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.. Définir la fiction : du roman au jeu d'échecs

Couverture du livre Définir la fiction : du roman au jeu d'échecs

Auteur : Olivier Caïra

Préface : Jean-Marie Schaeffer

Date de saisie : 06/02/2012

Genre : Sociologie, Société

Editeur : Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris, France

Collection : En temps & lieux, n° 27

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-7132-2293-1

GENCOD : 9782713222931

Sorti le : 06/10/2011

  • Le courrier des auteurs : 10/02/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Olivier Caïra, 38 ans, sociologue, enseignant à l'IUT d'Evry et auteur de jeux de société.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Il s'agit de réconcilier la fiction dont on parle dans les débats théoriques avec la palette très large de ce qu'elle est aujourd'hui : roman, cinéma, théâtre, bien entendu, mais aussi série télévisée, jeu de société, jeux vidéo, énigmes mathématiques, théâtre d'improvisation, jeu de rôle, etc. J'étudie surtout les cas où cette définition ne fait pas l'unanimité : par exemple la soirée où la télévision francophone belge a annoncé l'indépendance de la Flandre, avant d'annoncer au bas de l'écran «Ceci est une fiction».

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Cette jolie formule italienne : «Se non è vero, è bene trovato.» (Si ce n'est pas vrai, c'est bien trouvé.). La fiction, c'est le domaine du «bien trouvé».

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
«Money for Nothing» de Dire Straits, qui a été censurée au Canada en 2011 pour homophobie. Les défenseurs de la chanson soutiennent que c'est un personnage de fiction, et non le chanteur Mark Knopfler, qui s'y exprime. C'est typiquement le genre de dossiers que j'aime suivre en tant que sociologue.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La curiosité pour la fiction sous toutes ses formes. En France, on a facilement tendance à séparer les anciens et les modernes, les littéraires et les scientifiques. J'espère que mes lecteurs auront autant de plaisir à replonger dans les oeuvres classiques qu'à se pencher sur la culture dite «geek». J'espère surtout attirer le regard vers les jeux de simulation, car ils incorporent autant le patrimoine littéraire et cinématographique que la logique et les mathématiques.


  • Les présentations des éditeurs : 10/02/2012

«Pour vous, qu'est ce que la fiction ?» À l'origine de ce livre, telle était la question posée par Olivier Caïra sur différents terrains d'enquête. Les réponses recueillies furent aussi nombreuses que déconcertantes : sudoku, exercice de mathématiques, jeu d'échecs, jeu de rôle, série télévisée... Très vite, se dessina dans l'esprit du sociologue un territoire complexe des oeuvres et des expériences de fiction, lequel allait donner lieu à une odyssée à travers les sciences sociales, en quête de l'objet «fiction».

S'engageant contre toute approche monodisciplinaire, l'auteur appelle à ouvrir la notion pour y inclure des phénomènes que la plupart des théories ont jusque-là négligés, notamment les jeux de simulation et les énoncés logico-mathématiques. En multipliant les exemples singuliers, les expériences ambiguës et les cas contestés de fictionnalité, c'est l'inscription de la fiction dans le réel qui apparaît plus clairement. Souvent à l'origine de vives controverses, les canulars tels que la fausse indépendance de la Flandre déclarée dans une émission télévisée, l'autofiction dans le roman français contemporain ou l'exploitation du réel dans les films d'Hollywood permettent de mieux cerner ce qui nous attire et nous intrigue dans l'univers de la fiction.

Par son approche originale, Olivier Caïra tient compte du point de vue des producteurs de fiction comme de celui des publics et réinterroge le lien entre fiction et documentaire.

Maître de conférences en sociologie au Centre Pierre Naville, Olivier Caïra enseigne à l'IUT d'Évry. Ses recherches portent sur les théories de la fiction, l'autorégulation des industries de loisir et l'analyse comparative des formes d'engagement dans la fiction.



