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Auteur : Jaakko Hintikka
Préface : Nadine Lavand
Traducteur : Nadine Lavand
Date de saisie : 30/11/2011
Genre : Philosophie
Editeur : Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, France
Collection : Opuscule phi, n° 30
Prix : 28.00 € / 183.67 F
ISBN : 9782757403587
GENCOD : 9782757403587
Sorti le : 01/12/2011
Les articles présentés et traduits dans le présent ouvrage, réunis sous un titre qu'approuva l'auteur lors de sa première publication, portent sur la période qui s'ouvre peu d'années après la publication de Knowledge and Belief et qui s'étend jusqu'aux prémices des découvertes qui ont relancé une recherche particulièrement féconde - la sémantique des jeux, parfois plus connue sous l'acronyme de GTS, et la Logique IF, ou Indépendance Friendly Logic, développée avec Gabriel Sandu. L'intentionnalité et les mondes possibles montre jusqu'où la sémantique des mondes possibles permet de rendre compte de l'intentionnalité et d'en explorer les multiples dimensions : les six articles dégagent les méthodes et les directions de recherche ainsi ouvertes.
Une postface de la traductrice les met en perspective relativement aux aboutissements actuels des travaux de Hintikka, en explorant sommairement certaines des méthodes et des recherches des deux premières décennies du vingt et unième siècle - occasion de s'apercevoir que l'épistémologie générale et spéciale, l'informatique théorique contemporaine aussi bien que l'exploration de la nature de la métaphore trouvent à se nourrir de la relance permanente du questionnement assurée par l'enquête-Hintikka, et ce, parfois, de manière très surprenante.
Jaakko Hintikka, né en Finlande, à Vantaa, en 1929, aujourd'hui Professeur à Boston, s'est vu décerner le Rolf Schock Prize en 2005 pour «ses contributions pionnières à l'analyse logique des concepts modaux, en particulier les concepts de connaissance et de croyance». Ce couronnement est celui d'une oeuvre de haute portée dont l'arcature soulignée par l'Académie des Sciences de Suède doit être saisie depuis la publication de Knowledge and Belief, en 1962, à Socratic Epistemology, Explorations of Knowledge-Seeking by Questionning, en 2007.
Le vingtième siècle naquit de lire comme systèmes, justiciables d'une approche formelle, ces facultés, longtemps tenues pour essentiellement humaines, parole et raison, et d'oublier qu'elles ne se réalisaient qu'en des actes. Il consomma de la sorte une rupture qui se monnaie en la construction de substituts technologiques à certaines de nos fonctions mentales. Or, tandis qu'avec lenteur, et en ordre dispersé, la linguistique, par delà Saussure, découvre «l'homme de parole», la logique, ici et là soupçonnant Frege, renoue avec l'homme de raison qu'elle oublie enfin d'oublier.
La France doit à cette anamnèse quelques lumineux travaux dont certains se signalent par l'usage de la sémantique des mondes possibles à des fins d'analyse conceptuelle. Or, si nous entendons dire, avec insistance, qu'il y aurait là quelque relent de scolastique, nous chercherions en vain, dans nos frontières, un débat explicite sur la légitimité d'une pratique, vivante pour les uns, suspecte pour d'autres. Il manque à cette marche qu'est, en la matière, la France (si, par marche, on entend ce lieu où les populations sont dispersées, les événements, rares, et maigres, les nouvelles du centre), de percevoir l'enjeu et la cohérence d'un débat, tenu en d'autres lieux, et dont elle n'intercepte que des fragments : parmi toutes les pièces à verser au dossier de l'usage philosophique de la sémantique des mondes possibles, quelles sont celles qui sont communément accessibles - en français ?
Sans doute est-ce le fait du hasard si, à Quine et à Searle seul Kripke peut être, jusqu'ici, opposé : hasard ou non, le débat s'en trouve tronqué. D'une certaine façon, Quine, qui juge que la logique intensionnelle n'a pas lieu d'être, et que l'étude des phénomènes intentionnels relève de la littérature 2a, rejoint Searle, qui, sans contester la possibilité technique d'une logique intensionnelle, soutient qu'elle ne saurait servir, sauf à confondre les mots et les choses, à l'étude de l'intentionnalité. Les textes de Kripke n'apportent sur ce point qu'une lumière partielle et partiale. Elle est partielle, dès lors qu'il n'utilise la sémantique des mondes possibles qu'à l'étude d'un seul groupe de concepts, celui des modalités aléthiques (nécessité et possibilité) où le philosophe reconnaîtra difficilement, a priori, l'intentionnalité plus immédiatement décelable dans les concepts de perception, croyance, savoir... Elle est partiale, sitôt qu'il utilise une version particulière de la des mondes possibles. Il est donc indispensable de prendre connaissance des arguments de Hintikka qui tire, de la sémantique des mondes possibles, une théorie de l'intentionnalité.
En donnant à lire quelques-uns de ses textes majeurs sur la question, nous ferons connaître, à partir d'un de ses moments, une philosophie originale. Si présenter un auteur est créer avec lui cette familiarité à partir de laquelle le lecteur pourra en cerner la spécificité, nous dirons Hintikka kantien. En témoigne une problématique (quelles sont les conditions de possibilité de la connaissance ?) qui, par delà la diversité des projets, et la fécondité des techniques, maintient dans l'oeuvre la cohérence d'un regard. Certes pour les déterminer Hintikka se tourne vers le discours, Kant vers le jugement, certes ce dernier puise aux sources aristotéliciennes, et Hintikka au jaillissement de l'invention formelle de son temps (à laquelle il contribue pour une part non négligeable). Pourtant, son refus de se perdre dans une rhapsodie de jeux de langage à la mode des analystes, comme dans la raideur de formalismes adéquats à la présentation d'un savoir déjà constitué, souligne une parenté que ces différences auraient pu occulter. L'application de modèles formels au discours est l'occasion de traquer ses rapports avec l'être, en une double interrogation : quelle est la teneur de nos catégories ontologiques, et, en particulier, de celle d'individu ? De quel ordre est le discours où la constitution s'en trame ? Voilà pourquoi le qualificatif de transcendantalisme discursif nous semble s'imposer.
Puisque Hintikka n'en appelle jamais aux modèles formels pour clore l'enquête en système, mais bien pour effectuer une expérimentation, l'unité du souci, qui fait celle de l'oeuvre, n'en exclut ni la scansion en étapes, ni le déploiement en des directions diverses, encore moins la confrontation critique avec l'histoire de la philosophie. L'utilisation de modèles logiques du premier ordre caractérise le premier temps de cette scansion, où prend place la théorie de l'intentionnalité selon la sémantique des mondes possibles. Nous situerons ce modèle dans sa genèse historique, puis dans le réseau des questions qui traversent l'oeuvre.
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