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Auteur : Léonor de Recondo
Date de saisie : 03/03/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782848051079
GENCOD : 9782848051079
Sorti le : 12/01/2012
Oublier ses rêves, continuer d'avancer dans la dignité malgré la nostalgie, l'incertitude, les privations, c'est ce que fait chacun des membres de cette famille d'exilés espagnols. Autour d'Ama qui tient un journal secret, son mari, ses enfants, parents et frères, tous unis dans l'adversité, tous confrontés à la douleur de l'exil et à un quotidien difficile et menaçant. Chacun s'y prend à sa façon : le mari, ancien chef d'entreprise devient métayer, les frères, un temps internés au camp de Gurs, militent contre le franquisme et le nazisme, les enfants se plongent dans les études et les découvertes artistiques.
Il s'élève de cette chronique familiale intimiste une musique vibrante d'émotion contenue, bel hommage de la violoniste virtuose qu'est Léonor de Récondo à ses grands-parents paternels.
Quand il arrive à Irún où il espère rejoindre sa famille, Aïta trouve la maison vide. Le gâteau de riz abandonné révèle un départ précipité. En ce mois d'août 1936, le Pays basque espagnol risque de tomber entre les mains des franquistes. Aïta sait que ses beaux-frères sont des activistes.
Informé par une voisine, il parvient à retrouver les siens à Hendaye. Ama, leurs trois fils, les grands-parents et les oncles ont trouvé refuge dans une maison amie. Aucun d'eux ne sait encore qu'ils ne reviendront pas en Espagne.
Être ensemble, c'est tout ce qui compte : au fil des années, cette simple phrase sera leur raison de vivre. Malgré le danger, la nostalgie et les conditions difficiles - pour nourrir sa famille, Aïta travaille comme ouvrier à l'usine d'armement, lui qui dirigeait une fabrique de céramique.
En 1939, quand les oncles sont arrêtés et internés au camp de Gurs, il faut fuir plus loin encore. Tous se retrouvent alors au coeur de la nature, dans une ferme des Landes. La rumeur du monde plane sur leur vie frugale, rythmée par le labeur quotidien : les Allemands, non loin, surveillent la centrale électrique voisine, et les oncles, libérés, poursuivent leurs activités clandestines.
Écrit comme pour lutter contre la fuite des jours, le carnet où Ama consigne souvenirs, émotions et secrets donne à ce très beau roman une intensité et une profondeur particulières.
Léonor de Récondo, en peu de mots, fait surgir des images fortes pour rendre à cette famille d'exilés un hommage où une pudique retenue exclut le pathos.
Née en 1976, LÉONOR DE RÉCONDO vit à Paris. Violoniste virtuose, elle se produit régulièrement avec de nombreuses formations, comme Les Talens Lyriques, La Petite Bande ou L'Yriade, ensemble de musique baroque qu'elle a fondé en 2004. Elle a également enregistré des CD et des DVD.
Aïta est assis sur le lit défait, il tient sa tête entre ses mains. Partir maintenant. Ces mots martèlent sa pensée. Partir maintenant à Irún. Il se lève, fait quelques pas dans la chambre. Il jette un coup d'oeil distrait au miroir qui surplombe la commode. Il scrute un instant cette vie qu'il laisse. Pour combien de temps ? Quelques mois, tout au plus. Le temps de retrouver Ama et les enfants.
Être ensemble, c'est tout ce qui compte.
Il s'approche de la commode et prend une des photos encadrées, celle qu'il préfère, celle qu'il regarde chaque soir avant de se coucher. Il y a Ama et son sourire, Ama et leurs trois fils. Le petit est dans ses bras, les deux autres s'accrochent à sa jupe. Bonheur furtif, piégé sur du papier, volé par lui un après-midi ensoleillé, alors qu'ils se promenaient dans les jardins d'Aranjuez, cette ville qu'il doit quitter. Il sort la photo de son cadre en verre biseauté. Il la caresse du regard, puis la glisse dans la poche de sa chemise.
Être ensemble, c'est tout ce qui compte.
Mais comment partir sans se faire tuer ? Un léger rire secoue ses épaules, il n'avait jamais imaginé se poser un jour une telle question. Et pourtant, cette réalité est bien là.
Aïta revoit la scène du restaurant qui s'est déroulée quelques instants auparavant.
Lui est installé à sa table habituelle, deux hommes se sont assis au bar. Ils parlent fort, méprisant tous ceux qui les entourent. Ils sont entrés sûrs de leur fait et commandent deux verres à Miguel. Puis encore deux.
Aïta ne les écoute pas, il mange en lisant le journal comme il le fait chaque jour quand Ama et les enfants séjournent à Irún. Les nouvelles sont mauvaises, le Pays basque tombe aux mains des franquistes. S'il ne se sent pas directement menacé à Aranjuez, il sait que le danger pointe pour la famille d'Ama. L'éloignement lui pèse.
Comment vont-ils ?
Miguel lui apporte un café serré, il y plonge trois sucres. C'est trop, tu vas te rendre malade, dirait Ama, son amour. Il sourit. Les voix moqueuses des deux types le sortent brutalement de sa rêverie.
- Tu vois celui qui boit son café près de la fenêtre, on se le fait. C'est un vendu, un directeur, un bourreau d'ouvriers !
Aïta les regarde sans comprendre tout à fait. Ce doit être de lui dont ils parlent puisqu'il boit un café et qu'il est près d'une fenêtre.
Les deux types sont éméchés, énervés. L'un d'eux écarte les pans de sa veste et laisse insidieusement briller la crosse de son pistolet
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