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Auteur : Jean-Christophe Bailly
Date de saisie : 12/02/2012
Genre : Philosophie
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Détroits
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-267-02225-4
GENCOD : 9782267022254
Sorti le : 06/10/2011
La possibilité d'un poème qui, anéantissant la pose poétique, donnerait consistance à une phrase dont la diction (renonciation, la dictée) serait véridiction... et le rapport surtendu de cette phrase à ce qui s'entend dans la musique ou dans l'interruption (rythme ou silence)... et la possibilité qu'à travers tout cela ce soit la vie qui remonte et se souvienne d'elle-même comme si elle s'en allait... Telle fut l'extraordinaire condensation d'expérience à laquelle Philippe Lacoue-Labarthe lia sa vie. Tel est l'espace de réflexion des trois essais composant ce livre qui lui rend hommage.
Collection «Détroits»
fondée par Jean-Christophe Bailly, Michel
Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe
Jean-Christophe Bailly est né en 1949 à Paris. Après avoir longtemps travaillé dans l'édition (notamment chez Hazan et aux éditions Christian Bourgois où il a dirigé la collection «Détroits» avec Philippe Lacoue-Labarthe et Michel Deutsch), il enseigne aujourd'hui l'histoire de la formation du paysage à Blois. Depuis son premier livre, publié en 1967, il a beaucoup écrit, en croisant les genres et en couvrant de nombreux domaines qu'il s'efforce de faire jouer entre eux. Parmi ses livres récents : Panoramiques (Bourgois, 2000), Tuiles détachées (Mercure de France, 2003), Le versant animal (Bayard, 2007), L'instant et son ombre (Seuil, 2008) et Le dépaysement (Seuil, 2011)
"Comme des insondables" : ce sont les derniers mots d'un livre que l'écrivain Jean-Christophe Bailly a consacré aux animaux, Le visible est le caché (Le Promeneur, 2009). L'expression convient parfaitement à l'auteur lui-même, ainsi qu'à son ami philosophe Philippe Lacoue-Labarthe, mort en 2007, auquel il rend hommage dans un petit livre dense et passionnant, La Véridiction. La modestie de ce texte, comme toujours chez Bailly, cache une méditation sur l'expérience de la pensée, sur la venue de la voix, sur la possibilité, aujourd'hui, d'une existence poétique. Cet "insondable" est l'essentiel. Ce qui se joue depuis plusieurs décennies sous le nom de Bailly comme sous celui de Lacoue-Labarthe relève à mes yeux de ce qu'il y a de plus décisif : l'existence de la littérature.
Ce petit livre intitulé La Véridiction est avant tout un hommage à un homme et à une pensée. Les trois textes ou chapitres qui le composent ne sont pas à lire comme un recueil, mais comme une suite où l'effet de tuilage, avec ce qu'il comporte aussi de reprises et de leitmotive, est volontaire. Le premier, consacré à Phrase, fut commencé du vivant de Philippe Lacoue-Labarthe (qui est mort en janvier 2007), dans le vide sidéral où en était alors la réception de ce texte hors du commun (c'est tout le contraire aujourd'hui). Les deux autres ont été écrits à l'occasion de deux colloques qui se sont tenus, l'un à Athènes en octobre 2008, l'autre à Strasbourg un an plus tard. Ils ont tous été publiés en revue, dans des numéros ou des cahiers spéciaux consacrés à la pensée de Philippe Lacoue-Labarthe. Mais le geste de les réunir en les modifiant légèrement, destiné à créer autour d'eux un nouvel horizon de lecture, s'il est un geste classique et même attendu, prend ici un tout autre sens que celui de la simple réunion : envers l'ami disparu, il a quasi le caractère d'une obligation.
Les deux colloques de Strasbourg et d'Athènes, auxquels il faut ajouter celui de New York qui, en avril 2008, les précéda, les numéros de revues, les articles et même aujourd'hui les livres, sans parler des rééditions ou du travail, en cours, d'édition de textes inédits ou qui étaient encore en chantier, tout cela témoigne du rayonnement de la pensée de Philippe Lacoue-Labarthe. Ce rayonnement conserve pourtant, et je crois qu'il le faut, quelque chose de secret, qui prolonge tout ce qui, dans une telle expérience de pensée et d'écriture, avait trait justement à l'expérience - un mot qui n'avait pas connu dans la pensée, pour la pensée, un tel destin, un tel retentissement, depuis Bataille.
Loin de prétendre embrasser la multiplicité des facettes et des angles d'attaque d'une oeuvre difficile et ardente dont beaucoup reste à découvrir, ce petit livre s'inscrit dans l'ombre portée de ce rapport de l'expérience à elle-même. Les chemins qu'il suit, via les questions du poème, de la diction et de la césure, sont tous des sentiers qui eux-mêmes parcourent ce versant. Il me semble - aussi loin de moi que puisse être l'idée d'ascension - qu'ils se succèdent comme des paliers : depuis une approche encore relativement descriptive et presque littéraire jusqu'à la considération d'un noyau de sens fondamental, celui qui nous a été légué par Philippe Lacoue-Labarthe juste avant sa disparition.
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