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Auteur : Stéphanie Polack
Date de saisie : 02/03/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782234063907
GENCOD : 9782234063907
Sorti le : 18/01/2012
Partie sur les traces de son histoire familiale, une jeune femme poursuit le souvenir d'un condamné à mort : un garçon de 2 i ans embarqué dans un braquage suicidaire en 1954. La postérité a retenu qu'il axait trouvé la foi en prison axant d'être guillotiné. La justice en a fait un monstre, une partie de l'Église veut en faire un saint. Qui était-il ? Que cherchait-il ? Ce garçon s'appelait Jacques Fesch, c'est l'oncle de la narratrice. Un oncle fantasmé qu'elle n'a jamais connu et qui l'attire. Alors qu'elle plonge dans les années cinquante, tentant de comprendre le parcours de cet homme insaisissable, ses questions virent à l'obsession et font resurgir des chagrins enfouis.
Née en 1977, Stéphanie Polack a public en 2007, chez Stock, un premier roman remarqué, Route Royale, où elle faisait entendre sa voix singulière.
Avait-on déjà lu un livre aussi fort sur une condamnation à mort ? «L'exécution» de Robert Badinter reste gravée dans nos mémoires près de quarante ans après. Les «Réflexions sur la guillotine» de Camus nous ont aussi retournés...
Après «Route royale», Stéphanie Polack signe là son deuxième roman. Magistral. Sa narratrice, Diane, part à la recherche d'une partie noire de son histoire familiale : celle de son oncle condamné à la peine capitale...
Stéphanie Polack s'est appuyée sur les écrits de prison de Jacques Fesch. Nous, lecteurs, sentons à la dernière phrase de Polack que l'écriture de ce livre n'a pas dû la laisser indemne : «On va s'arrêter là.» Nous aussi, allons nous arrêter là, parce que nous non plus ne sortons pas indemnes de cette lecture.
La fraternité, cristallisée par la figure discrètement présente d'Antigone, est le motif sur lequel s'articule cette fiction tout ensemble extrêmement mobile et méditative, qui frappe par sa justesse de ton, par la nervosité de la phrase. Roman délesté de toute langueur et de tout bavardage, comme porté par un tumulte silencieux, Comme un frère s'attache aux pensées profondes d'une jeune femme qui s'interroge sur elle-même, sa présence aux autres, à l'amour, à la vie.
L'histoire extravagante de Jacques Fesch, rêvée par sa nièce, Stéphanie Polack...
La phrase de Polack est nerveuse et généreuse, comme si elle voulait sans cesse passer la vitesse supérieure. On voudrait dire : sanguine et sans pitié. «Il voulait prendre la mer. Je la contemple : enveloppante et menacée, tout en contrastes fluides, matrice profonde et tiède d'un monde à part entière, elle est le centre des tempêtes. Le calme à peine revenu, elle devient d'huile. La mer sidère.» La classe. En 1987, Mgr Jean-Marie Lustiger avait lancé la procédure en vue de la béatification de Jacques Fesch. Jusque-là, nil novi... Mais depuis, son journal carcéral a été publié, sous le titre Dans cinq heures je verrai Jésus. Comme un frère, dit-elle. Comme un spectre relevé, rappelé à la vie : Stabat frater dolorosus...
Hanté par le mythe d'Antigone, ce roman intense, dont l'écriture est faite d'embardées, est à la fois une quête intime, une plongée convaincante dans les années 1950, et le portrait à vif d'une femme qui tente de prendre le contrôle de sa vie.
Diane ne pense plus à rien. Elle rêve. Penchée sur la carte Michelin, elle observe les méandres des départementales en jaune, des nationales en rouge. Elle se concentre et mémorise le nom des golfes, des points où elle aimerait peut-être s'arrêter. Il n'y a pas d'autoroutes. Les côtes sont échancrées, comme arrachées. On dirait un lambeau, un fragment prodigieux, émergé, posé ou jeté là comme une pièce de puzzle, échoué. C'est une presqu'île. Diane circonscrit des quartiers, définit des zones arbitraires. Le temps s'étire, ne semble plus passer. Elle se sent bien, presque heureuse. Quand elle lève les yeux des taches et des courbes du plan où se matérialisent ainsi les dénivellations, les reliefs, la morphologie des forêts et des lacs, la richesse comme la monotonie topographiques de certains endroits, ici, miniaturisés, rendus tangibles et nets, elle sourit et dérive, redresse la tête et regarde, loin, à la convergence de droites imaginaires dont le tracé se défait d'un coup puis disparaît en une ligne unique, un horizon fantôme, qu'elle fixe, juste un instant, dans une drôle d'extase négative s'y raccrochant juste le temps qu'il faut pour faire place aux images. Au vide. Diane aime ces instants de douceur neutre. Elle s'y blottit et s'y détend, déplie encore, retourne la carte et se laisse absorber. Elle semble y projeter des désirs dont les tensions s'aboliraient, au contact de ce système visuel, à la fois précis et tranquille, alors que son regard lent y glisse, s'y attarde. Tout se dissout. Personne ne remarque, semble-t-il, personne ne la voit. Elle s'alanguit, seule, à la frontière du rêve et de la veille. Elle est sensible, tout à fait froide. Absente. Elle voudrait voir la mer.
Diane imagine un homme. Un spectre, son fantasme : Jacques Fesch. Elle ne l'aura pas connu. Il a pourtant été proche des siens. Il voulait prendre le large et rêvait d'échappées, de lieux incultes.
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