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.. Tiens bon !

Couverture du livre Tiens bon !

Auteur : Marcel Rufo

Date de saisie : 01/12/2011

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Anne Carrière, Paris, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-84337-602-3

GENCOD : 9782843376023

Sorti le : 27/10/2011

  • Le courrier des auteurs : 10/02/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis pédo-psychiatre ; les enfants définissent joliment cette spécialité en nous appelant : "les docteurs de nos soucis». J'ai fait mes études à Marseille où j' ai été successivement chef de service de pédo-psychiatrie au CHU Sainte Marguerite, puis à l'espace Arthur à l'hôpital de la Timone (en double hommage à Arthur Tatossian maître de la phénoménologie psychiatrique française, dont j'ai été l'externe et l'interne, et bien sûr à Arthur Rimbaud, l'image emblématique de l'adolescence, mort à l'hôpital de la Conception à Marseille. A la demande de Madame Bernadette Chirac, j'ai eu ensuite l'honneur d'être nommé à Paris pour le lancement et la direction de La Maison de Solenn au CHU Cochin. Je suis ensuite retourné à Marseillle, et actuellement je suis directeur médical de l'Espace Méditerranéen de l'Adolescent. C'est un magnifique projet qui regroupe de nombreuses institutions, avec un socle commun : les soins culturels, qui regroupent : salle de musique, salle de sport, de danse, espace radio, espace mode, bibliothèque et informatique avec la participation d'enseignants détachés de l'Éducation Nationale. Un cinéma de quartier va s'ouvrir au sein de l'hôpital pour renforcer le lien entre les lieux de soins et la ville. Un jardin splendide unira trois institutions : ainsi les patients cancéreux de l'Institut Paoli Calmette pourront recevoir leurs proches sous des roseraies, les personnes âgées du CHU Sainte Marguerite gèreront le jardin potager, et échangeront avec les adolescents des différentes unités de l'hôpital Salvator ; ceux-ci bénéficieront même de cabanes à fugues dans ce jardin. Toujours dans le but de répondre à ce qui fut et qui est toujours la question fondamentale de toute ma carrière : " Qu'est - ce que l'hôpital ? ", avec l'idée centrale que le beau et la culture soignent.
Mais comme toujours, je ne réponds pas à la question qui m'est posée ! Je suis l'enfant unique de mes parents issus de migrants italiens vendeurs de quatre saisons sur le marché du cours Lafayette à Toulon (si bien chanté par Gilbert Bécaud). Cette origine explique mon addiction totale pour le rugby.
J'étais un petit garçon introverti ; les choses ont bien changé. Plutôt littéraire que matheux, la psychiatrie s'est donc imposée comme choix, avec un détour par la pédiatrie, ce qui explique mon goût pour la psychologie médicale et la représentation psychique des maladies chez les patients. Mon autre passion, c'est la voile et toutes les années, nous filons vers la Corse, les îles toscanes, les Pontines ou les Éoliennes avec Celli et Aldo.
J'ai failli oublier ma passion absolue : notre fille Alice qui a tous les talents que j'aurais aimé avoir.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
" Tiens bon ! " est un terme de marine à voile. Lorsque l'on vire de bord, contre le vent au pré serré, le barreur propose à l'équipier qui a ramené l'écoute sous le vent, cet ordre, et alors le bateau peut reprendre sa marche contre le vent contraire. Mais gaffe ! ce n'est pas un essai nautique, " tiens bon " cela veut dire être fort ensemble, dans les moments difficiles de la vie. Cette injonction s'adresse tout à la fois aux parents, aux enfants et aux thérapeutes.
Sur les 40 000 consultations de ma carrière hospitalo-universitaire, j'ai donc extrait sept histoires. Bigre ! comment ? Assez facilement, en mettent en scène les enfants, les familles et les situations qui ont définitivement modifié ma façon de pratiquer mon métier. Ce sont des histoires de vie, difficiles, jamais banales, avec un pari inversé. Anna Freud nous propose d'aller " du normal au pathologique ", j'ai préféré ici que le pathologique puisse éclairer le normal. En utilisant mon mode préféré littéraire : la nouvelle. Il y a une entame, un récit et une chute. Les sept histoires évitent une monographie. On voyage dans cet essai de l'autisme à l'adoption, en passant par l'anorexie, la maladie, les troubles des conduites et le handicap.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
" Il existe toujours une réserve d'espérance "
Ainsi, dans la deuxième histoire par exemple, alors que ce jeune garçon, Jean-Jacques, a un développement limité et qu'il est dans une position d'handicap ; son père finalement est très fier de lui et nous permet de comprendre que tout se joue toujours, et que les petits progrès deviennent de splendides messages d'espoir entraînant chez nous surprise et admiration.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Je choisirais un morceau de Be-Bop, et je désignerais Charlie Parker, car il faut comme dans un morceau de jazz, en psychothérapie, maîtriser une technique mais savoir aussi improviser. Les sept histoires comportent donc une entame, des standards qui reviennent de temps en temps pour accrocher notre attention, et un chorus terminal en pleine harmonie avec notre vie psychologique.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Mon souhait, c'est qu'en lisant ce livre, ils soient à mes côtés comme une psychologue dans une consultation à deux, comme des parents qui souhaitent que leur enfant consulte, comme un interne en formation, ou comme une adolescente qui met en moi sa confiance. J'aimerais surtout qu'en parcourant ces histoires, par impact métaphorique, les lecteurs métissent certains de leurs souvenirs personnels avec ces morceaux de vie proposés. Je voudrais aussi donner l'image d'une psychiatrie optimiste, qui ne sait pas tout, qui ne positionne pas le spécialiste dans une position mégalomaniaque de toute puissance, mais qui propose simplement une belle alliance en pleine altérité.


