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Auteur : Aleksandra Kroh
Date de saisie : 01/12/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Belin, Paris, France | Pour la science, Paris, France
Collection : Regards sur la science
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 9782701155012
GENCOD : 9782701155012
Sorti le : 28/10/2011
Au début de l'aventure atomique, le risque de doter l'humanité d'une arme nucléaire ne préoccupait pas grand monde. Personne ne connaissait ses effets et de toute façon, c'était la guerre. Une fois la paix revenue, les essais nucléaires se multiplièrent bien qu'on ait su - et ce dès le tout premier test - que le danger d'irradiation était sous-estimé. Un fait qui glace le sang, si l'on sait que plus de 2 000 tirs ont été effectués depuis 1945.
Ce livre raconte cette histoire, en premier lieu celle des hommes qui ont conçu la bombe, l'ont utilisée puis l'ont perfectionnée avec application. Chaque explosion faisant son lot de victimes, c'est aussi l'histoire de tous ceux qui en ont souffert dans leur chair, vétérans et civils, Hibakusha japonais, Ouïgours du Xinjiang, natifs des îles polynésiennes et nomades du Sahara, mais aussi leurs enfants à naître, et les enfants de ces enfants. Enfin, l'ouvrage n'oublie pas ces hommes qui occultèrent les méfaits de la bombe, avant de les reconnaître du bout de lèvres et de songer à les réparer.
Aleksandra Kroh est physicienne. Longtemps chercheuse à l'INSERM, elle se consacre dorénavant à l'écriture.
Une question poignante et d'actualité, qui n'en finit pas d'agiter la France après les autres pays.
Du Gadget à Hiroshima
La fable de Wells
Que certaines substances émettent spontanément des rayonnements de types divers, on le savait dès la fin du XIXe siècle, mais ce n'est qu'au début du XXe que la radioactivité s'était mise à livrer ses secrets à une cadence infernale, sous les yeux émerveillés des physiciens. Un grand pas vers sa compréhension fut franchi en 1911, lorsqu'Ernest Rutherford proposa un nouveau modèle de la structure interne de l'atome : les électrons tournent autour d'un minuscule noyau central où se trouvent les particules de charge électrique positive, maintenues ensemble par des forces gigantesques.
Des forces gigantesques à l'intérieur du noyau de l'atome ! Mais alors, il suffirait de trouver un moyen de les libérer pour disposer d'une source d'énergie inépuisable, infiniment plus puissante que toutes celles connues jusque-là. Il n'en fallait pas plus pour enflammer l'imagination d'Herbert George Wells. Début 1914, il publiait un petit texte, La destruction libératrice.
C'est loin d'être le mieux connu et le plus passionnant des écrits wellsiens. Il ne tient pas en haleine comme les grands classiques, La guerre des mondes, L'homme invisible ou La machine à explorer le temps. Les personnages sont plats, peu attachants, leur sort nous laisse indifférents. L'intrigue, bancale, ne fait que servir de support à la démonstration d'une idée saugrenue : l'humanité se dotera, sous peu, de pouvoirs illimités et les utilisera aussitôt pour tenter de s'autodétruire.
Quand Wells écrivait sa nouvelle, la physique nucléaire entamait son âge d'or. Ce fut un temps d'expériences cruciales, d'hypothèses osées, d'improvisations, d'erreurs et de fausses pistes, de brillantes intuitions, de grandes synthèses, de débats et d'échanges - car l'information, les scientifiques et les instruments de laboratoire circulaient sans contrainte d'un centre de recherche à l'autre, d'un pays à l'autre. Mais la libération de l'énergie nucléaire n'était pas encore à l'ordre du jour. L'idée de Wells était juste bonne à nourrir un récit de science-fiction, et il est fort probable que Wells lui-même ne la prenait pas au sérieux, comme il ne craignait pas vraiment une invasion martienne en écrivant La guerre des mondes. D'ailleurs, même si dans un avenir lointain la science devait réaliser cet exploit, pourquoi ne pas s'imaginer que ce serait uniquement pour offrir aux sociétés modernes l'énergie dont elles étaient de plus en plus gourmandes, pour faire fonctionner les usines, chauffer les maisons, éclairer les grandes avenues, bref, pour apporter la prospérité et le bien-être à tous et à tout un chacun ?
Dans un monde parfait, c'est en effet comme cela que les choses se seraient passées, mais Wells ne croyait pas à la perfection du monde. Il ne croyait pas non plus à la sagesse des hommes. Convaincu que depuis la nuit des temps, leur plus grande passion avait été de construire des armes de plus en plus puissantes, de plus en plus meurtrières, il prédit la fabrication de bombes atomiques au pouvoir destructeur inouï.
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