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Préface : Virginie Megglé
Date de saisie : 03/12/2011
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Eyrolles, Paris, France
Collection : Histoires de vie
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-212-55161-7
GENCOD : 9782212551617
Sorti le : 29/09/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Nous sommes Les filles du calvaire : cinq jeunes femmes, d'âges, d'origines et de parcours différents, dont les vies se font écho à travers le sournois mal qu'est l'anorexie mentale. Nous l'avons toutes vécues ou le subissons encore.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Les troubles du comportement alimentaire : l'anorexie et la boulimie.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«L'anorexie brandit comportement incohérent et parfois squelette pour mieux en fuir l'origine de la véritable souffrance. Mais elle n'est pas une histoire de kilos, pas qu'une histoire de kilos.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un morceau entre piano et cordes, entre ombre et lumière, avec des variations de tempo et d'intensité. Le lac des Cygnes de Tchaïkovski, par exemple.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Un peu d'espoir. Nous avons choisi la polyphonie pour rompre avec le format classique du témoignage. Nous avons toutes lu les récits uniques de malades dans lesquels nous ne nous sommes pas forcément reconnues, accentuant ainsi le déni de la maladie. Avec cinq histoires, nous espérons que les malades trouveront des parallèles et se sentiront moins seules, plus comprises. Nous avons aussi pensé aux proches des malades. Peut-être qu'eux aussi reconnaîtront les leurs dans nos mots, dans nos réactions, peut-être trouveront-ils des clés de compréhension de ce mal si souvent indicible pour les anorexiques elles-mêmes.
«Je me suis consacrée à la Faim. Elle est mon refuge. Mon appui. Moi et la Faim ne dormons plus, moi et la Faim connaissons les veilles et la trop grande fatigue. Et vlan, six kilos de partis. Au travail ils le voient enfin. Ça discute derrière mon dos. Je flotte dans les couloirs, un sourire léger sur les lèvres, la Faim en moi, comme une marque au fer rouge. Ce n'était pas si compliqué en fait. Juste un peu de volonté contre cette purée rose et écoeurante, et voilà que ma véritable nature se révèle : je fais partie des poètes et des fous au regard enflammé par l'envie. Je pense aux vacances qui approchent, aux trois rondelles de concombre que je mangerai ce soir. Et les murs s'effacent et pâlissent à la vue de mes os... Je sais que je vais bientôt sortir de ce mauvais rêve.»
Lucie, Véronique, Claire, Anne-Laure et Aurore, cinq jeunes femmes âgées de 20 à 30 ans, ont connu l'enfer des troubles alimentaires. Elles témoignent ici à cinq voix de ce mal particulier qu'est l'anorexie mentale. Du corps amaigri que l'on cache aux os que l'on exhibe, elles dépeignent avec justesse l'euphorie et la douleur que procure la maîtrise de soi ; le déni de la maladie jusqu'à l'effondrement physique et l'impossibilité de communiquer avec les proches. Elles nous racontent aussi les soins hospitaliers, leurs victoires et leurs rechutes, l'importance de la thérapie et du soutien de leurs semblables, autant de moyens qu'elles ont trouvés pour apaiser peu à peu leur calvaire.
Extrait de la préface de Virginie Megglé
Être anorexique : désir de mort ou affirmation vitale ?
Bouleversant et magnifique ! Dès la première ligne de l'introduction, on sent ce recueil porté par une nécessité vitale. Aucun mot n'est en trop, chacun a bien sa place, et cette précision donne un caractère musical à l'écrit. Cinq jeunes filles y parlent comme d'une seule voix ; la trame du choeur qu'elles nous offrent est cependant complexe, en effet, chacune a son histoire... Mais ce qui frappe d'abord, c'est une volonté d'harmonie d'autant plus ravissante qu'elle doit rendre compte avec amour et humour, intelligence et opiniâtreté, d'une expérience douloureuse.
Qu'elles se soient rassemblées pour donner jour à ce projet n'est pas anodin : l'anorexie dit à la fois la difficulté et la nécessité d'apprendre à vivre (écrire, jouer, créer) avec les autres, parmi les autres, quand on s'est senti très vite, on ne sait pourquoi, différente.
Quand Aurore se dit «étrangère en ce monde», Véronique «diminuée de ne pas connaître les codes de tout le monde», ou qu'Anne-Laure évoque sa prison, comment ne pas entendre leur désir de participer à un monde dont elles se sentent exclues ? L'enfant, qui ne trouve pas sa place, cherche comment la conquérir. Parfois il arrive qu'il n'en ressente pas le droit, il s'interroge alors sur sa légitimité. Mal à l'aise dans son corps, s'il aspire à en sortir, c'est pour mieux y revenir. La volonté de contrôler son appétit fait partie d'un tel processus.
Il existe autant d'anorexies que de personnes qui en souffrent, cependant une certaine parenté caractérise ces récits. Que les mots de chacune diffèrent ne les empêche d'exprimer toutes une indicible souffrance, assortie de l'urgente nécessité de briser le silence.
«Mieux vaut se sentir exister à travers une douleur que ne pas se sentir exister du tout», «Mes douleurs tiennent toujours de l'indicible [...] Peu croient à mes tourments sans la trace tangible des os à la surface de la peau»... À travers ces paroles, on comprendra que l'anorexie s'est imposée à ces jeunes filles comme l'ultime espoir d'échapper enfin au silence.
Et quand «le silence, (...) maître mot d'un abus, (...) a régné tant qu'il a pu», on comprend que la soif de liberté insuffle au corps le désir de s'envoler, et on accepte mieux leur besoin de légèreté !
Comprenons ici qu'il s'agit plus du désir de faire disparaître la douleur et ce qui la provoque, quand elle se fait intenable, que de disparaître.
Qu'elles se soient senties à un moment de leur histoire «trop lourdes» ou illégitimes, qu'elles aient aspiré à la transparence, à l'immatérialité ou à l'envie de ne plus peser sur personne, a participé nous le verrons à leur effacement progressif ; mais pourtant, celui-ci, avec l'amaigrissement effrayant qui le caractérise, fut pour elles avant tout, et c'est ainsi que j'invite le lecteur à l'entendre, un acte vital, la meilleure, la seule façon de se «sauver»... La dernière chance de s'affirmer. L'évidente sincérité qui se dégage des témoignages interdit d'en douter.
«L'anorexie, mon point d'ancrage, mon retrait du monde, plus que vital.», «je pense encore, malgré tout ça, que l'anorexie me tient debout» et encore «mon anorexie, ma soupape de sécurité, mon issue de secours» expriment particulièrement bien ce trait commun à toute personne, homme ou femme, souffrant de ce trouble.
Portées par un désir de justesse et de vérité, elles ont aussi en commun une attraction naturelle et irrésistible pour l'humour, la pudeur, l'autodérision, autrement dit, une véritable spiritualité qui rend les tragédies qu'elles ont vécues plaisantes à lire ! Le plus aimable moyen de s'affirmer vivantes s'avère pour elles l'exaltation de la légèreté et de la transparence. Autant les choisir en attendant de faire le poids !
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