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.. Le seigneur de la route

Couverture du livre Le seigneur de la route

Auteur : Jean-Pierre Gattégno

Date de saisie : 05/01/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Calmann-Lévy, Paris, France

Collection : Littérature

Prix : 17.50 € / 114.79 F

ISBN : 978-2-7021-4279-0

GENCOD : 9782702142790

Sorti le : 04/01/2012

  • Le courrier des auteurs : 28/01/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Que répondre ? Je suis Jean-Pierre Gattégno, j'écris des romans. Écrire des romans, c'est peut-être une manière de faire par procuration ce que l'on souhaite faire au fond de soi. Donc, en plus d'un romancier, je suis, comme Pierre Raustampon, le héros du «Seigneur de la route», un voleur de voiture, un usurpateur d'identité et de cartes de crédit, un braqueur de banques, un client d'hôtels luxueux, un amateur de vêtements chics, un panier percé et un amoureux fou de femmes que je n'ai jamais rencontrées.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est l'histoire d'un type qui rêve de changer de vie, d'échapper à la médiocrité d'une existence qui lui permet seulement de gagner sa vie et d'une vie conjugale où il avale pas mal de couleuvres, ce qui est le cas de beaucoup de gens. Tout au long d'un parcours riche en aventures, il découvre que l'on n'échappe pas à soi-même en volant une voiture et en se sillonnant les routes de France.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Peut-être celle-ci : "L'autoroute libère en chacun de nous un immense potentiel d'imbécillité"

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
«Lucia di Lammermoor» de Donizetti, l'opéra préféré de Pierre Raustampon qu'il écoute une nuit sur l'autoroute en se laissant porter par les voix de Maria Callas, Giuseppe Di Stefano ou Rolando Panerai. Moment magique qu'il partage avec d'autres automobilistes qui écoutent, il en a la certitude, le même opéra que lui.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir de rouler sans fin sur des routes qui permettent d'échapper à l'existence... en écoutant, évidemment, Maria Callas.


  • Les présentations des éditeurs : 28/01/2012

Que faire lorsque tout va mal ? Lorsque l'on est chahuté par ses élèves, méprisé par ses collègues, piétiné par ses supérieurs, trompé par son épouse ?
Pierre Raustampon ne supporte plus cette vie et, un jour, s'enfuit dans la luxueuse Mercedes de l'amant de sa femme. Grisé par la puissance de cette voiture, il fonce pleins gaz, sillonnant au hasard l'Hexagone. Il espère ainsi couper les ponts avec une existence désespérante. À cette errance géographique se superpose un trajet plus intime, un voyage intérieur qui le conduit vers d'obscures régions de lui-même.
De multiples péripéties - rencontres féminines plus que troublantes, maffieux et policiers lancés à ses trousses, échanges amoureux avec l'épouse de son rival - l'amènent à découvrir une vérité à laquelle il est loin de s'attendre. Une vérité brutale qui donnera un sens particulier à cette aventure.

Porté par une écriture très visuelle et conduit à la manière d'un thriller alternant suspense et humour, ce road novel est une fable morale dont l'enseignement pourrait être le suivant : on peut fuir le plus loin possible, on n'échappe pas à son destin.

Auteur de thrillers psychologiques pour la plupart adaptés au cinéma {Neutralité malveillante réalisé par Francis Girod, Mortel Transfert par Jean-Jacques Beineix, ou encore Une place parmi les vivants porté à l'écran par Raoul Ruiz), Jean-Pierre Gattégno a également publié de nombreux romans dont les derniers, J'ai tué Anémie Lothomb et Mon âme au diable, aux éditions Calmann-Lévy.



