Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Jean-Luc Coatalem
Date de saisie : 25/04/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Dilettante, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 9782842636883
GENCOD : 9782842636883
Sorti le : 04/01/2012
Jean-Luc Coatalem a lu l'un des plus mystérieux livres de ces dernières années, l'Atlas des îles abandonnées (Arthaud), et il n'a pu, comme nous, rester insensible au charme puissant de cette collection de lieux où l'humain n'a pas souvent réussi à en imposer aux éléments. Sauf que lui est écrivain et qu'il a du talent, ce qu'il prouve depuis Petite Papouasie, paru il y a vingt-cinq et Zone tropicale édité par Le Dilettante à l'aube de son histoire. Son sang d'encre n'a fait qu'un tour pour imaginer un roman, Le Gouverneur d'Antipodia, dont l'inquiétante beauté ne cesse de surprendre, robinsonnade moderne dont on n'est pas certain de savoir qui est le vendredi, crusoade violente et onirique dont il ne faut pas attendre de belle morale. A Antipodia, il n'est pas habituel de faire de vieux os, cette île de l'extrême sud où pousse une herbe aux vertus psychotropes, où s'ébrouent quelques chèvres en prévision d'un possible naufrage, où flotte le drapeau d'une société qui maintien t sans ferveur une présence humaine, cette île a tout d'un bagne dont on ne s'échappe pas. Pour y survivre il faut y mettre du sien ou n'avoir pas le choix : François Lejodic dit Jodic y purge une auto-condamnation à mort de l'amour, loin de la traitresse qui l'a abandonné, M. Paulmier de Franville y expie une faute diplomatiquement incorrecte quoique sexuellement très enivrante. Tous deux forment une communauté inavouée où le scrabble fait office de lien et où les jours se succèdent au rythme de petites tâches ingrates dans un climat qui ne favorise guère le bronzage, dans l'attente d'un rien qui envahit tout et peut se transformer en folie sans prévenir. Chacun leur tour il nous raconte cette claustration au grand air marin : les grands airs de celui qui se fait appeler Gouverneur, les petites musiques secrètes de Jodic qui s'est inventé une drogue qui le fait planer, des péripéties dérisoires qui encombrent la pensée, des maux anodins qui deviennent terribles, des accrochages qui s'enveniment, un temps qui s'épaissit, un duo qui claudique. Mais comme les îles attirent tels des aimants les naufragés, aussi loin qu'ils soient, un Moïse va débarquer sur ce rivage des tristes sires. L'accueil sera pour le moins antartique. Obsédant Le Gouverneur d'Antipodia l'est, à tout le moins. Rendre aussi prenant un roman où il se dit et se fait si peu n'est pas qu'un tour de force, c'est une réussite littéraire et non un livre glacé qui jouerait la sophistication et la pose. Qu'on n'attende pas pour en faire le tour, le fond et le comble, il le mérite largement.
Antipodia est une île perdue au milieu de l'océan, "un cratère effondré" découvert en 1772 et devenu une station météo dans les terres australes. Deux hommes vivent sur cet îlot : François Lejodic, ancien mécanicien de marine, exilé volontaire sur Antipodia pour oublier un chagrin d'amour; Albert Paulmier de Franville, diplomate exilé par sa hiérarchie après avoir été mêlé à un scandale dans son ancien poste. Ils cohabitent avec des pingouins, des phoques, des oiseaux, et sont bercés par le vent et le bruit de l'océan. Sans oublier le troupeau de chèvres !
Ces deux Robinsons modernes, s'ils assurent avec une certaine fatalité les corvées quotidiennes de réparations, les inspections de l'île et les rapports météo par radio, ils n'en ont pas moins des caractères bien différents. "Gouv" ne se laisse pas absorber par la vie sauvage de l'île, essayant de garder une certaine "prestance" de diplomate, consignant scrupuleusement les évènements de l'île sur un registre que probablement personne ne lira. Jodic, quant à lui, s'est plongé dans son exil avec ferveur, cherchant à oublier sa vie précédente dans les hallucinations causées par le reva-reva, une plante locale aux effets surprenants.
Mais que se passera-t-il lorsqu'un troisième personnage débarque sur l'île ? L'arrivée de Moïse, un marin poussé par dessus bord par le capitaine du navire où il se trouvait, va-t-elle rompre le fragile équilibre créé par Gouv et Jodic ?
En ouvrant le livre de Jean-Luc Coatalem, je suis partie dans un voyage étrange et fascinant. Étrange par le huit clos dans lequel vivent les personnages, à la fois un peu angoissant et plein d'humour. Fascinant parce que, malgré cette vie monotone, j'ai tourné les pages pour connaître la fin du livre, la fin des personnages ( ?) Merci pour le voyage, Monsieur Coatalem, voyage un peu fou aux antipodes !
