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_ Agonie terminée, agonie interminable : sur Maurice Blanchot Suivi de L'émoi

Couverture du livre Agonie terminée, agonie interminable : sur Maurice Blanchot Suivi de L'émoi

Auteur : Philippe Lacoue-Labarthe

Date de saisie : 04/01/2012

Genre : Philosophie

Editeur : Galilée, Paris, France

Collection : La philosophie en effet

Prix : 27.00 € / 177.11 F

ISBN : 978-2-7186-0850-1

GENCOD : 9782718608501

Sorti le : 13/10/2011

  • Les présentations des éditeurs : 02/12/2011

Dans «Le miracle secret», Borges imagine la mort étrange d'un écrivain praguois que la Gestapo arrête en mars 1939 et condamne, au seul prétexte qu'il est juif et qu'il a été dénoncé comme tel, à être passé par les armes. La nuit qui précède son exécution, il a rêvé que la voix même de Dieu lui accorde le temps nécessaire pour achever son travail. Le lendemain à l'aube, entre le moment où les soldats du peloton braquent leurs fusils sur lui et celui de la décharge mortelle, le temps de l'«univers physique» est comme suspendu : l'écrivain remanie et accomplit en secret son «oeuvre», à jamais pourtant inachevée.
À la considérer sous l'angle de son ultime «récit» publié, L'Instant de ma mort, et d'un énigmatique fragment «autobiographique» antérieur, «(Une scène primitive ?)», on est peut-être en droit d'estimer que le conte de Borges emblématise assez bien l'oeuvre «désoeuvrée» de Blanchot, tout entière écrite ou réécrite, achevée inachevable, dans le temps incommensurable qui sépare le 20 juillet 1944, date à laquelle il faillit être fusillé par les nazis (ou telle journée de l'hiver 1914 ou 1915, qui fut celle d'une extase enfantine), et la mort désormais survenue le 20 février 2003 : le temps atemporel de l'agonie native et de la mort immémoriale, «impossible nécessaire», qui aura autorisé la dernière méditation de celui qui avait interrogé sans relâche la Littérature ou l'Écriture dans sa possibilité même.
Ce livre tente de proposer une lecture de ces deux textes. Plus exactement, il les interroge pour mettre à l'épreuve ce qui, à travers la hantise du «mourir», s'est joué quant aux catégories majeures de la fiction et du mythe, du testimonial et du testamentaire, de l'aveu et du secret, de la non-présence à soi et du retrait, de l'autre (éthique) et de l'être-ensemble (politique), etc. Mais surtout quant à ce qu'il faut bien se résoudre à nommer l'écriture posthume de Blanchot.



  • La revue de presse Christophe Bident - Le Magazine Littéraire, janvier 2012

Philippe Lacoue-Labarthe fait résonner l'oeuvre immense de Blanchot dans quelques lignes où l'écrivain décrit une «scène primitive» (un enfant de 7 ou 8 ans vit une extase à la fenêtre où le ciel se vide pour révéler que «rien est ce qu'il y a, et d'abord rien au-delà»), et dans quelques pages intitulées «L'instant de ma mort» (en 1944, un homme de 37 ans échappe à un peloton d'exécution russe commandé par les nazis). Il voit en ces minces écrits «deux grands textes autobiographiques» qui fondent la réflexion de Blanchot sur «le mythe moderne de l'écrivain». Ces textes la rendent possible et l'allégorisent, puisque Blanchot, porteur de «l'idée que l'écrivain est celui qui écrit en sachant qu'il est déjà mort», est lui-même devenu cette «figure absolument mythique de l'écrivain moderne». Or, et c'est là ce qui trouble Lacoue-Labarthe, l'oeuvre de Blanchot, au moins depuis L'Espace littéraire, s'efforce sans relâche de se libérer du mythe, de la pensée mythique, de toute trace de pensée mythique.


  • La revue de presse Yannick Haenel - Le Monde du 1er décembre 2011

Agonie terminée, agonie interminable, loin des psalmodies morbides, s'attache à découvrir la généalogie d'une double extase que Blanchot raconte dans L'Instant de ma mort et dans L'Ecriture du désastre, laquelle, rejouant la scène immémoriale de la mort telle qu'on la rencontre chez Montaigne, Rousseau ou Artaud, réinvente cet événement comme ce qui a toujours eu lieu, et fonde non plus un terme, mais une origine. Cette extraordinaire opération que Blanchot accomplit sur la mort est sans doute la plus radicale contestation de celle-ci qui puisse s'effectuer : Blanchot inverse la mort en une impossibilité de mourir, dont il fait l'espace de la littérature, laquelle devient ce lieu étrange, suspendu, où il est possible de faire ce qui est l'impossible même, c'est-à-dire d'expérimenter la mort.


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