  • La revue de presse Jean-Louis Jeannelle - Le Monde du 1er décembre 2011

S'il est un acquis essentiel de ce passionnant essai, c'est bien de prouver qu'on ne saurait réduire la fiction à son substrat littéraire - Jean-Marie Schaeffer, spécialiste reconnu de poétique, l'avait déjà établi dans Pourquoi la fiction ? (Seuil, 1999), mais sans en tirer toutes les conséquences. Les jeux de rôle ou les séries télévisées, telle "The Wire" (diffusée en France sous le titre "Sur écoute") se révèlent bien plus intéressants pour le théoricien de la fiction que les éternels Don Quichotte, Madame Bovary et autres Sherlock Holmes.


  • Les courts extraits de livres : 10/02/2012

Extrait de l'introduction

Les livres dont l'influence est la plus durable sont les oeuvres de fiction. Ils n'attachent pas le lecteur à un dogme, dont il devrait par la suite découvrir la fausseté ; ils ne lui apprennent pas une leçon, qu'il lui faudrait ensuite désapprendre. Ils répètent, ils arrangent, ils clarifient les leçons de la vie ; ils nous désengagent de nous-mêmes, ils nous obligent à la connaissance des autres; et ils nous montrent la trame de l'expérience, non telle que nous pouvons la voir par nous-mêmes, mais avec un changement notoire - ce monstrueux et dévorant ego qui est le nôtre se trouve pour la circonstance annulé.
Robert Louis Stevenson, Essais suri 'art de la fiction, 1992.

Les travaux sur la fiction abondent, mais rares sont ceux qui partent de l'éventail d'oeuvres et d'expériences que les acteurs sociaux qualifient de fictionnelles pour en formuler une définition unifiée. L'objet de ce livre est d'ouvrir au plus large cet éventail.
Nos détours par la fiction sont si nombreux, si variés dans leurs manifestations que nous en perdons le compte. C'est bien entendu la lecture d'un roman, la pièce de théâtre, le film ou la série télévisée. Ce sont également d'autres oeuvres et supports d'expériences, comme la bande dessinée, le jeu vidéo, le jeu de rôle sur table ou grandeur nature, les jeux de société comme le Cluedo ou le Monopoly, mais également le jeu d'échecs ou la grille de Sudoku. Certaines s'organisent en univers entiers, de celui de la Comédie humaine à ceux de Harry Potter ou de Star Wars, avec leurs déclinaisons d'un média à l'autre et leurs innombrables «fanfictions», autorisées ou non. Il faut aussi tenir compte des récits improvisés, des mises en situation pédagogiques - de l'exercice de robinets à la simulation d'entretien d'embauché -, des digressions ouvertes dans la conversation par des formules comme «imaginons que...», des minuscules intrigues des tests psychologiques, des systèmes mathématiques abstraits, des simulations de conduite et de pilotage...

Il faut enfin considérer les oeuvres et expériences dont la fictionnalité n'a rien d'évident, parce que les informations manquent ou parce que les acteurs ne s'accordent pas sur leur statut. Définir la fiction, ce n'est pas dépouiller les oeuvres et les situations de leur ambiguïté lorsque celle-ci domine ; c'est expliciter nos attentes face aux cadres fictionnels, en admettant que ces attentes peuvent être déçues, à dessein ou de manière fortuite. Y a-t-il fiction quand Orson Welles panique New York avec son adaptation radiophonique de La Guerre des mondes en 1938 ? Oui, du point de vue de son équipe ; non, du point de vue des citadins qui fuient l'invasion martienne. C'est dans ce «oui et non» que gît le défi de ce livre : dire ce qu'est la fiction sans déposséder les acteurs du dernier mot en la matière.
La palette des fictions que nous manipulons au quotidien semble trop large pour donner prise à une définition. Éludant ce foisonnement, la plupart des textes consacrés à la «fiction» demeurent centrés sur les oeuvres littéraires. Pourtant, nous considérons sans difficulté certains films, certains exercices, certains exemples philosophiques ou certains jeux comme des fictions. Les précautions dont nous entourons ces différents modes de communication sont d'ailleurs remarquablement voisines, dès qu'une référence paraît trop transparente, quand une séquence de scénario semble sujette à caution, ou lorsque l'attrait de ces univers se rapproche d'une relation d'emprise.


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