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Auteur : Tao Lin
Traducteur : Jean-Baptiste Flamin
Date de saisie : 06/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Au diable Vauvert, Vauvert, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782846263986
GENCOD : 9782846263986
Sorti le : 05/01/2012
Dakota Fanning et Haley Joel Osment : deux noms empruntés à de jeunes acteurs hollywoodiens, deux pseudonymes pour deux identités virtuelles qui finissent, sous la plume de Tao Lin, par devenir les identités propres de ses personnages. Comme un clin d'oeil ou une astuce littéraire, à moins qu'il ne s'agisse d'une clé nécessaire à la compréhension, le roman lui-même pique son nom au romancier Richard Yates, à la façon d'un pseudo de chat Gmail.
C'est justement par chat ou bien par SMS que les deux héros, un jeune auteur new yorkais et une ado en proie à des crises d'anorexie-boulimie, ne cessent de se chercher, se rencontrer, se disputer. Dans un style souvent laconique, totalement désabusé ? ou même plutôt blasé ? quasiment dénué de ponctuation exclamative et interrogative, le petit prodige de la littérature américaine crée un univers du rien où les protagonistes, d'une génération constamment connectée, s'inventent eux-mêmes un univers absurde, drôle et terrible à la fois.
Richard Yates est un livre dont il émane une mélancolie tenace et un malaise latent, une étrangeté qui plaira aux branchés comme aux losers, aux «party girls» et aux «bêtes à fromage», pourvu qu'ils aient entre 20 et 30 ans. A moins qu'il ne plaise à personne.
Tao Lin, le «Kafka de la génération iPhone», arrive en France avec ce roman qui, tout en ironie et en réalisme, croque la solitude de la génération hyperconnectée. Un bonheur minimaliste !
Ce roman, même s'il s'intitule Richard Yates, n'a aucun rapport avec l'auteur éponyme... Ce n'est en aucun cas une biographie, le titre fait plutôt appel (même s'il est fait référence à quelques reprises à l'écrivain Richard Yates) à la sensation d'approximation, de «réalité abstraite» qu'on vit lorsqu'on s'aperçoit de la différence entre un contenant et son contenu, ou lorsqu'on compare des éléments aussi paradoxalement éloignés l'un de l'autre que l'Art et la Vie : une situation étrange et pourtant familière, nous laissant dans un doux état de confusion.
Deux jeunes gens, que l'auteur affuble de noms d'acteurs américains, Haley Joël Osment, 21 ans, habitant New York, et Dakota Fanning, 16 ans, habitant dans le New Jersey, font connaissance sur internet et s'éprennent l'un de l'autre.
Après une première rencontre réelle au domicile de l'adolescente, ils enchaînent les allers-retours entre New York et le New Jersey. Le couple mange végan, vole dans les magasins et disserte sur la vie et l'ennui, se sent seul, échoue souvent à se comprendre. Lorsqu'ils ne sont pas ensemble, ils discutent en chat, alimentent leur spleen et une relation entre bonheur fulgurant et déprime suicidaire.
Lorsque Joël quitte son appartement de New York pour s'installer dans le New Jersey, les deux personnages se dévoilent, laissant apparaître leurs blessures, leurs pulsions, leurs failles. Et Joël découvre alors les mensonges et manipulations de Dakota.
Des jeunes ligotés par leurs liens virtuels, des adultes désarticulés par le réel, un récit entre l'hypnose et l'anesthésie. L'écriture minimaliste de Tao Lin et son humour à froid nous plongent dans la dépression générationnelle de ceux que l'on nomme les hipsters. Et, au détour d'une conversation en ligne apparemment anodine, les démons surgissent, avec toujours, en fond sonore, une solitude que l'on embrasse et dont on rit, comme pour l'apprivoiser.
«Souvent hilarante, l'écriture de Tao Lin évoque les débuts de Douglas Coupland ou Bret Easton Ellis, mais avec quelque chose de particulier, presque beckettien. (...) Il y a chez lui une attitude, une ambiance, un abandon comiquement désespéré de l'ego littéraire.»
The Guardian
Tao Lin, né en 1983, est l'une des voix les plus remarquées de la jeune littérature américaine. Il est l'auteur de deux recueils de poèmes (Cognitive-Behavioral Therapy et You are a little bit happier than I am), d'un recueil de nouvelles (Bed), d'une novella (Shoplifting from American Apparel) et de deux romans (Eeeee Eee Eeee et Richard Yates), à paraître au Diable vauvert, et travaille sur des projets cinéma expérimentaux. Il vit à Brooklyn.
Richard Yates est un grand roman du dialogue amoureux. Tao Lin le déploie, de façon ininterrompue, en se concentrant sur son prosaïsme essentiel, renversant ainsi l'idée tenace selon laquelle l'amour ne pourrait pas se dire ou seulement par la grâce d'une parole lyrique...
Finalement, c'est quand Dakota et Haley ne dialoguent plus qu'ils sont le moins inventifs. Ce qui les sauve, à leur insu, de leurs tendances nihilistes et de leur penchant à créer des valeurs nouvelles, et donc à hiérarchiser, sans pour autant parvenir à exercer leur puissance, c'est justement le chat et la créativité plate qu'il produit. Richard Yates fonctionne manifestement comme un pendant érotico-ludique au néoromantisme, même si ses personnages, eux, n'en ont pas tout à fait fini avec lui.
«J'ai eu l'occasion de tenir un hamster dans ma main rien qu'une fois, a dit Dakota Fanning sur le chat Gmail. Ses pattes étaient si petites. Je crois que j'ai pleuré un petit peu.
- J'ai vu un hamster manger ses bébés, a dit Haley Joël Osment. J'ai voulu lui faire tope là. Mais il savait pas ce que c'était tope là.
- Je mangerais mes bébés si j'en avais. J'ai pas de bébés.
- T'as quel âge ? a dit Haley Joël Osment.
- 16 ans. C'est sûrement bien que j'aie pas de bébés.
- T'as pas 16 ans. T'as genre 25.
- Non, j'ai 16 ans, a dit Dakota Fanning. J'ai dessiné un hamster sur une feuille de papier rose aujourd'hui et je l'ai jetée sur une poubelle de recyclage pleine de papiers comme ça chaque fois que les gens recycleront leur papier le hamster les regardera et sera tout mignon.»
Haley Joël Osment a dit que c'était mignon. Dakota Fanning a dit que dans la vraie vie son visage n'avait aucune expression. Elle se contentait de laisser ses muscles faire ce qu'ils voulaient naturellement et tous les jours les gens lui disaient : «T'as l'air triste, arrête. T'as pas le droit d'être triste. Moi, je suis triste. Mes parents ont divorcé. Dis un truc marrant.»
Haley Joël Osment a dit qu'il se sentait bien quand il prenait un visage triste.
«Ma mère a vu un colis de toi et m'a demandé si t'étais cinglé, a dit Dakota Fanning sur le chat Gmail environ une semaine plus tard. J'ai dit que t'étais pas cinglé. J'ai dit que t'étais diplômé de l'université de New York.» Haley Joël Osment a dit qu'il était allé à l'université de New York uniquement pour que Dakota Fanning puisse maintenant dire à sa mère qu'il n'était pas cinglé, mais diplômé de l'université de New York. Dakota Fanning a dit qu'elle allait faire une sortie pédagogique dans un musée à Manhattan en novembre et que Haley Joël Osment pourrait la trouver à ce moment-là et s'asseoir près d'elle, et qu'ils pourraient manger ensemble.
«Ça m'a l'air bien, a dit Haley Joël Osment.
C'est tellement loin novembre», a-t-il dit.
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