  • Les présentations des éditeurs : 25/11/2011

Parmi les innombrables patients que Marcel Rufo a rencontrés au cours de sa carrière, il a choisi sept histoires. Un cas d'autisme infantile, d'autres de handicap, de troubles alimentaires graves, de conduites à risques, de troubles de l'adoption... Sept cas cliniques qui l'ont marqué, sept patients qu'il a suivis, parfois pendant de longues années.

Mais qu'y a-t-il de commun entre un autiste et un enfant adopté ?

Peut-être la confiance, la croyance qu'un mieux-être est possible, quelles que soient les difficultés que l'on doit traverser.

Marcel Rufo se fait dans ce livre l'avocat d'une psychiatrie optimiste, qui croit en l'avenir. Une psychiatrie qui ne se résume pas à la maîtrise de la clinique, mais qui englobe le suivi et l'empathie.

"Du cas le plus lourd au plus anodin ou apparemment léger, ce dont je suis intimement persuadé, c'est qu'il existe toujours une réserve d'espérance".

Longtemps chef de clinique puis chef de service à l'Espace Arthur, hôpital Sainte-Marguerite, à Marseille, le professeur Marcel Rufo, pédopsychiatre, a dirigé de 2004 à 2007 la Maison des Adolescents, à Paris. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Oedipe toi-même !, Détache-moi et Chacun cherche un père, aux Editions Anne Carrière. Il est actuellement directeur médical de l'Espace méditerranéen de l'Adolescence, hôpital Salvator, à Marseille.


  • Les courts extraits de livres : 01/12/2011

Prologue

Si par une nuit d'hiver un voyageur... Le titre d'Italo Calvino me semble définir parfaitement l'atmosphère des rencontres avec les parents, les enfants et les adolescents présentant des difficultés relationnelles, cognitives ou comportementales.
En effet, cela nécessite un courage particulièrement affirmé d'aller parler à un tiers, un étranger, d'histoires de famille, de rejets ou de craintes concernant ce qui représente l'avenir : notre enfant. Au fur et à mesure des années, par l'accumulation de la pratique clinique, le médecin a de moins en moins peur de ce qu'on lui raconte. La psychiatrie n'est pas une discipline comme les autres spécialités médicales protégées par les explorations paracliniques et biologiques. Ici, il s'agit de «se prescrire», de recevoir, d'incorporer les tourments et les désarrois avec le risque d'un écho sur soi-même. On devient thérapeute, petit à petit, avec la multiplication des consultations, le soutien de nos collaborateurs et de nos maîtres.
Il arrive parfois de soigner en «un coup», lors d'une première rencontre qui semble alors magique, mais cela n'est que le résultat d'un long travail de modification personnelle.
J'ai appris au long cours (un terme de marine), dans toute ma traversée de carrière, qu'il ne faut jamais toucher à la réserve d'espérance des parents. Souvent, ceux-ci viennent me voir avec une crainte diagnostique : «Mon enfant parlera-t-il ? A-t-il de bonnes capacités cognitives intellectuelles ? Est-ce qu'il va pouvoir s'intégrer à l'école ?»
En face d'eux se trouve un clinicien qui n'a aucune affection pour cet enfant. Ce n'est pas son fils ou sa fille. Une sorte de froideur risque de l'envahir car il ne comprend pas le propos insensé : «Aura-t-il (elle) une scolarité normale alors qu'il (elle) ne parle pas à six ans ?» C'est en fait une défense absolue des parents entre l'enfant imaginaire qu'il (elle) aurait dû être et celui (celle) qu'il (elle) ne sera jamais. Si l'on attaque la position de dénégation des parents, notre attitude est d'une violence extrême à leur égard, d'autant qu'ils ont compris comme nous la gravité des troubles.
J'ai compris ce concept à force de travailler avec des parents dont les enfants sont en situation de handicap. Une des histoires relatées dans cet ouvrage fait état des surprises dans l'évolution vitale d'un enfant gravement atteint. C'est tout le problème : avoir de l'empathie lorsque l'on rencontre quelqu'un, plutôt que de la rigueur clinique ou diagnostique.
C'est vers ce parcours initiatique que je vais vous entraîner. J'ai choisi sept histoires qui me paraissent démonstratives. Je prends le risque d'y exposer mes doutes et mes hésitations. Elles me permettent aujourd'hui encore de maintenir intacte une réserve d'espérance sur les évolutions des cas les plus complexes. Elles renforcent ma confiance et justifient mes accompagnements.


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