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Auteur : Franck Pavloff
Date de saisie : 02/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-226-23836-8
GENCOD : 9782226238368
Sorti le : 04/01/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Pavloff Franck, un auteur, romancier, "écrivain de l'ailleurs", car mes thèmes souvent puisés dans des espaces lointains, mais aussi parce que l'ailleurs c'est cet espace en soit que l'on poursuit sans cesse, une quête, un mystère qui se prête à merveille à l'exploration romanesque soutenu par des personnages forts.
J'ai écris une vingtaine de livre, dont "Matin brun", nouvelle d'actualité, traduite dans le monde entier.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
"L'homme à la carrure d'ours" publié chez Albin Michel, situe son intrigue dans l'immensité de la Laponie, territoire aussi splendide que dur et glacial, où après la fermeture soudaine de la mine de Voulkor, des ouvriers expatriés sont consignés dans une Zone interdite depuis plus de vingt ans. Ces reclus deviennent l'ombre d'eux-mêmes sous le ciel polaire, attentifs et craintifs aux tirs de gardes invisibles. Des communautés, des clans se sont formés, ruminant leurs rancoeurs alcoolisées au Comptoir. Leurs rares moments d'alliance s'établissent contre Lyouba et Kolya, les deux seuls êtres libres du lieu où l'humanité semble prendre définitivement congé. Pourtant Kolya, le Lapon à la carrure d'ours, ne leur enlève rien. Il est de cette terre. Il reste sensible au passage des saisons, il cultive son jardin, il est fidèle à l'esprit de ses ancêtres. C'est auprès de Lyouba, la fille à la cape de loup, qu'il va réaffirmer sa force d'âme mise à mal par les reclus.
Ce livre dont les thèmes sont d'actualité, et aussi un hymne de pure poésie à la beauté intérieure, seule arme contre les entreprises de cupidité et d'autodestruction.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Alors, décelant sur le front des reclus ce dont ils ne se savent pas porteurs, la marque indélébile des barbelés dans lesquels on les a enfermés mais aussi auxquels ils s'accrochent, il enfile sa pelisse, son bonnet, ses moufles, et repart dans la solitude de la toundra."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une musique d'Arvö Part, ou la voix de Björk.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir d'entrer dans un univers romanesque qui les fasse sortir d'eux-mêmes, les embarque, leur donne des moments de tension, de joie et de réflexion.
La mine de Voulkor a été brutalement fermée, toute la ville a été rasée. L'immensité de la Laponie s'est refermée sur une zone où ceux qui s'étaient expatriés pour construire une vie meilleure à leurs enfants sont à présent consignés.
Les reclus deviennent l'ombre d'eux-mêmes sous le ciel polaire, recuits de peurs dont celle des gardes invisibles. L'existence de ces derniers se manifeste par des coups de feu d'autant plus dissuasifs que leur logique est incompréhensible.
Des communautés hostiles les unes aux autres se sont formées qui ruminent leurs rancoeurs alcoolisées au Comptoir. Leurs rares moments d'alliance s'établissent contre Lyouba et Kolya, les deux seuls êtres libres du lieu où l'humanité semble prendre définitivement congé. Pourtant Kolya, le Lapon à la carrure d'ours, ne leur enlève rien. Il est de cette terre. Il reste sensible au passage des saisons, il cultive son jardin, il est fidèle à l'esprit de ses ancêtres. Il continue à parler à son fils disparu dans l'explosion qui a fermé la mine. C'est auprès de lui que la fille à la cape de loup, Lyouba, née il y a vingt ans de cette terre aussi, pourra réaffirmer sa force d'âme malmenée par les reclus.
Cet hymne de pure poésie à la beauté intérieure, seule arme contre les entreprises toujours renouvelées de cupidité et d'autodestruction, n'est pas de science-fiction. Campée sur les nouvelles frontières où l'argent essaie de mettre le sous-sol en coupe réglée, c'est une aurore boréale que Franck Pavloff fait lever sur l'espérance. Pavloff n'a pas son pareil pour créer un climat d'intemporalité fécond d'avenir.
