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.. Borderland

Couverture du livre Borderland

Auteur : Vamba Sherif

Traducteur : Xavier Luffin

Date de saisie : 14/12/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque anglo-saxonne

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 9782864248538

GENCOD : 9782864248538

Sorti le : 16/02/2012

  • Les présentations des éditeurs : 15/12/2011

Un jour écrasant de la saison sèche, un homme vêtu d'un costume trois pièces descend d'un bus dans la grand-rue de la ville frontalière de Wologizi. L'étranger arrive de Monrovia pour mener une enquête secrète sur la disparition du chef coutumier.
Dès la première nuit, il est harcelé par des bruits infernaux et inexplicables qu'il semble être le seul à entendre. Il est dérouté par l'attitude des gens qui l'aident et l'égarent à la fois : le vieux Kapu, le nouveau chef, ses femmes, en particulier la plus autoritaire Hawah Lombeh qui se glisse dans son lit, le caporal Gamla, chef de la police, ou Seleh le menuisier, amant de Makemeh la belle et insaisissable fille du chef disparu, qui l'attire et le repousse.
Il enquête difficilement dans une atmosphère étouffante, découvrant l'usage du pouvoir dans un pays corrompu, ainsi que les interactions entre le visible et l'invisible dans une société rythmée par les mystères de l'initiation. Plus il s'approche de la vérité, plus le monde devient inquiétant, plus il se sent en danger.

Vamba Sherif est né au Liberia en 1973. Il a passé sa jeunesse au Koweït où son père était universitaire. Il a quitté le Koweït, au moment de la première guerre du Golfe, pour les Pays-Bas où il vit toujours.


  • Les courts extraits de livres : 15/12/2011

Par un jour oppressant de la saison sèche, un homme descendit du bus et traversa la rue principale de la ville frontière de Wologizi. Il s'approcha d'un jeune homme penché au-dessus d'une citerne remplie d'eau. Le jeune homme regardait son reflet depuis un certain moment déjà, et le visage qui le salua dans l'eau claire portait un sourire béat. L'étranger boitait, mais avec le temps il avait appris à dissimuler intelligemment son handicap en se pavanant, si bien que le jeune homme qui avait entendu le bruit de ses pas et s'était maintenant retourné vers lui supposa qu'il était arrogant. En fait, le jeune homme était moins fasciné par sa valise ou même son costume trois pièces taillé sur mesure que par sa façon de marcher. C'était la démarche pleine d'assurance d'un homme tout à fait conscient de l'effet que son apparence avait sur les gens.
L'étranger s'assit sur un banc, sous un arbre au feuillage épais, non loin du jeune homme, puis il poussa un long soupir qui trahit aussitôt sa satisfaction. Wologizi répondait à ses attentes, car lorsqu'il observa la rue poussiéreuse, il put voir plusieurs vieillards : deux d'entre eux étaient étendus dans des hamacs, les autres étaient couchés sur des nattes, faisant passer les heures suffocantes à l'ombre d'un arbre à pain. Ce spectacle le fascina - la ville frontière était endormie, sous l'emprise de la chaleur. Durant le voyage qui l'avait mené jusqu'à cette ville, l'étranger avait caressé l'idée de se laisser envoûter, comme ces vieillards, par le charme léthargique de la chaleur, sans se soucier du reste du monde. Comme pour confirmer cette idée, une légère brise se mit à souffler à sa droite, depuis l'endroit où se trouvait le jeune homme, et se dirigea lentement vers lui. Il ferma les yeux pour savourer pleinement ce moment.
- Viens par ici, dit-il au jeune homme.
L'étranger le regarda parcourir la faible distance qui les séparait, ses mouvements étaient languides, sa démarche étonnamment féline, mais ce ne fut que lorsque le jeune homme se tint devant lui qu'il put lire la peur dans ses yeux.
- Peux-tu m'indiquer la route qui mène à la résidence ? C'était ainsi que l'on appelait la maison dans cette région, la résidence, et l'étranger le savait. Le jeune homme leva une main toute fine et désigna une maison au loin. L'étranger remarqua que la main en question était couverte de brûlures, qui ne semblaient pas être rituelles, mais il se leva, choisissant de les ignorer. De l'autre côté d'une colline ocre à travers laquelle la route principale avait été creusée, l'étranger put apercevoir la résidence, perchée fièrement au sommet d'une autre colline.
- Qui vit là-bas ? demanda-t-il. Le jeune homme ne répondit pas.
- Dis-moi qui vit là-bas ? insista-t-il.
Bien que l'identité de l'occupant de la résidence fût de notoriété publique, le jeune homme resta silencieux.
- Viens t'asseoir près de moi. Parle-moi.
Le ton de l'étranger était rassurant, attirant même, pourtant le jeune homme gardait toujours les yeux fixés au sol. Peut-être, pensa l'étranger, la réticence du jeune homme était-elle due à sa timidité.
- Pourquoi restes-tu silencieux ?
C'est à ce moment qu'il donna une petite tape sur l'épaule du jeune homme, un geste qu'il regretta aussitôt car cela déclencha une réaction qui le stupéfia. Le jeune garçon recula et se mit à courir sans jamais se retourner, jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière un nuage de poussière.
L'incident perturba l'étranger, même après avoir troqué la terrible chaleur contre une ombre agréable. Lorsqu'il se tourna vers les vieillards, il constata qu'ils n'avaient pas bougé d'un cil.


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