Deux hommes, Jodic et Paulmier de Franville sont missionnés sur l'île d'Antipodia, terre australe imaginaire. Les jours passent et tout deux se font face, évoquent tour à tour les raisons qui les ont conduits dans la solitude et le froid de ce territoire du bout du monde. Chacun se débrouille donc avec ses souvenirs et la nature pour se consacrer aux tâches d'administrateurs qui leur incombent. Avec humour et poésie entre roman sur les affres de deux hommes et livre de bord îlien, Coatalem réussit une histoire à la croisée des genres.
Sur Antipodia, insignifiant îlot que la nature a fait naître dans les limbes de l'Océan Indien, vivent deux hommes : le gouverneur et son mécanicien. Le premier n'a pas choisi son affectation. C'est un ancien diplomate tombé en disgrâce à la suite d'une affaire de moeurs bien compromettante. Son purgatoire insulaire lui a tout de même évité la prison dans un pays du Tiers-Monde. En attendant sa vaine réintégration, Il administre avec zèle une sorte d'arche de Noé terrestre dont la vocation est de servir d'asile à d'hypothétiques naufragés. Son obsession majeure, pour ne pas dire sa raison de vivre, est de veiller sur un misérable troupeau de chèvres destiné à nourrir ces mêmes survivants.
Son mécanicien dont la fonction oscille entre le larbin de service et le compagnon de solitude, s'est en revanche rendu volontairement sur Antipodia. Une manière brutale de larguer les amarres avec un inconsolable chagrin d'amour. Au fil du roman, il en vient à fusionner au-delà du raisonnable avec l'île et sa nature antédiluvienne. Un peu à l'image du Robinson Crusoë de Michel Tournier. Entre les deux hommes, un abîme d'incompréhension s'ouvre dangereusement.
Jean-Luc Coatalem ose chasser sur les terres de ses illustres prédécesseurs et apporte sa touche personnelle à l'allégorie de la robinsonnade. Ici, le thème littéraire du huis clos prend une toute autre dimension et respire surtout l'air du grand large. Les écrivains en mal d'inspiration devraient en prendre de la graine !
Une île australe, perdue. Aux antipodes de tout. Antipodia. Battue par les vents. Loin des zones de pêche. Dessus, entre deux coups de chien, un chef de poste qui se fait donner du «Gouverneur», un mécano qui cache son jeu, quelques chèvres. Si le premier tourne en rond, remâchant sa disgrâce sur le petit périmètre de l'île, le second cavale comme un lièvre, heureux, ravi. Son secret ? Une plante mystérieuse : le reva-reva. Celui qui l'absorbe fait entrer aussitôt ses rêves dans la réalité. Mais l'hiver et la glace arrivent. Un naufragé aussi, sur un bout de bois, poussé par des vagues. Lui, un Mauricien, s'appelle Moïse. Il se croit sauvé des eaux froides. Il pose son pied nu sur la grève désolée. C'est alors que tout commence. Que tout éclate. Et qu'Antipodia résonne tout entière.
Avec Le Gouverneur d'Antipodia, Jean-Luc Coatalem signe dans un récit tendu une étonnante robinsonnade, à mi-chemin entre Jules Verne et Stephen King.
Jean-Luc Coatalem, tous ses livres en témoignent, est du club de ceux qui aiment à «tâter de la rondeur» de la planète. Il aime également à goûter les retombées poétiques de l'élan voyageur : étiquettes jaunies et guêtres en cuir de buffle, lunettes de visée et ombrelles de lin, boussoles de cuivre et carabines allemandes, toute la brocante de l'errance aventureuse. Ce goût tout à la fois poétique et forcené s'incarne cependant dans des figures rares. Tel celui qui nous parle debout sur la grève d'Antipodia, parcelle antarctique, «une île perdue, cernée de vagues puissantes, devant, derrière, partout», François Lejodic, mécanicien et amoureux déçu. Depuis il fait fonction de vigie de la République tricolore sur cette miette granitique, poncée par la marée, abrasée par les vents, piquetée de chèvres voraces. Lui sert de compagnon et de supérieur un rejeton des Paulmier de Franville, famille amirale, diplomate en disgrâce qui vit l'endroit comme une Sainte-Hélène à la nudité vertigineuse : «En mon royaume vide, comptable des nuages, prince des nuées, je suis le négus du Grand Rien.» Chacun arbitre son quotidien à sa façon : songes érotiques et maintenance du matériel, rêves de pouvoir et taquineries érudites. Une revue d'inspection épicée d'une foulure au pied, la visite à une base météo, l'arrachage d'une molaire prennent stature de dates majeures. Puis le temps joue son rôle d'acide, attaque, délite, excite : la rêverie tourne à l'obsession, le songe exotique à la vision homicide, les tensions s'exacerbent, les violences surgissent entre Antipodiens, un délire épais que rien ne parvient à réduire.
