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.. La vache au nez subtil

Couverture du livre La vache au nez subtil

Auteur : Campos de Carvalho

Traducteur : Emmanuel Tugny

Date de saisie : 18/01/2012

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Léo Scheer, Paris, France

Collection : Laureli

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-7561-0350-1

GENCOD : 9782756103501

Sorti le : 30/11/2011

  • Le courrier des auteurs : 18/01/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Emmanuel Tugny, écrivain, musicien, chroniqueur et, en l'occurrence, traducteur.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Souvenirs et amours étranges d'un ancien combattant

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Dire les choses en posant sa main sur une épaule est facile et les répéter plus facile encore : en pensée, ma droite ou ma gauche -je ne les nomme pas ainsi par hasard- vont rejoindre où elles se trouvent ses éminences d'homme et d'épaule pour qu'à mon tour je lui donne un conseil de sage qui aura, comme moi, l'avantage de l'entière gratuité : MERDE ! MERDE ! MERDE ! MERDE ! MERDE ! MERDE ! MERDE !

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La Danse macabre de Saint-Saëns

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La beauté fiévreuse et morbide, à l'européenne (Céline, Hyverneaud) ou à la russe (Dostoievski), d'une oeuvre curieusement écrite par un auteur brésilien.


  • Les présentations des éditeurs : 14/12/2011

Survivant de la Première Guerre mondiale, le protagoniste de La Vache au nez subtil est un être désenchanté, brisé par les tranchées, habité par la mort. Il voit le monde avec cynisme et humour, un monde au sein duquel il est à la fois héros et antihéros monstrueux : alcoolique, schizophrène, antipatriotique, obsédé par le sexe... il dresse un portrait à charge de la société et des méfaits de la guerre. Sa rencontre avec Walkyrie, l'étrange fille de 15 ans d'un gardien de cimetière, va lui faire connaître la pureté de l'amour et la mise au ban de l'humanité.
Ce roman a été publié pour la première fois au Brésil en 1961 ; il est emblématique du mouvement surréaliste littéraire brésilien. C'est une oeuvre fondatrice à l'univers sombre dont le style rappelle celui du Céline de Voyage au bout de la nuit. Jouant de la langue parlée et de la difficulté de la condition humaine, Campos de Carvalho observe les existences qui l'entourent avec une tragique distance et un lyrisme haletant. On est emporté par la sincérité des émotions, le refus des compromis d'une écriture brute, organique. Le roman porte le titre d'un tableau de Dubuffet : de la vache à celui qui regarde le tableau, n'est pas le plus animal celui qu'on croit...

Campos De Carvalho (1916-1998) a publié des romans, nouvelles, essais humoristiques de 1941 au début des années 1970. La Vache au nez subtil est son troisième roman.



  • La revue de presse Eric Loret - Libération du 1er décembre 2011

Campos de Carvalho était procureur de l'Etat de São Paulo, avait commencé par des opuscules comiques qu'il renia plus tard. Il déclara dans un entretien : «Les gens - et moi-même à l'occasion - m'ont pris pour un fou, mais une visite dans un asile, hélas, a suffi pour me détromper.» Rien de foutraque en tout cas dans la Vache au nez subtil (1961), admirablement traduit par Emmanuel Tugny. Logique de mort, au contraire, dès la première phrase : «Où loge Monsieur ? Hôtel Terminus. Mais il n'y a aucun Hôtel Terminus, ici. C'est ce que vous croyez.» Terminus, tout le monde se fait descendre. Le narrateur est un rescapé du dernier grand conflit mondial, il a connu les tranchées, et il n'est pas à proprement parler misanthrope : c'est plutôt comme si l'humanité avait déserté sa réalité. I


  • Les courts extraits de livres : 14/12/2011

Où loge Monsieur ? Hôtel Terminus. Mais il n'y a aucun Hôtel Terminus, ici. C'est ce que vous croyez.
Il était plus de onze heures, imperceptiblement il pleuvait. On a marché jusqu'au portail du cimetière. Je m'arrête ici - dis-je, tendant une main gelée. Bonne nuit ! je ne suis pas superstitieux mais je dois avouer que ce fut, comment dire ? Un tant soit peu, comment dirais-je... J'avais la sensation que cette main serrait encore la mienne quand j'ai actionné l'interrupteur et que je suis entré dans la chambre. Quel âne ! Répétai-je, une cigarette fichée au coin du bec, elle aussi éteinte et glacée. Toute cette philosophie pour ça !
Peut-être la vérité, en somme. Mais ce n'est pas exactement ça que je voulais dire, ce n'est guère le genre de choses qui intéresse qui que ce soit à part moi : quatre et quatre-vingt-quatre, carrée et carrée égalent deux mille carrées, la mienne et la sienne, la mienne et celle de qui partage la mienne - partager est une façon de parler. Il y a deux lits, il pourrait y en avoir deux cents, comme dans cet hôpital où je suis passé pendant la guerre - comme au cimetière, côte à côte mais aux antipodes, chacun bouclé dans son pyjama, dans sa cicatrice. L'hébétude des autres ne m'intéresse pas, la mienne seule. Et même moi, cela m'ennuie d'être hébété : je suis juste victime. Tout est si morne !
En outre, pas de fantômes dans les cimetières. S'il vit là, c'est qu'il a ses raisons. Moi aussi, j'ai vécu dans des caves, dans des couloirs, dans des tranchées, même : le problème du logement, l'État s'en moque ; Que chacun s'en dégotte un. Il est fort possible qu'un jour, je lui rende visite pour m'ôter d'un doute : Hôtel Terminus - c'est bien vu. Ça doit être un déconneur.
Ma chambre ! Ça devrait être interdit, cette promiscuité entre étrangers, et on est tous des étrangers : ma mère et moi, moi et moi, ce que j'ai été enfant et dont je ne me souviens plus, moi avec et sans moustache : quelle blague ! D'ici peu, l'étranger se pointe, il entre sans frapper, il se déshabille, sexe et fesses à l'air, tire sur le drap et s'endort - le tout sans dire un mot. Ce serait pire s'il s'allongeait dans mon lit, certificat de mariage en main pour lui garantir ce droit, quand même les morts ont le droit de dormir seul, ou quasi. Protester ne sert à rien, c'est pareil partout : même le président dort avec la première dame, ou la seconde, et le roi avec la reine et dieu avec je ne sais qui. Si tu veux dormir seul, pourquoi tu te colles pas une balle dans la tête ? Je les écoute, toujours aussi fendards. Je ne protesterai pas, j'ai pas assez d'énergie pour ça, ni même pour beaucoup moins.
Le sens de l'humour de ces gens-là a déjà plongé dans le désespoir nombre de mes oncles. Une tante, aussi : que ça me serve de leçon.


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