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Auteur : Andrew Pyper
Traducteur : Sebastian Danchin
Date de saisie : 14/12/2011
Genre : Policiers
Editeur : Archipel, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-8098-0571-0
GENCOD : 9782809805710
Sorti le : 09/11/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un saltimbanque multicarte. Producteur pour le disque (je suis notamment le producteur de l'harmoniciste Jean-Jacques Milteau, dont le nouvel album vient de sortir chez Sony), chroniqueur pour la presse musicale (jazz news, soul bag), auteur (j'ai une quinzaine de livres à mon actif, principalement des études historiques consacrées à la culture afro-américaine) et scénariste (plusieurs documentaires pour la télévision), je nourris ma passion du verbe en réalisant également des traductions.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Un jeune avocat de Toronto, mangé par le cynisme et la cocaïne, est envoyé par ses patrons défendre l'assassin présumé de deux lycéennes dans une bourgade perdue du grand nord canadien. A mesure de la préparation de son dossier, il est emporté dans un tourbillon de cauchemars et d'hallucinations qui le conduisent à se replonger dans un passé traumatisant qu'il cherche à occulter. Au terme de ce parcours du combattant se dessine pour lui une forme de rédemption.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Je retire le papier peint de la suite nuptiale. Pas les lierres et les fleurs collés sur les murs de la pièce depuis des décennies, mais les gros titres et les colonnes d'encre sèche en petits caractères. Je décolle ces mêmes portraits fragiles d'Ashley Flynn et de Krystal McConnell, diffusés aux quatre coins du pays, que des centaines de milliers de personnes pourraient reconnaître les yeux fermés, en attendant qu'un nouveau drame remplace par d'autres ces visages souriants. Chaque photo est décrochée et soigneusement repliée avant d'être rangée dans sa pochette d'origine, mais leur regard me dérange. Je préfère encore tout arracher, déchirer, jeter en tas sur le lit. La pile instable des articles menace à tout instant de s'effondrer. Les photocopies finissent par renoncer et s'endorment sur les draps blancs.
Seule reste la Dame dont le visage paraît immense à présent que le mur est à nu. Je retire délicatement les morceaux de scotch et soupèse dans le creux de ma main ce carré de papier anormalement lourd avant de le glisser dans la poche de ma chemise où il réchauffe ma poitrine tandis que j'attrape mes sacs et referme la porte derrière moi."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une symphonie de Mahler
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'atmosphère très particulière qu'est capable de dessiner l'auteur, que je soupçonne volontiers de ressembler aux paumés qu'il met en scène dans ses romans. Chaque roman de Pyper est une mise en abîme qui nous conduit à remettre en question l'absolu de notre réalité quotidienne.
Bartholomew Crane, jeune avocat sans scrupules, est envoyé par son cabinet dans une bourgade de l'Ontario pour assurer la défense d'un enseignant accusé du meurtre de deux de ses élèves. Les corps des jeunes filles n'ont pas été retrouvés, mais tout prête à penser qu'elles ont été noyées dans le lac voisin.
Alors que Crane commence à rassembler les éléments de sa défense, il devient la proie d'hallucinations. Il refuse d'abord de prêter attention aux voix qui le tourmentent, mais les événements font remonter à la surface d'étranges souvenirs...
Avec ce roman mêlant mystère, suspense et fantastique, Andrew Pyper a fait une entrée remarquée dans le monde du thriller. "Roman de l'année", selon le quotidien The Globe and Mail, numéro 1 des ventes au Canada, Lost Girls est en cours d'adaptation cinématographique.
Né à Stratford (Ontario) en 1968, Andrew Pyper, diplômé en littérature anglaise et en droit, a abandonné une carrière d'avocat pour se consacrer à l'écriture. Considéré comme le maître du suspense canadien, il est l'auteur de Le Marchand de sable va passer (L'Archipel, 2010 ; Points Seuil, 2011).
Tous les spécialistes du droit pénal vous le confirmeront, la vérité est une réalité galvaudée. Ce n'est un secret pour personne dans la profession que l'issue d'un procès dépend rarement des faits réels. Un simple observateur prend rarement en compte la distinction ténue qui existe entre dire la vérité et convaincre les autres d'en accepter une version alternative.
Je m'explique.
Tout à l'heure, je suis censé défendre un type accusé d'agression sexuelle, mais les éléments plaident d'eux-mêmes contre mon client, un certain M. Léonard Busch. Pour ne rien arranger, la représentante de la Couronne est aussi pugnace et ambitieuse que votre serviteur. Une jeune personne constipée dont les sourcils dessinent un V acéré chaque fois qu'elle ouvre la bouche, dont chaque parole prend la forme d'une accusation cinglante.
Hier, ces deux qualités ont grandement contribué à l'efficacité de son interrogatoire de la plaignante. Lorsque cette dernière a fondu en larmes en racontant ce qui s'était passé le soir du drame, mon adversaire s'est approchée de la barre en foudroyant du regard mon client, puis elle s'est évertuée à calmer les pleurs de la victime à grands coups de «calmez-vous, Debbie, vous n'êtes pas obligée de le regarder», en montrant d'un index tremblant ce cher Lenny. Une partition superbe, à la fois théâtrale et maternelle, d'une efficacité à toute épreuve. J'avoue avoir été tenté de jaillir de mon banc et de dénoncer auprès du juge une manoeuvre purement tactique. J'ai préféré me taire et lancer à mon adversaire un regard que j'espérais indigné. Dans un moment tel que celui-là, il est essentiel de se souvenir que la réussite d'un avocat repose parfois sur l'acceptation de défaites passagères, dans l'attente de la victoire finale.
La victoire de M. Busch, et plus encore celle de son défenseur, maître Bartholomew Christian Crâne, semblaient pourtant bien compromises. À mesure que s'accumulaient les preuves fournies par la Couronne, la perspective d'un acquittement s'éloignait inexorablement, à moins que la défense dispose d'un atout majeur. Sauf miracle, rien n'y ferait, si j'en croyais les visages fermés de membres d'un jury dont j'avais pourtant soigneusement expurgé socialistes, féministes et autres partisans de la condamnation d'O. J. Simpson. Ces gens-là savaient reconnaître un salopard lorsqu'ils en croisaient un.
Au moment d'ouvrir les yeux, aveuglé par la lumière torride de ce petit matin de septembre à Toronto, ma seule préoccupation est de dénicher un sauveur si je ne veux pas que Léonard Busch perde son procès.
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