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.. Philosophie antique, n° 11. Influences, filiations, réceptions (XVIIe-XXe siècles)

Couverture du livre Philosophie antique, n° 11. Influences, filiations, réceptions (XVIIe-XXe siècles)

Auteur : Collectif

Date de saisie : 20/12/2011

Genre : Philosophie

Editeur : Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 9782757403563

GENCOD : 9782757403563

Sorti le : 08/12/2011

  • Les présentations des éditeurs : 20/12/2011

Les études contenues dans ce numéro balisent le parcours qui va de la rupture avec l'aristotélisme au XVIIe siècle au regain d'intérêt pour la philosophie ancienne qu'a connu le XXe ; rupture moins aboutie que revendiquée pour les uns, influence assumée chez d'autres, redécouverte non exempte d'anachronisme enfin pour d'autres encore : autant de façons dont la philosophie ancienne, malgré la disparition des visions du monde qui l'accompagnaient, continue de travailler les modernes. En ouverture, un bref texte de Jan Lukasiewicz sur la logique stoïcienne, inédit en français.

Premier périodique spécialisé, en France, dans le domaine de la philosophie ancienne, Philosophie antique a pour vocation d'offrir aux travaux français dans ce domaine le lieu de publication et la visibilité dont ils ont besoin, mais aussi de contribuer au dialogue international en publiant régulièrement des contributions étrangères, soit en français, soit dans leur langue originale. À l'instar des grands journaux internationaux, la revue constitue un instrument d'information en offrant un bulletin de lecture d'ouvrages importants parus dans la discipline. Une originalité de Philosophie antique est son ouverture tant à l'histoire de la réception de la philosophie ancienne qu'aux études sur l'historiographie et la méthodologie de la discipline, ainsi qu'à des essais mobilisant tel ou tel aspect de la philosophie ancienne. Tout en constituant un outil de travail disciplinairement solide, elle offre ainsi sur un mode innovant la possibilité de thématiser la présence de la philosophie ancienne à toutes les époques de l'histoire de la pensée. La revue publie des numéros thématiques, mais telle n'est pas son unique destination. Son ambition est en effet d'être l'écho des recherches en cours, aussi bien de celles de chercheurs confirmés que de jeunes chercheurs.


  • Les courts extraits de livres : 20/12/2011

1. La vitalité des aristotélismes modernes

L'époque est maintenant définitivement révolue où dominait l'idée selon laquelle l'enseignement d'Aristote aurait disparu au moment même où serait apparue la philosophie moderne, celle-ci se substituant à celle-là comme un clou chasse l'autre. Longtemps, en effet, on a trop facilement cru les hérauts et autres promoteurs de la philosophie moderne qui se sont eux-mêmes volontiers présentés comme des révolutionnaires capables de refonder toute la philosophie sur de nouvelles bases, empressés qu'ils semblaient être de défier l'ancienne pour mieux la détrôner. On a ainsi pu penser que l'aristotélisme était un système qui s'était vite effondré pour faire place à la nouvelle science et dont il ne restait rien d'autre que des ruines dès la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle.
Nous savons aujourd'hui que cette manière de se représenter l'histoire de la philosophie n'est qu'un mythe. Certes, la «révolution scientifique» a bien eu lieu et en l'espace d'une génération il ne sera plus possible de répéter le constat que faisait La Mothe Le Vayer en 1642 lorsqu'il écrivait : «depuis qu'Albert le Grand et saint Thomas principalement se furent donné la peine d'expliquer, autant qu'il leur fut possible, tous les mystères de notre religion avec les termes de la philosophie péripatétique, nous voyons qu'elle s'est tellement établie partout, qu'on n'en lit plus d'autres par toutes les universités chrétiennes. [...] La secte d'Aristote l'a tellement emporté sur toutes les autres, qu'on a dit que le Docteur Angélique, son disciple, avait pratiqué ce que font les Ottomans à l'égard de leurs frères, s'étant enfin rendu seul maître absolu de l'empire philosophique». Sous les coups de critiques convergentes menées contre le système aristotélicien dès le XIVe siècle, mais devenues plus virulentes et plus systématiques au début du XVIIe siècle avec des auteurs tels que Francis Bacon, Gassendi, voire Galilée à certains égards, la domination exercée par l'aristotélisme officiel depuis plusieurs siècles s'est trouvée considérablement affaiblie dans les consciences. Pire : celle-ci est apparue comme le principal obstacle sur le chemin d'une science naissante, mathématisée, «mécaniste» ou réputée telle, de sorte que dans le discours des principaux protagonistes de l'époque, l'anti-aristotélisme est presque devenu une figure obligée pour tout philosophe progressiste à la recherche d'une vérité dégagée des préjugés et qui rejette le recours grégaire à l'argument d'autorité. Était-ce pour s'assurer à bon compte une originalité propre ? Toujours est-il que, souvent, les Modernes ont eu tendance à reconstruire l'histoire pour donner l'image flatteuse d'auteurs innovants par contraste avec des partisans d'Aristote tous tenus pour conservateurs et réactionnaires. Ce faisant, ils se sont souvent montrés injustes, ainsi que le constate Christia Mercer : «lorsque les nouveaux philosophes se plaignent avec amertume de l'arriération des aristotéliciens, ils n'inventent pas. Mais ils exagèrent : l'aristotélisme moderne n'était tout simplement pas l'empire uniformément mauvais que es ennemis dépeignent.» Cet «early modem Aristotelianism» est à la fois très actif - Charles Lohr remarque ainsi avec étonnement que «le nombre de commentaires latins d'Aristote composés [de 1500 à 1650] dépasse celui de tout le millénaire qui va de Boèce à Pomponazzi» - et très divers. Car de quel aristotélisme parle-t-on ? Est-ce le thomisme, remis au premier plan avec la Contre-Réforme ? Même si c'est lui qui est le plus connu et le plus largement enseigné, dans certains cas et localement, d'autres aristotélismes le sont aussi ou du moins l'ont été, comme celui d'Oxford qui est marqué par l'influence de Guillaume d'Ockham, comme l'aristotélisme non chrétien qu'est l'aristotélisme averroïste (que d'aucuns appellent aussi radical ou «éthique»), comme l'aristotélisme «naturaliste» italien, etc. Il n'y a pas, en effet, un mais des aristotélismes (d'importance inégale), autrement dit des discussions et des polémiques à travers différentes écoles se réclamant toutes, plus ou moins, de celui que Dante appelait «le maître de ceux qui savent» et que d'autres nommaient simplement le Philosophe, à savoir Aristote, dont les écrits ont donné lieu à des interprétations non seulement divergentes, mais profondément contradictoires. En étant particulièrement attentifs aux contextes intellectuels dans lesquels les différents systèmes philosophiques se sont élaborés, de multiples travaux menés au cours de ces dernières décennies ont conclu à la nécessité de réévaluer l'influence durable de la philosophie aristotélicienne, y compris chez Descartes et chez tous ceux qui se sont efforcés d'en montrer l'inanité, ou du moins l'insuffisance.


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