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Auteur : Nicolas Fargues
Date de saisie : 16/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 9782818014776
GENCOD : 9782818014776
Sorti le : 05/01/2012
En famille comme à huit mille kilomètres, un homme est toujours tout seul au monde : voilà ce que je n'aurais pas imaginé démontrer si je n'étais, pour ma part, né à ce point soucieux du confort des autres. Ou moins craintif de leur déplaire, je ne sais jamais.
Nicolas Fargues est né en 1972. Enfance au Cameroun, au Liban puis en Corse. Études de lettres à la Sorbonne. Mémoire de DEA portant sur la vie et l'oeuvre de l'écrivain égyptien Georges Henein. Deux ans de coopération en Indonésie, retour à Paris, petits boulots, publication en 2000 du Tour du propriétaire. De 2002 à 2006, dirige l'Alliance Française de Diégo-Suarez, à Madagascar. Il a deux enfants et vit actuellement à Paris.
Fargues a le don de la description clinique qui rappelle le Robbe-Grillet des Gommes, capable de dépeindre un quartier de tomate jusqu'aux accidents de la pelure. Mais, plus que celui des choses, c'est dans le portrait, physique et moral, de ses frères humains que Fargues excelle...
La ligne de courtoisie, ou comment un écrivain s'affranchit de toute politesse pour frapper qui il veut, quand il le veut et où il le veut.
En panne d'inspiration et d'amour, un écrivain quadragénaire tente l'exil. Et échoue, sous l'oeil impitoyable de Nicolas Fargues...
Outre l'implacable satire (à la Houellebecq...) de notre vie quotidienne, entre supermarchés et hi-fi dernier cri, et le portrait non moins féroce des adolescents (et des écrivains) d'aujourd'hui, ce sont les descriptions précises, quasi entomologiques de notre environnement immédiat (de la machine à laver jusqu'aux moutons de poussière) qui forcent l'admiration. Quel style !
Dans «la Ligne de courtoisie», Nicolas Fargues dresse le portrait sarcastique d'un écrivain sur le déclin qui tente une renaissance en Inde et plonge dans l'enfer des autres...
Le riche nuancier psychologique de Fargues et sa prose talentueusement clinique laissent peu de raisons d'espérer. Le salut par la littérature, peut-être ? Miasme du désespoir ? Suprême essence de coquetterie ? L'infinie politesse relativiste interdit au grand voyageur de trancher entre les cultures, entre la bonne et la mauvaise littérature. «En vertu de quelle objectivité les livres à prétention ''durable'', inspirés et désabusés, primeraient-ils sur une littérature de loisirs instantanés ?», s'interroge Fargues, héros viril de la perdition.
Cela faisait bien vingt minutes que je promenais mon chariot entre les linéaires et les gondoles de l'hypermarché, je n'avais toujours rien déposé dedans. Crevettes pénéides de Nouvelle-Calédonie ou veau d'Aquitaine élevé sous la mère ? Courgettes blanches de Virginie ou potimarron Uchiki Kuri ? Je ne me sentais pas tant en proie à une indétermination de gourmet qu'au découragement pur et simple.
La dernière fois que je m'étais ainsi forcé à concevoir un repas pour plus de trois personnes remontait à quatre ans, peu de temps après avoir connu Léa. Afin de passer pour un garçon dévoué et prompt à l'initiative, je lui avais suggéré d'inviter à dîner à mon appartement ses meilleurs amis du moment. Elle choisirait la date et téléphonerait à chacun, c'est moi qui prendrais la suite en charge. «Tu n'auras même pas besoin de rester à la maison pour m'aider à préparer, je m'occupe de tout», j'avais surenchéri, cherchant surtout à lui signifier par là que rien ne serait jamais trop confortable pour elle. Et, de fait, épris de Léa depuis moins d'un mois, j'aurais pu alors exécuter à peu près n'importe quoi pour l'éblouir, comme chaque fois que je viens de rencontrer une fille et que je m'évertue à passer à ses yeux pour un type formidable.
«Bon, d'accord», elle avait consenti avec tiédeur, «Promis, je te laisserai tout faire tout seul.» Avant de s'assurer du bout des lèvres, rendue quelque peu soupçonneuse par mon zèle : «Et toi ? Tu es sûr que tu n'as envie d'inviter personne ?» «Personne», j'avais souri dans une magnanimité nerveuse, comme pour contrecarrer ma double déception qu'elle n'eût manifesté davantage de gratitude envers ma proposition ni spontanément soulevé l'hypothèse de passer le jour dit un peu de temps avec moi et me faire la conversation pendant que je pèlerais mes patates douces et farcirais mes bars de pleine mer.
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