voyage à travers sa vie, d'entendre certaines de ses vieilles connaissances extirper de leur mémoire des anecdotes, des situations, et terminer leur récit avant même d'avoir commencé à raconter l'histoire que j'attendais : «C'est fou ! Dire qu'on s'est connus pendant des dizaines d'années et que je ne sais pratiquement rien de lui !» Chaque rencontre leur donnait le sentiment d'un échange passionnant, inoubliable, et voilà qu'ils prenaient conscience d'avoir été les seuls à parler, qu'il n'avait fait que les écouter.
«Son sourire était un masque qui est devenu au fil du temps une seconde nature, dit une de ses vieilles amies, qui l'a vraiment bien connu. Sa modestie était de la fausse modestie. On peut tout dire de lui sauf qu'il était modeste. Il avait une très haute opinion de sa personne, il estimait qu'il avait des choses à dire dont les gens n'avaient pas idée.» Son apparente modestie tenait à sa gentillesse, à sa bienveillance, il n'était pas prétentieux, nous en convenons. Je dis à son amie que je ne sais pas trop par où commencer cette biographie, peut-être justement par ces réactions à son sourire. Car un sourire qui est le même pour chacun ne peut pas être fait que de gentillesse, il doit cacher quelque chose. Qu'en pense-t-elle ? «Son sourire désarmait les gens susceptibles de lui nuire : les militaires africains qui auraient pu l'exécuter quand il traversait des zones interdites, les dirigeants du Parti qui décidaient de ses missions à l'étranger, les envieux potentiels, assez nombreux dans le milieu du journalisme. Cherchez s'il n'a pas appris à sourire ainsi pendant la guerre, si ce n'est pas grâce à son sourire qu'il a eu la vie sauve.»
«Ce n'est pas faux, dit l'un de ses plus proches amis auquel je raconte la précédente conversation, mais on peut certainement y voir autre chose. J'ai toujours eu l'impression qu'il vivait dans un monde de secrets, qu'il cachait beaucoup de secrets à ses amis, à ses proches. Et à lui-même. Oui, on peut aussi avoir des secrets pour soi. Il avait ses secrets, d'ordre personnel et politique, des secrets d'écrivain. Sa célébrité aurait dû lui donner de l'assurance, le détendre, mais quelque chose le rongeait. Je le voyais à son regard, à sa démarche. Son sourire, sa douceur étaient là pour faire croire à chacun qu'il l'aimait bien et qu'il l'écoutait, même quand les gens disaient des bêtises.»
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