L'AUTEUR
Franck Pavloff, dont Matin brun, traduit dans le monde entier, revient régulièrement sur la liste des best-sellers, se définit comme un «écrivain de l'ailleurs», qui rend compte des exils intérieurs ou géographiques que les guerres, les drames, la corruption, le cynisme et l'intolérance ont engendrés. Ancien éducateur de rue, il a fait de la psychologie et des droits des enfants sa spécialité. Il a également passé plusieurs années à lancer des projets de développement communautaire à travers l'Afrique et l'Asie. Aujourd'hui, il vit entre Gap et Grenoble.
Il a publié aux éditions Albin Michel, Menace sur la ville (1998), Haute est la tour (2003), Le Pont de Ran Mositar (2005), récompensé par le Prix France Télévision, La chapelle des apparences (2007) et Le Grand Exil (2009) pour lequel il a obtenu le Prix Littéraire des Grands Espaces.
Magnétique, envoûtant, terrible aussi, le Grand Nord de Pavloff a l'irréalité des fables, le caractère halluciné des cauchemars à l'implacable logique mortifère. Mais par son lyrisme primitif, presque barbare, l'écrivain fait de cette faillite écologique autant qu'humaine une geste épique, petite parente de ces sagas chantées sous les mêmes cieux autrefois. On sait le goût de l'auteur du Grand Exil (Albin Michel, 2009, repris ces jours-ci au Livre de poche, 192 p., 6,10 ) pour ces "ailleurs" où la destinée redéfinit l'aventure humaine. On se souvient de la force étourdissante du Pont de Ran-Mositar (Albin Michel, 2005). Aux confins de ces tentations poético-politiques, L'Homme à la carrure d'ours est une ode à l'instinct de vie, un cantique habité dont le souffle balaie un monde stérilisé par la peur d'hommes au coeur racorni.
La neige est de retour. Lyouba sort les mains de ses poches, ramène d'étranges flocons secs plaqués au revers de sa pelisse. Depuis le matin, les hommes des citernes récupèrent ce qui reste de la toiture du hangar des Bloks, et les couches d'isolant déchiquetées s'émiettent à travers la Plaine. Un brouillard givré raye la pâle lumière de février, encore une heure et le froid arctique figera l'immense plateau, il faudra rentrer.
La jeune femme suit le va-et-vient de ses bottes rouges qui dépassent de la croûte de neige, s'évade par petites touches. L'odeur lointaine d'un feu de tourbe se mêle aux picotements du vent sur son visage, gomme sa tristesse, engendre des images qui l'emportent loin de la toundra gelée. Regard tourné vers l'intérieur, elle suit le labyrinthe de ses pensées comme sur un écran de cinéma.
On dit au Comptoir, qu'il y avait dans le temps une salle de projection pour l inconnus. Mais qui peut se vanter d'avoir un jour franchi les limites de la Zone, d'être allé par-delà les falaises jusqu'aux fjords interdits de la cité détruite de Voulkor, d'y avoir vu l'étoile rouge frappée de l'ours blanc au fronton du cinéma, et d'en être revenu ?
Elle s'arrête, renoue son écharpe, lisse la masse noire de ses cheveux. La brume bouchonne le paysage, s'épaissit. On dirait qu'un ouragan a éparpillé le coeur d'une bourgade fantôme dans un désert de neige. N'émergent que les toits dissemblables des cabanes, tôles rouillées, plates, ondulées, piquetées de mousse grise, goudronnées, la pente simple de la toiture des abris en planches, les cheminées rafistolées crachant une fumée jaunâtre, l'aplat des containers, la croix du baraquement de l'église orthodoxe, et du côté du ruisseau des eaux de fonte, le dessus en lambeaux des citernes. La Plaine s'enfonce dans une purée crayeuse, en quelques instants la température a chuté de dix degrés. Elle enfile ses moufles, coiffe son bonnet de renard bleu, repart. Le cuir de ses bottes ne craint ni la glace ni les marécages, un cadeau de Kolya pour ses vingt ans.
Repoussant le bric-à-brac de scies, de limes, de gouges qui encombrait son établi, l'homme a tiré de sous le tas de sciure une paire de bottes de femme presque neuves, les lui a offertes sans un mot. Pourquoi étaient-elles là, il n'en a rien dit. On se garde de parler de l'avant ici, quant à l'avenir, les rumeurs les plus folles se chargent de le rendre flou.es ouvriers du Trust minier de la baie, et que sur une toile tendue défilaient des visages
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