Une île, entre la Tasmanie et les Kerguelen. Deux hommes, un face-à-face. Brillant...
Le huis clos recèle toutes les déraisons. A moins que le débarquement secret d'un invraisemblable naufragé ne vienne encore pimenter ce qui ne peut que tourner au drame. Jean-Luc Coatalem, auteur d'un remarquable ouvrage sur Gauguin, Je suis dans les mers du Sud, de livres de voyage, d'une évocation quelque peu autobiographique du Dernier Roi d'Angkor, révèle ici une nouvelle facette de son talent.
En une centaine de pages aussi hilarantes qu'inquiétantes, Jean-Luc Coatalem nous donne un bel aperçu des oeuvres qu'auraient pu écrire un Jules Verne sous LSD ou un Samuel Beckett qui aurait visionné la série Lost. Son étonnante robinsonnade finit par prendre la puissance d'une fable métaphysique. La morale ? Il ne faut pas grand-chose pour que, face à l'océan du "Grand Rien", ces îlots dérisoires que sont nos vies basculent dans la folie.
Écrivain voyageur, Jean-Luc Coatalem cherche dans les lointains la clé de de l'existence. Dans son dernier roman, Le Gouverneur d'Antipodia, il attire ses personnages dans une île désolée de l'océan Antarctique...
Le récit est écrit sous haute tension. Comme si l'auteur s'était lancé à travers ses personnages un ultimatum à la vie à la mort. On peut lire cette histoire, écrite par un grand poète, comme un thriller métaphysique ou psychanalytique. Jodic et Gouv incarnent deux puissances de l'esprit humain, l'imagination et la raison. L'une des deux l'emportera-t-elle dans le combat contre la déréliction ?
Jodic
Cette île est un paradis. Cette île est un enfer. Parfois les deux en même temps, dans la même heure, une même journée. Ça dépend des bourrasques, des pluies, du brouillard. Et de la houle si elle cogne en furie sur la falaise ou si, au contraire, elle veut bien s'apaiser, transformant l'océan austral en un lac profond et muet. Je m'en accommode.
L'été, si bref après un printemps inexistant, Antipodia ressemble à une plaine de Mongolie mais avec des bosses, des creux et de sacrés pitons. Son herbe verdit, jaunit et puis se fane vite sous les dizaines de milliers d'oiseaux marins qui nichent et s'en vont.
L'automne, des éclairs cruels et zigzagants déchirent le ciel. Les plus hardis, les plus joueurs, aiment à nous défier sur la grève de galets. Certains nous coursent jusque dans les bois.
En hiver, la température chute autour de moins huit ou moins dix degrés. Les rafales de vent dégringolent des pics glacés et, par choc thermique, font fumer la mer, tapis sombre qui prendrait feu. Au plus extrême, l'anse Possession peut geler ; les rochers devenir cassants comme du verre. Nos respirations se transforment en nuages de cristaux qui se brisent au sol en un doux cliquetis. Hivernants, nous avons alors ce sentiment d'être perdus dans le vide, sur une planète abandonnée, gravitant au milieu de l'infini, cette mer éternelle. Ou, selon la lumière, d'être tombés au fond d'un bocal, parmi des bleus salis et des verts éteints. Et c'est tant pis ou tant mieux. Il n'y a plus que la radio qui nous relie aux autres, mince cordon de codes et de chiffres. Et encore.
Personne ne s'y est fait, m'avaient-ils répété à Brest et à Port-Hobart. Pour autant, je ne pourrais plus vivre ailleurs. Il n'existe rien d'autre désormais de plus sûr qu'Antipodia, j'en suis convaincu. Le réel s'arrête ici ou plutôt il renaît avec moi, sous mon regard, parmi ce lichen étoile et ces algues caoutchouteuses. J'ai oublié le monde d'avant, celui des jardins peignés, de la musique du dimanche dans les kiosques au toit biscornu, des filles aux robes fluides, des restaurants de la Côte d'Azur où l'on sert du chianti dans des verres embués, de la panna cotta et des sorbets à l'anis. Des parades militaires, des tramways orange et blanc, des piscines chlorées. Le monde des avions à réacteur, des journaux à l'encre fraîche, des autos filant sur les routes à six voies. Le monde de Virginie.
Ma vie d'autrefois est devenue un rêve effiloché, qui ne me tourmente plus que par intermittence, pareil à un vaisseau rapetissé par la distance et le temps, effacé sous des brumes tenaces. J'ai arrêté de remâcher ce que les autres disaient de moi, dans les bureaux et sur les ponts, mi-apitoyés, mi-inquiets :
- Plutôt excentrique.
- Non, un vieux garçon, un solitaire.
- Genre ours des Carpates ?
- Avec du chagrin vissé à l'intérieur. Tout cassé.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia