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.. L'anorexie mentale, une oeuvre occidentale

Couverture du livre L'anorexie mentale, une oeuvre occidentale

Auteur : Gil Chabrier

Date de saisie : 21/12/2011

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : L'Harmattan, Paris, France

Prix : 24.50 € / 160.71 F

ISBN : 978-2-296-55234-0

GENCOD : 9782296552340

Sorti le : 01/07/2011

  • Le courrier des auteurs : 20/12/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Je vais bientôt avoir 39 ans et je travaille avec plaisir en tant que magasinier à la Bibliothèque nationale de France.
Ancien thésard en philosophie lâché au dernier moment par mon directeur de recherches fin 2010, j'ai décidé de m'orienter vers l'écriture en cherchant à faire publier mon travail : un immense merci à Alain Brun des éditions L'harmattan.
Si vous voulez en savoir plus sur ma petite vie, rendez-vous ici :
www.erosofia.com, j'y indique une biographie plus longue.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Je réfléchis sur l'anorexie depuis 20 ans et j'y vois des choses différentes : soumission à des normes occidentales qui remontent à très loin, tentative de transfiguration de soi et surtout bien sûr souffrance par isolement, le tout croisant entre autres les thèmes de l'individualisme, de la pornographie, du totalitarisme.
Pour concilier tous ces sujets, j'approche l'anorexie en me basant sur ce que disent les anorexiques, en dénonçant certains idéaux de notre étrange civilisation et en mêlant les disciplines : anthropologie, philosophie, psychiatrie, sociologie et surtout histoire des religions, principalement orientales, car ce sont elles qui me servent ici de grille d'interprétation.
Vu sous cet angle, le livre va apparaître compliqué et un peu ennuyeux...
Mais c'est précisément ce que j'ai cherché à éviter ! Il suffit juste d'oublier un peu l'anorexie dès la première partie et de se laisser porter : vous devriez retomber progressivement sur vos pattes au cours de votre lecture.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Sauf erreur, si toutes les femmes ne sont pas anorexiques, à travers tous les témoignages que j'ai pu consulter, il m'est apparu que les anorexiques, au sujet des pratiques contemporaines de la sexualité, révèlent de façon contrastée, là encore au sens photographique, des dominantes sur le désir féminin", p. 175-176.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Sans chercher à froisser qui que ce soit, je n'apprécie pas trop la musique classique, que je trouve souvent artificielle et sentimentale.
Et puis la question est un peu embarrassante : elle présuppose que je trouve mon livre aussi réussi que des morceaux musicaux qui moi me laissent baba.
Alors dans le meilleur des cas, j'aimerais que mon livre évoque (au moins de très loin...) deux chansons qui me viennent à l'esprit :
/Witches/ des Cow Boy Junkies (une sorte d'a cappella féminin - qui me fait penser à l'anorexie ? - en américain et plein de mystères) et un morceau des Beastie Boys, Boddhisattva Vow (un mélange inattendu et pourtant réussi de la tonicité féroce du hip-hop, et de la puissance bouleversante et porteuse d'éternité des... chants tibétains).

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Qu'avec quelques personnes, fussent-elles très peu nombreuses, l'on se reconnaisse.


  • Les présentations des éditeurs : 20/12/2011

L'anorexie peut se comprendre comme un phénomène de société, l'expression d'un mal-être et une démarche «existentielle». Cet essai iconoclaste, qui s'appuie sur les textes écrits par des anorexiques et des échanges avec des anorexiques, tente de mettre en évidence la spécificité occidentale de l'anorexie. Car si spécificité occidentale de l'anorexie il y a, il faut la chercher dans ce qui fait la spécificité même de l'Occident. Il s'agit dès lors de quitter les sentiers battus et de voir comment les hommes, pendant des millénaires, ont cherché à transfigurer leur vie, avant d'interroger des représentations propres à l'identité occidentale depuis le «génie grec», notamment sur le corps, le féminin, la «sexualité» et le vide. Car l'anorexie est peut-être une oeuvre occidentale faisant écho à un désir archaïque et universel de liberté et de «sentiment océanique». Mais si elle se termine paradoxalement dans la souffrance, c'est peut-être parce qu'elle procède de façon occidentale, c'est-à-dire dualiste et idéaliste, en opposant l'esprit au corps.

Né en 1973, Gil Chabrier est titulaire d'un Master de philosophie pratique. Il a travaillé comme coursier, pion, stagiaire sur des tournages de publicités et surtout comme agent hospitalier dans de nombreux services hospitaliers, notamment en pédopsychiatrie. Il effectue durant ces années une analyse. Il est depuis 2003 magasinier à la BnF.


  • Les courts extraits de livres : 21/12/2011

Extrait de l'introduction

Hier, je me suis rendu dans un lycée [...]. Durant une pause [...] une jeune fille est venue à moi. J'apprendrai [...] qu'elle est anorexique [...]. Elle m'a tendu un cahier et demandé de lire la note qu'elle venait d'écrire [...]. Dans cette note, cette élève disait que la peinture est un art, qu'elle aime la peinture, et qu'elle espère rencontrer un peintre qui lui ferait connaître le désir, le plaisir et l'amour...

De fait, aborder l'anorexie n'est pas une innovation, d'autant plus que c'est encore un homme qui le fait sur ce thème majoritairement féminin. Simone de Beauvoir, que j'apprécie pourtant beaucoup, disait qu'écrire sur la femme «est irritant, surtout pour les femmes»2, ce que je pense pouvoir comprendre. Mais il ne faut pas non plus que cela empêche de s'exprimer sous prétexte que cela risque d'être «irritant», car si jamais ces pages n'apportent effectivement rien à personne ou même irritent carrément, qu'on les oublie au plus vite, j'aurais au moins dit ce que je pensais.
L'anorexie est donc un thème souvent évoqué dans la littérature spécialisée et dans les médias. Mais ce «succès» s'explique par une réalité moins rose, qui est que le nombre de personnes souffrant de ce symptôme est croissant. Les cas d'anorexie ne sont d'ailleurs pas les seuls en hausse, il y a aussi les autres troubles du comportement alimentaire (TCA), la boulimie, l'hyperphagie, l'obésité. Pour ce qui est de l'anorexie, les enquêtes avancent ces chiffres : 10 % d'une population féminine globalement adolescente, et 10 % des anorexiques sont des adolescents ou de jeunes hommes. Ces données sont certainement à revoir, puisqu'elles sont les mêmes depuis longtemps et précisent que le phénomène augmente chaque année.
Une autre donnée, capitale celle-là : il est probable que l'anorexie présente un lien avec l'Occident. Des études rapportent l'apparition d'anorexiques dans des pays en voie de développement, mais elles sont généralement en lien avec des milieux aisés et «cultivés» : finalement occidentalisés. En passant par un moteur de recherches sur le web, les enquêtes les plus récentes annoncent que dans ces pays, l'anorexie commence à toucher de plus en plus d'adolescentes. Pourtant, ceci ne vient pas invalider l'hypothèse selon laquelle l'anorexie serait une conséquence de la civilisation occidentale. Car les spécialistes se posent souvent cette question.
En effet, il ne faut pas oublier que nous sommes à l'ère de la mondialisation. Le «développement» est une valeur essentiellement occidentale. Or, développement veut dire occidentalisation, ce qui d'ailleurs ne va pas forcément de soi. S'il est exact que dans les pays en voie de développement, les jeunes peuvent conserver des éléments des traditions locales dans leur vie de tous les jours, il n'en demeure pas moins que leur façon de s'habiller est suffisamment éloquente : ils sont les objets des mêmes paradigmes que la jeunesse américaine, australienne ou française. C'est que par Occident, il ne faut plus tellement entendre une zone géographique qu'un système de valeurs.
À bien des égards, l'anorexie est à la mode, mais sur un fond d'ambivalence, comme si elle fascinait tout autant qu'elle horrifiait, elle suscite une sorte de curiosité mitigée à l'instar du X. Des femmes, dans un élan publicitaire de fausse confidence destinée à s'attirer une étrange distinction, se disent en être passées par «l'enfer de l'anorexie» alors que pendant quelques semaines, elles se sont sûrement plus rêvées anorexiques qu'autre chose. Sur les forums spécialisés, il n'est pas rare de lire des adolescentes qui veulent devenir anorexiques, pourtant l'anorexie est le symptôme psychiatrique générant le plus de décès. Des mannequins sont effectivement anorexiques, leur minceur ôte tout doute, et elles sont mitraillées par les objectifs au même titre que des stars pulpeuses. Des femmes ne présentent aucun signe apparent de TCA, pourtant leur «mentalité» est bien celle d'anorexiques. Quand elles sont hospitalisées, elles peuvent susciter de l'admiration, une compassion dégoulinante ou encore un acharnement pervers. Sur les forums, les demandes de témoignages d'élèves infirmières pour leur mémoire, d'étudiants en médecine ou en psychologie pour leurs recherches, ou de journalistes pour des émissions, sont fréquentes. Pour finir, une anecdote : deux anorexiques hospitalisées sont en permission, elles ne sont donc sûrement pas obèses, elles sont en train de s'acheter un chausson aux pommes dans une boulangerie et quelqu'un leur dit : «Attention mesdemoiselles ! C'est pas bon pour la ligne...» C'est que l'anorexie est bien dans l'air du temps.


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