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_ Dans le tourbillon

Couverture du livre Dans le tourbillon

Auteur : José Antonio Labordeta

Préface : Antonio Pérez Lasheras

Illustrateur : Paz Boïra

Traducteur : Jean-Jacques Fleury | Marie-Neige Fleury

Date de saisie : 26/04/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Attila, Le Rayol-Canadel, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-917084-28-1

GENCOD : 9782917084281

Sorti le : 17/03/2011

Qu'il est réjouissant de constater qu'il existe encore, de part et d'autre dans le monde, de véritables petits trésors littéraires qui n'aspirent qu'à être découverts...

«L'espace de quelques instants tu prêtes l'oreille au vent, au hululement du vent indifférent qui se fraie un chemin entre les chênes verts, les pins, les ravines, et tu te dis, éternel espoir naufragé, que les voix se rapprochent, que quelqu'un - un enfant peut-être, ou bien un homme - a entendu ton éternelle lamentation, ta voix perdue, tes sanglots, et qu'il arrive pour t'apporter la consolation, l'eau et la liberté enfuie.» Ainsi commence Dans le tourbillon, la dernière petite merveille des éditions Attila. Dans un recoin complètement désolé des Pyrénées aragonaises, un homme est ligoté à un arbre et s'adresse à son plus fidèle compagnon... sa mule. Avec la chaleur et la soif, la cohérence s'est rapidement évaporée de son discours, ne laissant place qu'à un délire obsessionnel. Comment ce pauvre hère en est-il arrivé là ? Qui pouvait bien nourrir une haine si importante à son égard, et pour quelles raisons ?

Première traduction de José Antonio Labordeta, un écrivain et homme politique aragonais décédé l'année dernière, ce superbe roman met en scène une poignée de villageois assoiffés de pouvoir tandis que les rumeurs de la Guerre civile servent de révélateur pour des tensions déjà bien palpables. C'est-à-dire que cet univers essentiellement masculin repose sur un équilibre des plus précaires. Si chacun joue un rôle clairement défini dans ce microcosme, combien de temps les villageois supporteront-ils encore que l'usurier - un Juif, qui plus est - s'enrichisse à leurs dépens ? Combien de temps faudra-t-il avant que ça ne dégénère en chasse à l'homme... ?

Force nous est de reconnaître que la puissance d'évocation de la scène inaugurale est à l'image de l'ensemble de ce roman polyphonique, envoûtant et mystérieux, dont l'époustouflante construction narrative épouse à merveille la métaphore du tourbillon. Ce mouvement circulaire dont l'amplitude et la magnitude augmentent de concert jusqu'à essoufflement, c'est d'abord celui qu'effectue le récit : la narration tourne autour de cette scène effroyable en brassant toujours plus d'informations à chaque voyage jusqu'à ce que la lumière soit faite sur ce qui s'est passé. Mais c'est aussi et surtout celui de cette communauté d'hommes, pris dans un engrenage de turbulence et de violence qui finit immanquablement par les dépasser. Choisi à la perfection, ce titre est enfin celui d'un véritable chef d'oeuvre digne des plus grands écrivains espagnols (comment ne pas penser à Julio Llamazares ou à Ramon Sender ?), porté en français par une traduction exemplaire signée par Jean-Jacques et Marie-Neige Fleury.


Combien sont-ils ? Une douzaine d'hommes qui ont grandi, travaillé, souffert ensemble -la vie, dans ce village de montagne, n'a jamais été donnée. A la fin, il y aura eu quatre morts et tous les autres auront été brisés, et leurs femmes, et leurs enfants. Simplement parce que des rumeurs de guerre civile ont permis de solder de vieilles jalousies - la politique ni la religion, bien sûr, n'y sont pour grand chose. C'est d'autant plus glaçant et nauséeux que tout cela est vrai, cela c'est vraiment passé dans la province de Teruel, et on le sait, cela peut à nouveau se passer n'importe où.
José Antonio Labordeta, chantre de l'autonomisme aragonais, a orchestré avec force les voix de ces gens-là, les victimes, les assassins - et ce peut être les mêmes -, les femmes aussi, celles qui d'ordinaire n'ont pas la parole et dont la violence, c'est connu, est dirigée contre elles-mêmes. Il y a aussi un marchand ambulant qui traverse ces carnages, qui, comme l'auteur rassemble ces bribes de monologues pour en faire un récit, entasse dans sa charrette «des cartons de peignes, des sandales, une caisse de sardines, quelques costumes en velours et toile fine» - et des cadavres.
Par sa pureté et sa dureté, "Dans le tourbillon" est tout bonnement un chef d'oeuvre.
(Illustré de très belles gravures de Paz Boïra)


  • Les présentations des éditeurs : 20/12/2011

Un homme est attaché à un arbre, avec sa mule en train de pourrir au soleil. Il ressasse les événements qui l'ont mené là. A cette scène centrale, obsédante, ramènent tous les autres épisodes du roman. Devant les rumeurs d'un soulèvement militaire dans un village de montagne, deux clans se sont formés. Les tensions, pourtant, convergent toutes vers Braulio, l'usurier, qui s'est rempli les poches avec l'argent des uns et des autres. Une horde d'excités décide de lui régler son compte.
Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu... et une chasse à l'homme commence à travers une nature desséchée par un soleil de plomb.

José Antonio Labordeta est né à Saragosse en 1935 et a vécu presque toute sa vie en Aragon. Son père, professeur, a été exclu de l'Université sous Franco. Labordeta s'est fait connaître comme poète, puis comme chanteur à texte, émule de Brassens notamment. Sa chanson " Canto a la libertad " est considéré comme l'hymne aragonais. En 1999, il est élu député aux Cortes. Il défraye la chronique et devient une gloire nationale en insultant des députés, qui se moquaient de lui pendant sa prise de parole (" a la mierda, joder ! " : allez vous faire foutre...). A sa mort, en octobre 2010, des rassemblements spontanés ont lieu dans tout le pays, où la foule reprend en choeur son " chant à la liberté "


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