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.. Matin de silence : poème

Couverture du livre Matin de silence : poème

Auteur : Claude Margat

Préface : Bernard Noël

Date de saisie : 24/11/2011

Genre : Poésie

Editeur : Escampette, Chauvigny, France

Collection : Poésie

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 9782356080356

GENCOD : 9782356080356

Sorti le : 15/11/2011

  • Les présentations des éditeurs : 24/11/2011

Le fugace est saisi et métamorphosé en trace. Le poème réfléchit cette opération et la rend sensible dans son espace. L'ombre, alors, bat comme une aile que les yeux ne voient pas : elle est à l'intérieur de la vue. Elle indique, non sans ironie, que l'essentiel va d'un mot à l'autre sans que cette circulation, qui est seulement lisible, se donne à voir. Ce qu'on ne voit pas, tout en percevant sa présence, est pareil à l'oubli, qui renferme la disparition tout en étant, et lui seul, propice à l'apparition. D'où ces deux vers d'une évidence inépuisable : «le ciel est un manteau lucide / l'oubli s'y cache pour penser».

Bernard Noël

d'un mot à l'autre
passe un temps cohérent

du temps qui passe
au temps passé
d'une lampe à l'autre
attente encore
attente toujours

Né à Rochefort-sur-Mer en 1945, Claude Margat est romancier, poète, essayiste et peintre. Imprégné de culture chinoise, proche de l'académicien François Cheng et de la sinologue Yolaine Escande, il peint, depuis 1990, de grands paysages à l'encre de Chine. Deux missions Stendhal l'ont conduit en Chine où il a exposé ses peintures et rencontré deux grands calligraphies, Qin Zhu Yi et Li Shou Ping.
Il a publié des romans chez Flammarion (Tous les jours, Ménagerie), des recueils de poèmes chez Unes {Carte d'identité, Je contemplais, Vers le ciel, Regard dedans) et des essais à La Différence (Poussière du Guangxi, L'horizon des cent pas, Daoren) et beaucoup de livres d'artistes avec différents peintres.

En poésie, il est très proche de Bernard Noël qui préface ce nouveau livre.
Poésie du regard et du dépouillement, de la recherche de l'équilibre physique et spirituel.
Ce qui impressionne, c'est la perfection de la parole pour parvenir à rendre évident la complexité du rapport au monde. En cela, le poète rejoint le calligraphie.


  • Les courts extraits de livres : 24/11/2011

LE SILENCE ET LA PREUVE

Les mots ne sont pas les choses. Le poème remet les mots à leur place : il fait d'eux ses choses. Mais il fait ce qu'il fait sans le dire. Il est là, sur la page, dans un empilement de lignes qui n'est qu'à lui : c'est son visage et c'est également son masque. Ainsi, on le reconnaît sans pour autant le connaître. On voit sa forme sans voir qu'elle crée un bord, une limite discrète et pourtant excessive à partir de laquelle on passe du lisible à l'invisible.
Le glissement est si naturel qu'il n'alerte pas forcément la conscience. De même se laisse-t-on occuper par la pensée. Il n'existe pas de mot pour signifier l'état du corps en proie à cette occupation. Et que sait-on de soi quand on voit l'invisible ? Il y a des contradictions imperceptibles parce qu'elles sont fondatrices : les percevoir mettrait peut-être à mal le processus dont elles sont l'origine. Certaines expériences se suffisent dans l'instant où elles ont lieu. Comment expliquer, par exemple, que l'explication assassine ce qu'elle prétend éclairer en le réduisant au peu qu'elle est ? Un «nerf d'azur / mis à nu» est heureusement inexplicable, sauf à mettre en face deux autres vers de Claude Margat : «la lumière y devint un ange / agonisant sur l'étendue».
Rien à expliquer et tout à comprendre : la raison et sa logique sont obligées de constater qu'il y a de la lumière dans l'obscur. Quelle région du corps s'en trouve-t-elle éclairée ? La raison évite cette question parce que, pour y répondre, il faudrait qu'elle se conteste elle-même. L'étonnant est que cette contestation est la «raison» du poème, mais qui ose lui donner ce nom au lieu d'avoir recours au mystère ? Il en va de cette «raison» comme de fermer les yeux pour voir. Il se peut qu'on accepte cette formule pour sa qualité poétique alors que c'est le commencement de la réalité. Margat écrit : «en changeant de pensée / on change tout simplement de vie»...
Qui croit encore à la possibilité de changer la vie ? Mais qui ouvre encore les yeux sur autre chose que l'image qu'il se fait (ou qu'on lui a faite) de la vie ? Tout dépend de cette différence qui met en nous le dehors dedans et l'inverse réciproquement. La pensée tire sa force de la capacité d'invasion qui la précipite dans le poème tandis que les mots en sortent pour laisser la place à l'air dont les choses sont faites quand elles entrent en tête. Cet échange est le mouvement de la respiration de la pensée : «la vie sans fond / en est le silence et la preuve».
Le mouvement change l'espace en son trajet. Ce trajet est aussi mouvant que concret. Sa matière est le sens, qui va toujours interminablement. Le poème le fixe à l'intérieur de sa forme, et cependant ne l'y enclot pas. Si l'on contemple cette forme, on perçoit le vide, qui n'est pas le rien, au contraire, car il assure l'expansion du sens. Ce qui palpite là, parmi les syllabes porteuses de son rythme, résonne bien au-delà en appelant un autre poème : «... la métamorphose / naît de deux ombres séparées».

(...)


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