  • La revue de presse Blaise de Chabalier - Le Figaro du 5 janvier 2012

Le rythme et le suspense du ­Seigneur de la routesont ceux d'un thriller. Mais l'atmosphère contrastée, entre ombre et lumière, ainsi que la psychologie complexe et dérangeante des personnages en font également un roman psychologique dans lequel la critique sociale est omniprésente...
Au bout du compte, ce roman virevoletant entre bonheur fragile et tristesse rampante ou bondissante est l'histoire d'une quête d'identité. Celle d'un homme perdu dans la société actuelle. Un univers dans lequel seuls l'amour, la littérature, l'art ou encore la psychanalyse semblent capables d'offrir de l'espoir.


  • Les courts extraits de livres : 28/01/2012

D'une manière générale, j'ai tendance à m'interroger sur tout. Mais là, c'était différent, je ne me demandais pas sur quelle autoroute je me trouvais, ni où elle menait, ni quelle distance j'avais déjà parcourue. Quand on conduit une Mercedes-Benz hors de prix, dont le compteur affiche à peine mille kilomètres, ces questions sont dépourvues d'intérêt.
Bien calé dans mon fauteuil en cuir nappa, les mains sur le volant, le pied sur l'accélérateur, je fonçais droit devant moi. J'avais quitté Paris - plus exactement, je m'en étais enfui - quelques heures plus tôt. Au début, je manquais d'assurance, je n'étais pas habitué à un tel bolide. Malgré la puissance de la Mercedes, je me laissais facilement doubler. Les voitures qui déboulaient pleins phares, frôlaient mon pare-chocs en exigeant le passage à grands coups de Klaxon rageurs m'effrayaient tellement que je me rabattais en catastrophe pour les laisser passer. Mais à mesure que je roulais, ma confiance augmentait, je maîtrisais de mieux en mieux le véhicule. Désormais, c'était moi qui doublais : pare-chocs contre pare-chocs moi aussi, pleins phares, Klaxon ôte-toi de mon chemin. L'autoroute libère en chacun de nous un immense potentiel d'imbécillité. L'intellectuel et l'homme cultivé que j'étais supposé être s'y adonnait sans retenue.
Le ciel qui s'assombrissait, les arbres qui ployaient sous le vent, leurs branches qui s'agitaient, tous ces signes annonciateurs d'une tempête me laissaient indifférent dès lors que ma tenue de route n'en était pas affectée. Bientôt les premières gouttes tombèrent, suivies d'une averse qui inonda mon pare-brise ; j'en vins à bout en deux coups d'essuie-glaces. Puis l'ondée laissa place au soleil. Telle une majesté trônant dans l'immensité du ciel, il darda ses rayons à travers d'épais nuages. C'était comme si l'on avait un aperçu de la grandeur divine. Devant un tel spectacle, l'athée le plus endurci aurait pu croire en Dieu. Sans doute se serait-il demandé si l'on était accueilli ainsi au Royaume des Cieux, dans une gloire de couleurs et de chants sublimes. Si ces splendeurs suffisaient à faire oublier la vie terrestre.
À vrai dire, je n'en avais aucune idée. Dieu et Ses fastes, aussi impressionnants fussent-ils, ne m'intéressaient pas plus que ça. Bientôt, je cessai de me soucier de cette affaire pour me concentrer sur ma conduite, mes accélérations et les voitures que je doublais. Sur FM 107.7, entre quelques chansons à la mode, on indiquait l'état de la circulation, celui de la météo, on parlait des faits-divers, parfois de politique. J'écoutais d'une oreille distraite. L'autoroute abolit le monde extérieur ou, plutôt, il l'annule. Certes, on aperçoit des plaines, des forêts, des bois, des routes cantonales, des villages, mais c'est un univers factice, juste un décor destiné à persuader l'automobiliste qu'il y a une vie de l'autre côté. Alors que seule existe l'autoroute, cette platitude sans bornes, par bien des côtés semblable à mon existence. Une existence où tout tient dans ces deux mots : arrivée, départ. Avec leurs multiples variantes : entrée/sortie, début/fin, oui/ non, passé/présent, présent/futur, bonjour/au revoir.
La logique binaire des informaticiens.


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